Qatar 2022, un Mondial en terre inconnue

Le Qatar ne se refuse rien ! La légende Samuel Eto'o joue les ambassadeurs. Dans un an, cet émirat du Golfe persique accueillera la première Coupe du monde du Moyen-Orient, mais aussi la plus discutée de l'histoire moderne. Son territoire est limité, à l'inverse de son portefeuille. Ses métamorphoses sont aussi impressionnantes que ses contrastes et ses zones d'ombres. « Qatar 2022, le Mondial en terre inconnue », un Grand reportage signé Hugo Moissonnier. (Rediffusion du 17 décembre 2021)

2022-07-22 13:30:02 Lire l'article

Massacre du 17 octobre 1961: 60 ans de combat pour la reconnaissance d'un crime d'État

Le 17 octobre 1961, la répression d'une manifestation pacifiste d'Algériens en plein Paris provoque la mort de 200 à 300 personnes, tuées par les forces de l'ordre. Soixante ans plus tard, des associations se battent toujours pour que l’État français reconnaisse sa responsabilité. (Rediffusion) Le quartier du pont de Neuilly a bien changé en 60 ans. Les arbres ont disparu et laissé place aux immeubles de bureau de La Défense. Le pont qui enjambe la Seine et relie la banlieue ouest à Paris est devenu une artère très passante. Ce mardi 17 octobre 1961 au soir, c'est justement ce pont que la famille Benaissa s'apprête à traverser pour répondre à l'appel à manifester de la fédération française du Front de libération nationale (FLN).  Le mouvement indépendantiste algérien a appelé à marcher vers le cœur de Paris pour dénoncer le couvre-feu imposé depuis quelques jours aux « Français musulmans d’Algérie », comme on les appelle alors, et pour réclamer la paix. Comme des centaines d’autres Algériens, Khaled Benaissa, 13 ans à l'époque, son père, ses frères, ses oncles quittent le bidonville de Nanterre. Ils ne pourront jamais traverser la Seine. « La garde mobile avait complètement fermé le passage du pont. Certains avaient des mitrailleuses avec un trépied posé par terre. C’est le souvenir que j’ai lorsque toutes les premières rangées sont tombées à la suite des balles déjà tirées. Il y avait certainement un ordre pour qu’aucun Algérien ne passe. J’ai essayé de courir pour me cacher… Il faisait nuit sombre. Et là, j’ai trébuché. Je pensais que c’était le trottoir, mais c’étaient des corps. Et d’autres corps me sont tombés dessus, raconteKhaled. Je ne pouvais plus me dégager. Je commençais à perdre ma respiration. Je suffoquais et j’ai cru que mon heure était arrivée. J’ai commencé à faire ma prière et par miracle, quelqu’un m’a tiré par les pieds de l’amas de cadavres et d’hommes blessés qui ne pouvaient pas bouger. C'était mon oncle. » « Je n’avais jamais vu ça de ma vie » Ce même soir, juste de l’autre côté de la Seine, Catherine Levy, 19 ans, rentre chez elle après une soirée au cinéma avec des copains. Sans le comprendre tout de suite, cette étudiante en philosophie devient le témoin d’une répression policière préméditée et organisée qui s’abat en plusieurs lieux de la capitale. « Quand je suis arrivée au pont de Neuilly, j’étais complètement estomaquée. Sur le quai, il y avait des gens, visiblement des Algériens, qui étaient ensanglantés et les flics interdisaient qu’on leur parle. J’ai compris quand je suis sortie parce que j’ai rencontré un copain qui avait aussi une piaule dans le coin. Il avait vu comme moi des gens en sang. Je n’avais jamais vu ça de ma vie. Dès qu’ils voyaient des Algériens, les flics tapaient dessus. » A l’usine Renault de Boulogne-Billancourt où ils travaillent, Clara et Henri Benoit, 31 et 35 ans, côtoient de nombreux Algériens, employés sur les chaînes de montage. Son engagement syndical plonge le couple dans l’histoire en marche. « Le FLN de chez Renault est venu nous trouver en disant : “Nous allons organiser une manifestation. On conteste notre représentativité du peuple et comme les rapports avec la police sont ce qu’ils sont, je vous demande de venir et d’écrire tout ce que vous pourrez voir” », se remémore Henri Benoît. « Ils avaient des consignes d’y aller désarmés. On était quatre ou cinq chez Renault et on nous avait dit d’aller à Opéra », ajoute Clara. « Il y avait plusieurs cars de police, poursuit Benoît. Au fur et à mesure que des gens dont le profil laissait supposer qu’ils étaient Algériens sortaient du métro, ils étaient contrôlés. Entre-temps, il s’est constitué une masse de plus en plus importante d’Algériens. Nous avons suivi sur le trottoir la manifestation qui était, autant que je m’en rappelle, silencieuse. Jusqu’au moment où l’on est arrivé à la hauteur du Rex, le cinéma. Et c’est là qu'on a entendu des coups de feu, la dispersion. » « Et là, c’était la débandade. On a vu que la manifestation s’égaillait dans toutes les rues avoisinantes pour échapper aux tirs de barrage de la police. Et ensuite, on a retrouvé un camarade de chez Renault qui était en voiture et on a fait le tour, enchaîne Clara. Là, on a vu les cars de police qui ramassaient, si l’on peut dire, des Algériens. J’ai le souvenir au métro d’avoir vu, d’un peu loin effectivement, des corps étalés. » Des victimes sous-estimées Les forces de l’ordre sont dépassées par la mobilisation. Des bus municipaux sont réquisitionnés pour embarquer le maximum d’Algériens et les emmener vers des lieux de détention improvisés. Certains manifestants y passent plusieurs jours, privés de nourriture, frappés, humiliés... Le bilan officiel fait état de deux morts algériens. « Ce bilan a été perpétué comme vérité officielle mensongère par le préfet de police Maurice Papon, qui publie ses mémoires dans les années 1980, explique l’historien Gilles Manceron, spécialiste de l’histoire coloniale de la France. En réalité, Jean-Luc Einaudi, le principal auteur d’ouvrages sur cet événement, à partir des années 1990, a essayé de faire des listes de disparus. Il arrive à un premier bilan chiffré qui tourne autour de 200 victimes disparues lors du 17 octobre, dans les semaines qui précèdent et qui suivent immédiatement ». Aux 200 morts à Paris, il faut sûrement en ajouter une centaine de l’autre côté de la Méditerranée. Les expulsions vers l’Algérie n’ont rien d’un simple retour au pays. Ces hommes sont parqués dans des camps militaires. Certains y laissent leur vie. Dans les jours qui suivent, la presse relaie le message officiel ou tombe sous le coup de la censure. La violence laisse place au silence et à l’absence, dans l’usine Renault de Boulogne-Billancourt comme dans le bidonville de Nanterre. « C’est quand même assez angoissant de retrouver des mères de famille dont le mari a été arrêté et qui se tournent vers le comité d’entreprise parce que c’était un endroit d’accueil pour savoir ce qu’il faut faire, comment avoir des nouvelles. Ce sont des choses qu’on ne peut pas oublier », confie Henri Benoît. « Il y a des tracts CGT qui ont été édités dès le lendemain ou le surlendemain parce que dans certains ateliers, des ouvriers algériens étaient absents », précise son épouse Clara. Un déchaînement de violence qui reste une « énigme » « Je pense que l’information a circulé. Il y avait ceux qui ne rentraient pas et les corps que des gens avaient vu flotter sur l’eau. L’idée, c’est que beaucoup d’Algériens ont été jetés à l’eau. Dans le bidonville, certains sont revenus et d’autres jamais. La vie a repris le dessus. Moi, j’ai repris l’école, raconte Khaled Benaissa. Les gens en parlaient très peu parce qu’il fallait protéger aussi les enfants, je pense. » Ce déchaînement de violence reste une « énigme ». Nous sommes à quelques mois des accords d’Evian. Plus rien ne fait obstacle à l’indépendance de l’Algérie. Mais le Premier ministre Michel Debré, dont la position sur l’Algérie diverge de celle du président De Gaulle, est dépossédé du dossier. Il garde tout de même la main sur le maintien de l’ordre. Le préfet de la Seine de l’époque arme des supplétifs. Des escadrons de la mort sèment la terreur au sein de la communauté algérienne dès la fin de l’été 1961. Le 17 octobre est un point d’orgue. Mais il faudra 20 ans pour que la vérité commence à émerger. « Il y a eu une tendance en France de la part des autorités officielles à mettre un voile pudique sur cet événement comme sur les violences de la guerre, remarque l’historien Gilles Manceron. Georges Pompidou a été plus loin que de Gaulle. Il fallait, a-t-il dit une fois, “effacer les périodes où les Français ne s’aimaient pas”. Giscard d’Estaing a été beaucoup plus loin parce que lui, il était plutôt pro-Algérie française à l’époque ».  « Il a fallu attendre les années 1980, bien que Mitterrand ne soit pas trop pour faire la vérité sur cette période où son attitude n’a pas toujours été très claire, pour qu’il y ait un début de processus d’établissement des faits, y compris sur le 17 octobre, poursuit l’historien. Un processus qui repose aussi sur des familles d’Algériens qui ont subi cette répression et qui commencent à parler. Certaines familles ont raconté à leurs enfants et ces enfants commencent à manifester au canal Saint-Denis, par exemple, où il y a eu des victimes noyées, au pont Saint-Michel, et certaines associations s’y joignent. A la fin des années 1980 se constitue l’association Au nom de la mémoire, avec justement des enfants de l’immigration. » Faire perdurer la mémoire et le combat Ces enfants de l’immigration ont bien grandi. Ils sont devenus eux-mêmes parents, grands-parents, mais leur combat n’a pas changé. « L'enjeu, c'est la transmission », dit l’un deux. « Et moi, quand je parle avec mes enfants tous les jours, je leur dis une chose très importante : ce n'est pas une mémoire du pathos. On n'est pas là pour pleurer, pour dire “voilà, nous sommes les victimes”. Non, pas du tout. Nous sommes fiers que nos parents, nos grands-parents, aient porté cette histoire et qu’ils soient restés debout. Ce qu'il faut valoriser, c'est le courage », martèle-t-il. Comme chaque année, à l'approche du 17 octobre, des associations de rescapés, d'enfants de victimes et de soutiens se retrouvent pour organiser les commémorations du massacre, à Paris et en banlieue. Au devoir de mémoire de leurs premières années de lutte se sont ajoutées il y a 20 ans des revendications concrètes : la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français, l'accès aux archives et un lieu de mémoire. Mais la reconnaissance de l’État français n’avance qu’à petits pas. « On pourrait quasiment reprendre mot pour mot l’appel de 2001. Cela prouve les extraordinaires résistances auxquelles nous nous heurtons pour obtenir la reconnaissance de ce qui a été perpétré il y a maintenant 60 ans », se désole Olivier Le Cour Grandmaison, politologue, universitaire et membre du collectif unitaire 17 octobre 1961, pour la reconnaissance d’un crime d’État. À Clichy-La-Garenne en 2011, François Hollande, alors candidat à la présidentielle, rendait hommage aux victimes du 17 octobre 1961 pour « tout simplement rappeler ce qu’il s’est produit, c’est-à-dire plusieurs dizaines de morts dans des conditions tragiques. » Un an plus tard, en 2012, le président socialiste est le premier chef d'Etat à reconnaître « une sanglante répression le 17 octobre 1961 » dans un communiqué. Un geste dérisoire pour Olivier Le Cour Grandmaison. « Si la République était à ce point lucide, elle ne pourrait pas qualifier les massacres du 17 octobre 1961 de sanglante répression. Le 17 octobre doit être considéré comme un massacre, avec des exécutions sommaires, des noyades... On sait qu'il y a eu dans la cour même de la préfecture de police, à quelques dizaines de mètres des bureaux de Maurice Papon, des exécutions sommaires. » La classe politique unie dans le déni Au nord-ouest de Paris, à Colombes, la petite place devant l’école élémentaire Simone Veil deviendra le parvis du 17-octobre-1961 dès ce dimanche. « On s'inscrit dans cette mémoire de la région parisienne. C’est donc une plaque qui indiquera qu'on a inauguré un parvis du 17 octobre 1961. Il y aura peut-être aussi un descriptif des événements comme on a dans d'autres villes voisines », indique Alexis Bachelay, adjoint au maire de la ville. Pourtant, l’installation de cette simple plaque ne s'est pas faite sans mal. Avant que la mairie de Colombe ne bascule à gauche en 2020, Alexis Bachelay était conseiller municipal dans l'opposition. « Pendant 15 ans, malgré les demandes répétées, malgré la présence d'associations, de familles dont les parents, les frères, les soeurs ont été victimes de la répression du 17 octobre, la municipalité refusait obstinément d'accorder un lieu de mémoire, se rappelle l’élu. On a eu des échanges en conseil municipal un peu étonnants. Il se disait que c'étaient des rixes entre militants du FLN et que dans ces rixes, il y avait eu effectivement des morts. Ça allait vraiment jusqu'à une forme de révisionnisme historique et de déni de la gravité de la répression, de la gravité de l'événement. Étant entendu que c'étaient des gens qui se revendiquaient politiquement du gaullisme, il y avait aussi cette idée qu’on allait ternir non seulement l'image de la France, mais aussi l'image de leur famille politique et de ce à quoi ils croyaient en tant que militants. » Alexis Bachelay profite d'un mandat de député entre 2012 et 2017 pour tenter, avec d'autres, de faire passer une proposition de loi pour la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans le massacre du 17 octobre.  Il n'obtiendra même pas le soutien de son groupe politique, socialiste, écologiste et républicain. « Dans le cas de la guerre d'Algérie, et peut-être plus encore du 17 octobre 1961 parce que ça s'est passé à Paris, l'ensemble met à mal la mythologie nationale républicaine sur l'idée que la République a toujours été fidèle à ses principes, analyse le politologue Olivier Le Cour Grandmaison. Cela remet en cause les mythologies partisanes, celles de la direction du Parti communiste, qui a toujours prétendu avoir été constamment anticolonialiste. Dans le cas de l'Algérie, ce n'est pas vrai. Cela remet en cause celle du Parti socialiste comme grand parti de l'émancipation et du progrès, dont l'ancêtre, la SFIO, a joué un rôle absolument délétère pendant la guerre d'Algérie. Et ça porte atteinte à de grandes mythologies personnelles. Qui était Premier ministre? Michel Debré, l'un des rédacteurs de la Constitution de la Cinquième République. Qui était président de la République à l'époque ? Le général de Gaulle. L’ensemble de ces éléments font que, à droite comme pour une partie des gauches gouvernementales, ce passé est un passé extrêmement dangereux. » Après les mots du candidat Macron sur la barbarie de la colonisation et le geste du chef de l'Etat envers les harkis, tout récemment, les associations espèrent que le 60e anniversaire du massacre marquera un tournant. « Je ne suis pas forcément d'un optimisme débridé parce qu'il me semble qu'Emmanuel Macron adopte une tactique qui consiste à céder un peu pour ne pas céder sur le fond, avance Olivier Le Cour Grandmaison. Si l'on compare avec la plupart des autres grandes puissances coloniales européennes, ou la plupart des autres États qui se sont bâtis sur la destruction partielle des populations autochtones, on se rend compte à quel point, effectivement, dans ces domaines et sur ces matières, la France est sinistrement en retard. » Alors que les tensions sont vives avec Alger, le 17 octobre pourrait être l'une de ces occasions d'apaisement sur les sujets mémoriaux que souhaite Emmanuel Macron. Quoi qu'il arrive, dimanche et comme chaque année, les associations seront au rendez-vous sur le pont Saint-Michel, au cœur de Paris. Car ici, il y a 60 ans, on noyait les Algériens.

2022-08-05 13:30:02 Lire l'article

La Suède s’inquiète de la vague trans chez les jeunes

La Suède a été le premier pays au monde à reconnaître la dysphorie de genres, ce mal-être provoqué par l'inadéquation entre un sexe biologique et une identité de genre. Depuis, elle offre des soins pour conforter les transgenres dans leur démarche : devenir un homme quand on est né dans un corps de femme, ou l’inverse, et cela dès 16 ans, voire encore plus tôt.  Pourtant, le plus prestigieux hôpital de Suède, le Karolinska, pionnier de ces traitements, a décidé en mars dernier de priver les moins de 18 ans – on parle bien sûr des nouveaux patients – d’hormones ou de chirurgie. Les médecins plaident en faveur d’un principe de précaution, alors que les associations de défense des trans, elles, dénoncent un recul. La Suède s'inquiète de la vague trans chez les jeunes, un Grand reportage de Frédéric Faux. (Rediffusion du 12 octobre 2021)

2022-07-26 13:30:02 Lire l'article

L'extraordinaire histoire des «violons de la mer» à Opera

C'est l'histoire de barques de migrants qui deviennent des violons. En Italie, le bois de barques de migrants, échouées sur l'île sicilienne de Lampedusa, est transformé en violons. Ces instruments de musique naissent des mains de détenus, incarcérés dans la prison Opera, près de Milan. Rebaptisés les « violons de la mer », ils seront prêtés à des orchestres internationaux pour cultiver les valeurs de la vie et la mémoire collective. Des valeurs que découvrent ou redécouvrent des apprentis luthiers condamnés à de très lourdes peines.  «L'extraordinaire histoire des "violons de la mer" à Opera», un Grand reportage d’Anne Le Nir. (Rediffusion)

2022-08-04 13:30:02 Lire l'article

Pénurie de sang en Côte d’Ivoire: symptôme d’un système de santé malade

En Côte d’Ivoire, médecins et malades rencontrent régulièrement des difficultés pour se procurer des poches de sang. Le pays connaît une pénurie structurelle d’hémoglobine, qui atteint des seuils critiques en période de vacances scolaires. Chaque année, des patients décèdent après que les familles ou les équipes médicales ont échoué à trouver du sang dans les délais nécessaires. Il n’y a pas de chiffres officiels au sujet du nombre de décès imputables à cette défaillance. (Rediffusion) «Pénurie de sang en Côte d’Ivoire: symptôme d’un système de santé malade», un Grand reportage de François Hume-Ferkatadji.     

2022-07-11 13:30:02 Lire l'article

Le dernier releveur

Ce métier, c’est celui de releveur de compteurs électriques. Aussi vieux que l’électricité existe dans les foyers, il est en train de s’éteindre sans qu’on ne s’en rende vraiment compte. Chassé par le déploiement du compteur Linky, il aura totalement disparu à la fin de l’année 2021. En effet, depuis 2015, Enedis et ses prestataires installent ce boîtier vert pomme, capable de communiquer automatiquement la consommation des usagers, sans avoir besoin d’une relève «humaine». (Rediffusion) Yoann Paulaeck est releveur, depuis 15 ans, et nous emmène sur les routes de Creuse et du Puy-de-Dôme pour l’une de ses dernières tournées. Il raconte son métier, peu connu, qui a une importance toute particulière dans les campagnes. «Le dernier releveur», un Grand reportage de Justine Rodier.

2022-07-18 13:30:02 Lire l'article

Voiture électrique: comment tenir ses promesses?

Les voitures électriques, encore minoritaires sur les routes, grignotent de plus en plus de part de marché. Au troisième trimestre 2021, presqu'une voiture sur dix vendue dans l'Union européenne était 100% électrique. Bon gré, mal gré, elles devraient prendre leur essor en Europe, Bruxelles souhaitant interdire les ventes de véhicules à moteurs essences et diesel à partir de 2035. Une transformation du parc qui entraîne son lot de défis techniques et d'interrogations : où et comment les recharger ? Comment gérer les besoins en électricité ? Les ressources en matières premières seront-elles suffisantes ? «Voiture électrique : comment tenir ses promesses ?», un Grand reportage de Pauline Gleize. (Rediffusion du 8 novembre 2021)   Diaporama   ► Pour aller plus loin :   - La voiture électrique est-elle verte ? De nombreux critères entrent en ligne de compte. Pour Diane Strauss, directrice France de l’ONG Transport et environnement : « En termes de CO2, il y a un vrai gain environnemental, mais même si on électrifiait toutes les voitures, on n’arriverait pas à notre budget CO2.  »        - Le bilan carbone d’un véhicule électrique dépend, entre autres, du mix énergétique du réseau qui les recharge. Quelle part les énergies renouvelables prendront-elles ? Jean-Louis Bal, président du Syndicat (français) des énergies renouvelables : « On doit accélérer mais on est sur une bonne tendance. »   

2022-07-21 13:30:02 Lire l'article

Changement climatique: l’Allemagne à la recherche de la forêt du futur

L’Allemagne fait partie des pays les plus boisés d’Europe. Mais, l’impact du changement climatique se fait de plus en plus sentir : après trois années de sécheresse extrême et une invasion de scolytes, les forêts qui couvrent plus d’un tiers du territoire national vont mal. Plus que deux arbres sur dix sont aujourd’hui en bonne santé. Face à ce drame, l’Allemagne a lancé le plus important programme de reforestation de son histoire. Le gouvernement parle même d’une «mission générationnelle» : 280 000 hectares doivent être reboisés. Seulement voilà : quels arbres planter ? Est-il possible de rendre la forêt de demain plus résiliente face au changement climatique ? Et est-ce qu’à l’avenir, les forêts vont encore pouvoir nous protéger du réchauffement de la terre en absorbant le CO2, tout en continuant à nous livrer la précieuse matière première renouvelable qui est le bois ? Les scientifiques allemands ne sont pas d’accord sur la marche à suivre alors que la situation nécessite des décisions politiques urgentes.  « Changement climatique : l’Allemagne à la recherche de la forêt du futur », un Grand reportage de Stefanie Schüler.  (Rediffusion)

2022-07-15 13:30:02 Lire l'article

Haro sur les violences obstétricales

En 2014, le #Payetonuterus apparaît sur Twitter. En 24 heures, plus de 7 000 témoignages de femmes émergent. Elles dénoncent des propos injurieux et porteurs d’injonctions, des examens brutaux et pratiqués sans consentement, voire des violences sexuelles. En 2018, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes publie un rapport sur les actes sexistes durant les suivis gynécologiques et obstétricaux. Il est écrit : « Leur ampleur atteste du fait qu’il ne s’agit pas de faits isolés et appelle une prise de conscience et une action publique pour les combattre ». « Haro sur les violences obstétricales », un Grand reportage de Justine Rodier. (Rediffusion)

2022-08-09 13:30:03 Lire l'article

Traite de jeunes filles en Bolivie, des adolescences volées

En Bolivie, parmi les plus de 1 000 personnes qui disparaissent chaque année, environ 300, des jeunes filles la plupart du temps, sont victimes de traite d’êtres humains. Maintenues en situation d'exploitation à des fins économiques, elles sont, en général, enlevées pour être prostituées, dans le pays ou à l’étranger. Mais elles sont nombreuses aussi celles qui sont victimes de traite, sans être soustraites à leurs familles, de très jeunes filles qui croient « consentir » à la prostitution. Pour lutter contre ce phénomène, la police n’a que très peu de moyens, et la justice est considérée par les parents des disparues comme corrompue et inefficace. Plongée au cœur de la lutte contre la traite de jeunes femmes.   «Traite de jeunes filles en Bolivie, des adolescences volées», un Grand reportage d'Alice Campaignolle. (Rediffusion)

2022-08-11 13:30:03 Lire l'article

Moldavie, la menace transnistrienne

Depuis le début de la guerre en Ukraine, plus de 3 millions de personnes ont fui le pays. Au sud-est, la Moldavie a déjà accueilli l’équivalent de 4 % de sa population, le double est également passé par le petit pays pour continuer ensuite vers l’Europe. Mais alors qu’ils servent d’hôtes, les Moldaves craignent également de devoir fuir à leur tour. « Moldavie, la menace transnistrienne », un grand reportage d’Oriane Verdier, réalisation Pauline Leduc. (Rediffusion du 22 mars 2022)   À la pointe sud de la Moldavie, le poste frontière de Palanca accueille depuis le 24 février les familles ukrainiennes qui fuient les régions de Mykolaïv, Marioupol et Odessa. Face à ces imposants portiques entourés de grillages, une vieille dame se débat pour échapper à celle qui semble être sa fille. Elle refuse de monter dans le bus qui finira de l’arracher complètement à son pays et aux proches qu’elle y a laissé. « Lâche-moi », crie-t-elle les yeux pleins de larmes, « mon cœur me fait mal, tu veux que je crève ici ? » La vieille dame part d’un pas décidé vers les champs qui entourent ce grand parking puis repart vers l’Ukraine pour finalement s’immobiliser à nouveau face à la réalité froide et brutale. Là, debout côte à côte, malgré le vent glacial de la mer Noire qui leur fouette le visage, les deux femmes restent droites tournées vers l’Ukraine à quelques mètres seulement.    Le bus dans lequel elles ne monteront pas emmène les voyageurs quelques kilomètres plus loin, jusqu’à la prochaine étape de leur périple une « gare improvisée » sur un terrain vague. De nouveaux cars partent ensuite pour les capitales roumaine et moldave, ou pour la gare ferroviaire la plus proche.   Evghenia est à peine descendue du bus venu de la frontière qu’une amie vient la serrer dans ses bras. Tatiana est moldave, elle a l’habitude de rendre visite à son amie tous les étés depuis 15 ans dans sa maison au bord de la mer près d’Odessa. Depuis le 24 février, des bateaux russes se sont multipliés à l’horizon. « Ils étaient cinq au début, ils sont une quinzaine maintenant, raconte Evghenia. Et des bombes sont tombées aussi, deux dans la vallée à côté de chez nous, deux sur le village militaire et encore une sur la station électrique. » La cinquantenaire a donc mis son chat dans une caisse et fait ses bagages. Son mari l’a accompagnée jusqu’au poste frontière pour lui dire finalement au revoir, les hommes de 18 à 60 ans ont interdiction de quitter le territoire.   Les deux amies s’engouffrent dans une voiture qui les emmènera jusqu’à Chișinău la capitale moldave. « J’ai préparé toutes nos spécialités, du borsch, des salades, des escalopes panés. Nous, les Moldaves, nous savons recevoir », clame en souriant Tatiana avant de claquer la portière.  Frères de l’époque soviétique  C’est à Chișinău que se retrouvent une grande partie des Ukrainiens qui ont décidé de rester en Moldavie. Le pays est petit et l’un des plus pauvres d’Europe, mais il partage avec l’Ukraine un même passé soviétique et donc une même seconde langue : le russe. Rester en Moldavie permet de rester proche de sa terre pour ceux qui espèrent rentrer d’un jour à l’autre. Rapidement, le gouvernement moldave et la population se sont organisés pour recevoir leurs voisins. Une association, « Moldavie pour la paix », a vu le jour. Elle est constituée de bénévoles et est aujourd’hui intégrée officiellement à l’infrastructure mise en place par les autorités pour répondre à ce défi : accueillir un flux de réfugiés qui représentent, pour l’heure, 4 % de la population moldave, dans un pays lui-même en crise.   Dans le grand centre culturel des cheminots, une collecte de dons s’est organisée. Un vieil homme y entre les bras chargés de gros sacs en plastique plein de vêtements. « C’est de la part de toute ma famille. Les Ukrainiens sont nos frères et moi j’ai combattu en Transnistrie, je sais ce que c’est d’être dans le besoin. À l’époque, d’autres nous ont aidés nous aussi. »   En évoquant cette guerre entre les séparatistes pro-russes et la toute jeune Moldavie indépendante, la voix de Vassili se casse. Depuis que le 24 février il ne dort plus. « Nous craignons que Poutine veuille prendre la Moldavie aussi. La 14e armée russe est toujours en Transnistrie. En plus, ils ont des tonnes d’armement et des soldats russes sur le territoire séparatiste. Nous, en face, nous n’avons ni armement ni rien. Mais je resterai défendre mon pays s’il le faut. »  On estime à 1 500 le nombre de soldats russes présents en Transnistrie et 10 000 le nombre de paramilitaires formés par Moscou. La Moldavie, elle, ne compte pas plus de 6 000 soldats. Si Moscou se tournait vers ce pays grand comme la Belgique, il n’y aurait donc pas de guerre reconnaît Ion Hadârcă, vice-président du premier Parlement moldave après l’indépendance du pays. Pour lui aussi, le conflit qui se déroule à quelques kilomètres de là, a réveillé les fantômes du passé. La menace est incarnée par le territoire de Transnistrie, comme un fragment intact de l’ancienne URSS. L’autoproclamée république indépendante s’étend sur 240 kilomètres le long de la frontière avec l’Ukraine. « L’essence du conflit a été de stopper le rapprochement de la Moldavie avec la Roumanie, explique Ion Hadârcă. Le 1er mars 1992, la Moldavie indépendante a été reconnue par les Nations unies. La même nuit, du 1er au 2 mars, les conflits ont commencé. Les tanks sont entrés à Tighina. Des postes de police ont été attaqués dans plusieurs localités. Cinq mois plus tard, le 25 juillet, un traité de paix a été signé à Moscou entre la Russie et la République de Moldavie, avec la participation des représentants de Transnistrie. La Russie a donc indirectement reconnu qu’elle avait provoqué ce conflit armé. Cet accord a permis d’introduire des troupes russes dîtes de maintien de la paix sur notre territoire. Comme le dit notre expression : “Quand le loup a été désigné pour garder le troupeau”… »  « Quand le loup a été désigné pour garder le troupeau »  Pour se rendre en Transnistrie, il faut donc avant tout passer devant un checkpoint de ces fameuses forces russes de maintien de la paix. À quelques mètres du poste frontière, nous bifurquons ensuite pour entrer dans le dernier village avant le territoire séparatiste. Sur le bord de la route principale, des passagers attendent le bus pour la ville voisine en territoire transnistrien.   « Qu'est-ce que vous faîtes là ? », nous demande l’un d’eux l’air inquiet. « Vous auriez dû prendre une autre direction. Par-là, vous aller tomber sur la frontière, la police des soi-disant "Transnistriens". Vous allez avoir des problèmes ! On n’est pas libre dans la Russie de Poutine. C’est une enclave de Moscou ici. »  Cet homme habite lui-même sur le territoire transnistrien, il refuse de quitter sa maison malgré l’autoritarisme des autorités. « Vous savez, il faut faire attention à qui on parle. Critiquer le pouvoir peut vous valoir la prison ou pire, on vous élimine, ou vous disparaissez selon les méthodes du KGB. »  L’homme monte dans un bus direction Bender en russe, Tighina en roumain. Tout comme les villes ont deux noms ici, dans l'épicerie de ce petit village, Vica accepte aussi bien le leï moldave et le rouble transnistrien qui n'est reconnu que sur le petit territoire.  « Ici, nous sommes dans une zone de conflit particulière. Nous sommes à côté de la Transnistrie qui n'est pas reconnue. Donc, nous pouvons vendre le pain en rouble transnistrien et pour le reste c'est en leï. Comment est-ce que je peux vous expliquer ça ? En 1992, après l'indépendance, on a eu une guerre. Les personnes russes ont voulu se séparer de la Moldavie. Elles parlaient russe et voulaient rester proches de la Russie. Il y a donc eu une guerre. Ils sont arrivés jusqu’ici et n'ont pas pu aller plus loin. »  En 1992, alors petite-fille, Vica a dû ramper sous les balles pendant que son père défendait  le village. Aujourd’hui, ce dernier a 70 ans et, malgré son inquiétude, il sait qu’il ne trouvera pas la force de prendre les armes à nouveau. Vica, elle, n’est pas mariée et habite seule avec sa sœur. Une grande partie des hommes sont partis en Europe chercher un travail. Devant le magasin, une vieille dame se souvient de la guerre, elle aussi. Mais depuis un autre point de vue. « Je vivais dans un quartier de Bender chez mes parents. Une roquette est tombée à côté de chez nous. Parole d’honneur, aujourd’hui encore, je suis reconnaissante envers le Moldave qui l’a tirée. Il aurait pu viser notre maison, il ne l’a pas fait. Il y avait des humains parmi les Moldaves, tout de même, tous n’étaient pas des chiens. »   Cette dame, qui préfère rester anonyme, habite en Transnistrie, elle suit donc l’actualité ukrainienne via des médias russes, les seuls diffusés dans la zone. « C’est une guerre civile à cause des Benderovtsa, des fascistes qui s’en prennent à la population. » À côté d’elle, une autre dame ne peut s’empêcher de réagir. « Vous confondez : les Russes bombardent l’Ukraine. Les Ukrainiens défendent leur patrie. Pourquoi le chien de Poutine fait ça ? Il tue des innocents. »  Les deux femmes débattent sans pour autant tomber d’accord. À côté d’elle, une dame leur demande de cesser ces discussions politiques.   « Moi aussi j’ai compris qu’il y avait des nationalistes terroristes ukrainiens qui s’en prenaient à la population pacifiste, aux simples gens. Mais qui sait quelle est la situation réelle », nous explique prudemment la quadragénaire. « Vous savez je ne suis pas une personne qui s’intéresse à la politique. Je n’aime pas approfondir ces sujets. Nous avons un mode de vie tranquille ici et l’espoir que tout ira bien. Chacun a son point de vue et chaque nationalité défend ses intérêts. Tous demandent à l’État d’être protégé. C’est comme ça que je vois les choses. »   Figée entre deux mondes  Si 30 ans après la fin du conflit, la Moldavie semble toujours prise au piège entre la Russie et l’Occident, entre les langues roumaine et russe, c’est aussi parce que le pays tout entier est dépendant énergétiquement de Moscou. Son gaz vient ainsi intégralement de Russie et 80 % de son électricité est issue de la centrale implantée sur le territoire transnistrien. « De manière générale, les Soviétiques ont concentré 60 % de l’industrie et de l’économie de la Moldavie sur la rive gauche du Dniestr, en Transnistrie », résume Ion Hadârcă. « Actuellement, par exemple, la centrale qui se trouve en Transnistrie n’a accepté de nous fournir de l’énergie que pour un mois. » La Moldavie est pourtant sortie de la neutralité qu’elle tentait de conserver depuis trente ans en demandant l’adhésion à l’Union européenne le 3 mars dernier, le même jour que la Géorgie et quelques jours après l’Ukraine.   Ion Hadârcă espère que la communauté internationale saura tirer les leçons de ce qui se déroule dans le pays voisin : « La Moldavie a un vrai potentiel de fournisseur de paix et d’équilibre, mais jusqu’à présent nous étions simplement traités comme un tampon entre l’Ouest et l’Est. Nous avons déjà de nombreux projets en cours avec l’Union européenne. »  Mais ce processus risque de prendre plusieurs années. Pour l’heure de nombreux Moldaves ont déjà préparé leurs valises et réfléchi à un endroit où se réfugier. Beaucoup possèdent d’ailleurs déjà un passeport européen grâce leurs ancêtres roumains.

2022-07-27 13:30:02 Lire l'article

La mosquée Sainte-Sophie, une conversion et beaucoup de questions

En juillet 2020, le destin de Sainte-Sophie était bouleversé une fois de plus. Ce symbole d’Istanbul, tour à tour église byzantine, mosquée ottomane, puis musée républicain, redevenait mosquée selon la volonté du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Cette décision a suscité des inquiétudes sur la protection et la vocation universelle du lieu. Un an et demi plus tard, comment se porte-t-il ? « La mosquée Sainte-Sophie : une conversion et beaucoup de questions », c’est un Grand reportage d’Anne Andlauer. (Rediffusion du 31 janvier 2022)

2022-07-29 13:30:02 Lire l'article

En Corée du Sud, l'offensive des masculinistes contre les féministes

Voilà plusieurs années que le féminisme s’ancre dans le paysage politique et médiatique de la Corée du Sud. Porté par la vague Metoo, le pays a en partie évolué. Pour autant, chez certains hommes, une contre-attaque s’organise. Ces derniers estiment que l’égalité des genres est déjà atteinte et que le féminisme radical est en passe de prendre le pouvoir. Que ce soit sur internet, dans les rues, dans les sphères politiques ou économiques, la parole des « masculinistes » gagne du terrain. « En Corée du Sud, l'offensive des masculinistes contre les féministes », un Grand reportage de Nicolas Rocca. (Rediffusion)

2022-08-02 13:30:01 Lire l'article

El Hierro: dompter la nature pour la préserver

El Hierro, l’une des plus petites îles de l’archipel espagnol des Canaries, multiplie les projets environnementaux. Objectif de cette terre volcanique peuplée d’environ 10 000 habitants : être une île à l’énergie 100% renouvelable, recycler 100% de ses déchets et permettre un développement de l’île respectueux de l’environnement et des traditions. «El Hierro : dompter la nature pour la préserver», un Grand reportage de Pauline Gleize.  (Rediffusion)

2022-08-01 13:30:03 Lire l'article

Agaléga: l'empreinte militaire indienne s'accentue à Maurice

Grand reportage vous emmène aujourd’hui dans l’océan Indien, à Agaléga, une lointaine et petite dépendance mauricienne de 300 habitants. Sur place, de gros travaux et beaucoup de questions. Tout laisse indiquer que l’Inde y installe une base militaire. Des images satellitaires attestent de l’ampleur des travaux en cours. Même si Maurice nie avoir conclu un accord militaire avec l’Inde. Alors que la rivalité entre la Chine et l’Inde dans l’océan Indien ne cesse de se tendre, Maurice a choisi son camp. (Rediffusion) «Agaléga: l'empreinte militaire indienne s'accentue à Maurice», un Grand reportage d'Abdoolah Earally. Realisation : Pauline Leduc.  

2022-07-13 13:30:02 Lire l'article

Karamoja: les pastoralistes face au changement climatique

C’est déjà la région la plus aride d’Ouganda, et elle risque de le devenir encore plus. Le Karamoja, à la frontière avec le Soudan du Sud et le Kenya, doit selon les prévisions voir ses températures augmenter de trois degrés à la fin du siècle. Les communautés d’éleveurs pastoraux semi-nomades sont les premiers affectés par ce dérèglement climatique. Le changement des rythmes des saisons, les difficultés d’accès aux ressources naturelles, et surtout à l’eau, menacent leur mode de vie. Si certaines initiatives sont mises en place pour améliorer la situation, la situation reste très préoccupante pour nombre d’entre eux.   «Karamoja, les pastoralistes face au changement climatique», un Grand reportage de Lucie Mouillaud.  Ce reportage a été financé en partenariat avec la Fondation JRS Biodiversity. (Rediffusion du 3 novembre 2020).

2022-07-19 13:30:03 Lire l'article

Les Bijagos, un archipel matriarcal en mutation

« Grand reportage » en Guinée-Bissau, ce petit pays lusophone de deux millions d’habitants situé au sud du Sénégal. Au large du continent, à quelques heures de bateau, un archipel unique en Afrique de l’Ouest : les Bijagos, 88 îles et îlots, dont seulement 23 sont habités. L’archipel est régi par une société dite matriarcale, c’est-à-dire que les femmes y ont toute leur place dans les instances de décisions des villages. Au sein du foyer, elles ont plus de pouvoir qu’ailleurs en Afrique. Mais, ces traditions sont aujourd’hui en péril. En cause : l’évangélisation, la mondialisation et le tourisme, en bref, l’arrivée de la modernité dans un lieu longtemps isolé du reste du monde.   «Les Bijagos, un archipel matriarcal en mutation», un Grand reportage d’Amandine Réaux. (Rediffusion du 7 décembre 2021)

2022-07-28 13:30:03 Lire l'article

France: le grand épuisement des internes en médecine

Ils ne sont pas encore diplômés et pourtant leur métier les épuise déjà, voire les tue. En France, les internes en médecine représentent 40% du personnel médical dans les hôpitaux. Mi-médecin, mi-étudiant, certains travaillent plus de 80 heures par semaine, et tous sont confrontés au quotidien à la violence du monde médical.Depuis le début de l’année 2021, au moins 7 internes se sont suicidés, victimes de surmenage, pression, harcèlement, absence d’accompagnement psychologique... «France : le grand épuisement des internes en médecine», un Grand reportage de Claire Leys. (Rediffusion du 16 septembre 2021).

2022-07-25 13:30:02 Lire l'article

50 ans après, les plaies du Bloody Sunday saignent toujours

Le 30 janvier 1972, environ 150 000 catholiques participent à une manifestation pacifique à Derry, en Irlande du Nord, pour réclamer les mêmes droits que les protestants. Bilan : 14 victimes abattues par des soldats britanniques. Le Bloody Sunday (le « dimanche sanglant » en anglais) a non seulement créé une vague d'émotion à travers toute l’Irlande du Nord, mais il a aussi ouvert la voie à trois décennies de guerre civile. Cinquante ans plus tard, les habitants de Derry ont commémoré un événement qui continue à les hanter alors que les parachutistes britanniques n’ont jamais été condamnés.   «50 ans après, les plaies du Bloody Sunday saignent toujours», un Grand reportage de Laura Taouchanov. (Rediffusion)

2022-08-03 13:30:03 Lire l'article

France: violences conjugales, sortir de l’enfer

Chaque année en France, plus de 200 000 femmes sont victimes de violences conjugales. Violences physiques et psychologiques qui se sont accentuées à cause de la crise du Covid-19, plus 30% de signalements lors du premier confinement. Les féminicides sont au nombre de 77 depuis le début de l’année, selon les associations.La réponse pénale s’est durcie, ces dernières années, concernant les auteurs de violences conjugales, mais seulement 1 fait de violence sur 5 est dénoncé par les victimes.  « Violences conjugales, sortir de l’enfer », un Grand reportage dans le nord de la France, de Lise Verbeke. (Rediffusion du 30 août 2021)

2022-07-20 13:30:02 Lire l'article

Diplômées, bio... trois agricultrices bien dans leurs bottes

En France, près de 110 000 exploitations agricoles sont dirigées par des femmes. Qui sont-elles ? Sont-elles toutes issues du milieu agricole ? Et comment exercent-elles leur métier ? Sylvie Koffi en a rencontré trois : une céréalière, une arboricultrice et une éleveuse de vaches… Toutes diplômées et toutes passionnées par leur métier. « Diplômées, bio... trois agricultrices bien dans leurs bottes », un Grand reportage de Sylvie Koffi. (Rediffusion)   En images

2022-08-08 13:30:02 Lire l'article

Adoptions forcées au Chili, mères et enfants à la recherche de la vérité

Entre les années 1960 et les années 1990, plus de vingt mille enfants chiliens ont été adoptés et emmenés à l'étranger par des familles françaises, italiennes, américaines, belges ou encore canadiennes. Des adoptions encouragées par la dictature du général Pinochet. Mais des années après, des voix ont commencé à s'élever au Chili : plusieurs milliers de mères biologiques n'avaient en fait jamais accepté que leurs bébés soient donnés en adoption. RFI est allé à la rencontre de ces femmes au Chili, mais aussi d'enfants adoptés en France, qui recherchent leurs origines. (Rediffusion) De notre correspondante au Chili, À 1 200 kilomètres au sud de Santiago, sur l'île de Chiloé, Ruth Huisca remet du bois dans le poêle qui réchauffe la pièce principale, en plein hiver austral. Cette employée de maison, âgée d'une cinquantaine d'années, nous reçoit dans une maison rouge à l'architecture typique de l'île, avec sa façade recouverte de bardeaux de bois. Au milieu des années 1980, Ruth vit et travaille à Osorno, dans le sud du pays. Elle tombe enceinte de son petit-ami quand elle a 17 ans, et lui en a 16. Il part dans une autre ville, et Ruth accouche seule d'une petite fille à l'hôpital d'Osorno. Mais elle n'ose pas retourner chez elle, à la campagne. « À l'époque, je n'aurais pas pu revenir chez mes grands-parents avec un bébé. Ils m'auraient mise dehors, ils m'auraient collé une raclée. Alors j'ai eu peur de leur dire que j'étais enceinte. Et j'ai cherché une pension pour ma fille, je l'ai confiée à une dame en qui j'avais confiance. » Les premiers mois, Ruth voit son bébé tous les jours, et travaille en même temps dans un bar. Mais les clients se font rares, et elle trouve un emploi mieux payé sur l'île de Chiloé à 200 kilomètres de là. Sa fille, Claudia, reste en pension auprès de la même personne, une ancienne collègue de travail. « Je lui donnais 5 mille pesos par mois, c'était une somme importante à l'époque. Mais je suis tombée malade, et pendant six mois j'étais alitée. Je n'ai jamais su exactement ce que j'avais. Et je n'ai pas pu envoyer d'argent à ce moment-là. Alors cette dame m'a dénoncée », raconte Ruth autour d'un café et de biscuits, pendant que la pluie se met à tomber dehors. Ruth est convoquée au tribunal, accusée d'avoir abandonné sa fille. À ce moment-là, elle ne sait quasiment pas lire, car elle a quitté l'école à 12 ans. Elle ne comprend pas les documents qu'on lui présente. « L'assistante sociale ici m'a dit que j'étais jeune, qu'un jour j'allais me marier et avoir beaucoup d'enfants et que je ne m'inquiète pas. Et qu'il fallait que je signe. Je lui ai demandé si j'allais pouvoir revoir ma fille, elle m'a dit que oui. Elle m'a assurée que si je ne signais pas, j'allais être arrêtée. J'ai eu peur d'aller en prison. Et j'ai fini par signer. » Elle réalise ensuite que ces documents étaient des papiers pour donner Claudia en adoption. Et malgré des recherches auprès du commissariat, Ruth n'a jamais retrouvé sa fille. C'est seulement il y a quelques années, qu'elle s'est rendue compte qu'elle n'était pas la seule à avoir vécu une histoire similaire. « Je l'ai entendue pleurer. Ensuite, je ne l'ai plus jamais vue » De retour à Santiago, Aída Cáceres nous reçoit dans une petite maison, dans la commune de Padre Hurtado. Avant de s'installer dans la capitale, elle aussi vivait dans le sud du Chili. Elle a perdu la trace de son deuxième enfant juste après avoir accouché à l'hôpital de Coronel, à 500 kilomètres de la capitale. «  À 21 ans, je suis tombée enceinte d'une petite fille. Je suis arrivée à l'hôpital avec des complications. Ma fille est née, et je me souviens très bien que l'infirmière a dit " Regarde comme ta fille est belle ". C'est tout ce dont je me souviens. Je l'ai entendue pleurer. Et ensuite, je ne l'ai plus jamais vue. », raconte-t-elle. Une soignante lui dit que sa fille est morte. Mais Aída n'arrive pas à y croire, et elle cherche à en avoir le cœur net. Nous sommes alors en 1986. « Je l'ai cherchée dans l'hôpital de Coronel, mais elle n'était pas là. J'ai demandé ce qui lui était arrivé, posé plein de questions. Jusqu'à ce que je trouve cette infirmière. Et elle m'a dit : " Ta fille n'est pas morte. Elle a été envoyée dans un foyer pour mineurs". Ils ont dit que je l'avais abandonnée ! Mais je n'ai jamais été devant le tribunal, je n'ai jamais signé de documents d'adoption, jamais. » Aída a cherché sa fille pendant des années, sans succès. Mais il y a trois ans, elle reçoit des messages sur Facebook, depuis la France. « Est-ce que tu es ma mère ? ». « Cette question-là, je ne l'oublierai jamais. » Depuis, elle prend régulièrement des nouvelles de sa fille, malgré la barrière de la langue. Marie, c'est son nom actuel, lui envoie bientôt une copie de son dossier d'adoption. « Voilà, ça c'est son passeport… », dit-elle en feuilletant le dossier, qu'elle a imprimé et garde précieusement. Elle s'attarde sur la photo d'identité de sa fille : « C'était encore un bébé… ! », soupire-t-elle. Et elle s'étonne sur la rapidité avec laquelle sa fille a été adoptée. « Car elle est née le 21 septembre, et le 17 décembre de la même année, elle était déjà en train de quitter le Chili, avec une décision de justice disant qu'un couple français venait la chercher. Et puis dans le rapport, il est écrit que je vivais à la rue, et que j'étais alcoolique. Alors que je n'ai jamais bu une goutte d'alcool ! Et j'ai toujours été assez casanière, toujours eu un toit. » Des centaines de plaintes déposées Au Chili, plus de 700 plaintes ont été déposées ces dernières années pour des adoptions forcées, qui ont eu lieu principalement pendant la période de la dictature de Pinochet, entre 1973 et 1990. Mais la police judiciaire chilienne et les associations de victimes estiment que depuis les années 1960, plus de 20 mille enfants chiliens pourraient avoir été adoptés de manière irrégulière. L'une des ces associations s'appelle « Hijos y madres del silencio », (« Enfants et mères du silence »). Marisol Rodriguez, qui est à la recherche de sa grande sœur, est la porte-parole de cette ONG créée en 2014 pour aider des mamans à retrouver leurs enfants. « Nous sommes environ 12 mille personnes, dans un groupe Facebook privé. Nous faisons tout en ligne. Pour aider les mères et leur famille dans leurs recherches, nous leur demandons de faire un test ADN car elles n'ont pas vraiment d'autre moyen de trouver leurs proches. Les enfants adoptés à l'étranger, par contre, ont souvent des documents, le nom d'une ville, un nom de famille... On fait les recherches avec eux mais on leur suggère aussi de faire un test ADN pour être sûrs, car les papiers qu'ils ont sont souvent faux. Malheureusement, seules 250 recherches ont abouti pour l'instant. », affirme Marisol Rodriguez. Les femmes victimes de ces adoptions forcées étaient principalement pauvres, jeunes, célibataires, et parfois issues des peuples autochtones du Chili, notamment le peuple mapuche. Certaines étaient illettrées. L'association a identifié une série de personnes et d'institutions dont les noms reviennent dans les dossiers d'adoptions forcées. « Des religieuses et des prêtres étaient impliqués, très souvent des assistantes sociales aussi. Des avocats, des juges... Des hôtels... Il y avait tout un réseau, assure Sol Rodriguez, co-fondatrice de l'association. Et il s'agissait aussi de faire croire aux parents adoptifs qu'ils étaient en train de faire quelque chose de bien. Pas qu'ils étaient venus chercher un enfant qui avait disparu de l'hôpital. » Ces intermédiaires utilisaient les mêmes méthodes pour retirer les enfants à leurs mères. « La première, c'était de dire aux mères que leur enfant était mort à la naissance, mais sans leur donner le corps, explique Sol Rodriguez. La deuxième méthode concernait plus souvent les mères qui travaillaient comme employées de maison ou à la campagne par exemple : ces gens leurs disaient qu'ils allaient s'occuper de leurs enfants la semaine, et qu'elles pouvaient venir les chercher les week-ends. Mais après quelques semaines, ils les donnaient en adoption sans leur accord. Enfin, dans le troisième cas, ils disaient aux mères que leurs nouveaux nés avaient des maladies très graves, qui ne pouvaient pas être soignées ici. Et que si elles aimaient leur enfant, elles devaient le donner en adoption, pour qu'il ne meure pas au Chili. » Pour plus de 700 enfants, la dernière adresse connue au Chili, indiquée sur leur passeport, était celle de plusieurs hôtels à Santiago. Guido, 59 ans, a travaillé dans l'un de ces hôtels, qui a fermé depuis. Pour la première fois, il accepte de raconter au micro de RFI ce qu'il a vu. Nous le retrouvons chez lui, en banlieue sud de la capitale, après sa journée de travail. Quand il était employé au restaurant de l'hôtel, entre 1979 et 1997, il a croisé de nombreux couples qui venaient adopter des enfants au Chili. « Ils restaient environ deux mois, se souvient-il. Au début, ils étaient seuls pendant une ou deux semaines. Puis apparaissait  quelqu'un qui leur donnait tous les contacts. Et ensuite les enfants arrivaient », dit-il. « Au bout de quinze jours à peu près ils descendaient au restaurant de l'hôtel faire la paperasse avec les avocats, je les servais à table. Les Italiens adoptaient seulement des bébés, jamais des enfants plus grands. Et les Français et les Australiens adoptaient des enfants de 3 ou 4 ans environ. » Aujourd'hui, il se pose des questions sur le rôle qu'a joué l'hôtel dans ces adoptions. Il se souvient par exemple d'une femme, qui était officiellement directrice des relations publiques. « Elle avait son bureau là-bas, mais elle n'a jamais vraiment travaillé comme chargée de relations publiques. Quand les couples étrangers arrivaient, ils cherchaient toujours à parler avec elle. Elle faisait le lien entre les avocats et les parents adoptifs, parce qu'elle parlait français et anglais. » Un pic d'adoptions sous la dictature Des adoptions irrégulières ont eu lieu, avant et après la dictature du général Pinochet. Mais si ces réseaux ont pu fonctionner sans problème sous le régime militaire (1973-1990), c'est notamment parce que la junte elle-même avait décidé de promouvoir les adoptions d'enfants pauvres par des couples étrangers. C'est ce qu'a montré l'historienne Karen Alfaro dans ses recherches. Elle enseigne à l'université australe du Chili, à Valdivia, et travaille depuis plusieurs années sur ce sujet. « Sous la dictature, le Chili est devenu l'un des principaux pays d'où partaient des enfants pour être adoptés à l'étranger, précise-t-elle. Les adoptions forcées d'enfants s'inscrivent dans le cadre d'une politique de violence sociale contre ces familles pauvres. Il s'agissait d'une sorte d'eugénisme social. » À l'époque, le régime transforme le Chili en laboratoire du néolibéralisme, sous l'influence des « Chicago Boys », rappelle la chercheuse. « La dictature tentait de montrer son développement économique. Dans ce contexte, ces catégories sociales pauvres, et les " mineurs irréguliers" comme ils les appelaient, étaient perçues comme un problème, souligne la chercheuse. La presse les désignait comme " le grand problème " de notre pays. » En pleine guerre froide, la dictature craignait qu'en grandissant, ces enfants rejoignent l'opposition. D'autre part, les dirigeants de la junte militaire ne souhaitaient pas dépenser d'argent dans des programmes sociaux. « Ils se proposent donc d'augmenter significativement le nombre d'adoptions d'enfants chiliens, a constaté Karen Alfaro. Pour cela, les démarches d'adoption sont alors simplifiées. » Lors de ses recherches, l'historienne a montré que des enfants ont été vendus entre 6 500 dollars, pour un bébé, et 150 mille dollars, pour une fratrie. Mais pour elle, sous Pinochet en particulier, les motivations des intermédiaires étaient souvent idéologiques, plus que financières. « J'ai pu mener des entretiens avec des assistantes sociales impliquées dans des affaires d'adoptions irrégulières, précise l'historienne. Et elles disaient que ces pratiques avaient lieu dans le cadre d'une politique institutionnelle. Elles étaient convaincues d'avoir sauvé des enfants de leurs propres familles, car elles pensaient qu'ils étaient destinés à la pauvreté, au chaos. Il y avait donc des raisons idéologiques chez beaucoup de fonctionnaires, médecins, juges et assistantes sociales. » Une diplomatie des adoptions Enfin, d'après ses recherches, le régime a utilisé ces adoptions pour renouer des relations diplomatiques avec plusieurs pays occidentaux qui avaient accueillis un nombre important d'exilés chiliens et où la dictature était particulièrement critiquée pour les violations des droits de l'Homme qui s'y produisaient. La Suède, par exemple, a été l'un des principaux pays de destinations des enfants chiliens adoptés à l'étranger. À l'époque, les autorités suédoises avaient été alertées sur des irrégularités, mais ont décidé de fermer les yeux. À la même période, la France a été le quatrième pays où le plus de petits chiliens ont été adoptés, selon des données partielles compilées par les autorités consulaires chiliennes. Le ministère français des Affaires étrangères, de son côté, indique que 1 706 enfants chiliens ont été adoptés en France depuis 1981, sans plus de précisions, malgré plusieurs relances de notre part. Le droit de connaître ses origines À des milliers de kilomètres de Santiago, ces enfants ont grandi et certains cherchent aujourd'hui à connaître leur histoire. Lucile Gimberg, de l'antenne de RFI en espagnol, est allée à leur rencontre dans le sud-ouest de la France. Près de Toulouse, l'association Chilean Adoptees Worldwide, (Chiliens adoptés à travers le monde), a organisé une réunion d'information à la fin du mois de juillet, dans une salle des fêtes. Quelques dizaines de personnes sont présentes, dont Johanna Lamboley. Elle est l'une des représentantes en France de cette ONG. « J’ai été adoptée au Chili en 1986, à l’âge de 5 ans et demi, explique-t-elle. J'ai été volée à ma maman biologique, avec qui je vivais. Elle a passé 36 ans à me chercher. » Grâce à l'association, Johanna a retrouvé sa mère. Mais elle considère que ce sujet est encore trop peu connu. « Il y a une omerta dans le monde de l'adoption en France, donc on veut alerter les enfants chiliens qui recherchent leurs racines qu'on existe, qu'ils peuvent nous contacter et qu'on peut essayer de les aider dans la mesure du possible, pour reconnecter avec leur identité », dit-elle. Se reconstruire autour de son histoire personnelle Toutes les adoptions d'enfants chiliens n'étaient pas forcément irrégulières. Mais le résultat des recherches, provoque souvent des émotions contradictoires. Laetitia Bourgier, 34 ans, a elle aussi réussi à contacter sa famille biologique au Chili. Après avoir cherché pendant des années, elle fait appel au Service national des mineurs à Santiago, qui retrouve finalement sa mère, et lui transmet une lettre et une photo d'elle. « Quand je vois sa photo, ça y est je vois à qui je ressemble ! On a le même nez, la même bouche, les mêmes yeux et sourcils », dit-elle avec un grand sourire. « Quand on est adopté, la question de savoir à qui on ressemble, c’est la première question qu’on se pose. Avant toute autre chose, " à qui je ressemble ? " Et là ça y est ! », se souvient-elle. Dans le courrier, « Elle me dit qu’elle ne m’a jamais donnée à l’adoption. Là, pour moi, c'est quand même un soulagement. Je me dis que ce n’était pas que dans ma tête. Mais ce n'est pas simple. Cela change toute mon histoire, qui est le fondement de mon identité comme personne. Ça a été un tsunami psychique, cette découverte-là. Je ne l’aurais pas fait des années avant parce que j’étais pas assez forte. Et cela remis beaucoup de choses en question. En rentrant en France, je me demandais : quelle est ma vie ? L'ai-je vraiment choisie ? et mon travail ? ». Laetitia découvre aussi qu'on a dit à sa mère qu'elle était morte à l'hôpital. Et elle se rend compte que son acte de naissance a été falsifié. Aujourd'hui, elle s'interroge sur la responsabilité de la France dans ces affaires. « On ne peut que se questionner. Il y a quand même beaucoup, beaucoup d’enfants qui sont sortis du Chili vers la France, qui sont passés par l’ambassade de France, souligne-t-elle. Ils connaissent le fonctionnement des lois. Or des enfants sont sortis du pays sans certains documents obligatoires… Il y a pas mal de zones de flou. Ce serait quand même très étonnant qu’ils ne se soient pas questionnés sur ça », pointe-t-elle. Un comité d'accueil à l'aéroport de Toulouse Les associations de victimes pensent que le plus souvent, les parents adoptifs n'étaient pas au courant que ces enfants n'avaient en fait jamais été abandonnés. Le père de Laetitia, André, a soutenu sa fille dans la recherche de ses origines. Il est l'un des rares parents à accepter de raconter les démarches qu'il a menées avec sa femme à l'époque. « En fait ça a été très simple. On savait déjà qu'en France c’était très difficile, les adoptions. Il fallait compter 4 ou 5 ans, et encore, ce n’était pas évident, explique-t-il au micro de Lucile Gimberg, de l'antenne de RFI en espagnol. Et on savait que c’était plus simple d’adopter dans un pays étranger. » Le couple connaît plusieurs personnes qui ont déjà adopté au Chili. Ils choisissent donc de partir pour Santiago. Leurs amis leur donnent des contacts et des adresses. Une sorte de guide de l'adoptant, écrit à la main, et grâce auquel ils trouvent Laetitia dans un hôpital après seulement quinze jours sur place. Ils payent uniquement des frais de traduction, des frais administratifs dans les tribunaux, assure André Bourgier. Lui et sa femme ne remarquent rien qui leur semble anormal. À leur retour, ils sont attendus à l'aéroport de Toulouse par un comité d'accueil très enthousiaste. « Une quinzaine ou une vingtaine d'amis, qui avaient déjà adopté des petits chiliens. Ils nous attendaient presque comme le messie, à l'aéroport. C’est fabuleux comme émotion ! » En France, le tribunal prononce l'adoption plénière de Laetitia sans difficultés. Alors quand sa fille lui apprend qu'elle a été retirée de force à sa mère biologique, « Sur le coup bien sûr ça m’a fait quelque chose, parce qu'il faut quand même le digérer », se remémore André Bourgier. Mais aujourd'hui, dit-il, il est content que Laetitia ait pu retrouver sa famille biologique. « Maintenant, quand elle parle de son histoire, elle est un peu plus libérée. Elle est moins stressée », estime-t-il. Tabou Pour d'autres parents cependant, aborder ce sujet avec leurs enfants adoptifs semble inenvisageable. C'est ce qui est arrivé dans la famille d'Alban Dubaux, 30 ans, que Lucile Gimberg a rencontré lors de la réunion d'information de l'association Chilean Adoptees Worldwide, près de Toulouse. Ce jeune gendarme a été adopté à Punta Arenas, la ville la plus australe du Chili, en Patagonie. Sur son passeport, qui a été établi au Chili, quand il avait seulement 15 jours, Alban portait déjà son nom et son prénom français. Une irrégularité qui complique aujourd'hui la recherche de ses origines, mais n'a pas empêché qu'il sorte du pays sans encombre, puis soit adopté en France. « D'après ce qu'ils m'ont dit, mes parents adoptifs ont été contactés avant ma naissance », précise-t-il. Au début, ses parents lui racontent d'où il vient. Mais vers l'âge de 6 ans, sa mère le trouve en train de fouiller dans son dossier d'adoption. Puis elle se braque, et refuse de reparler de ses origines. Quelques années après, Alban se rend compte que les papiers ont disparu. « Impossible de remettre la main sur les documents que j'avais vu quand j'étais petit. Et après en parlant avec mes parents, j'ai vu que c'était très tabou, impossible de parler plus avec eux. C'était vraiment violent, vraiment pour que j'arrête de fouiner et que je mette mon nez ailleurs. », raconte-t-il. Malgré l'opposition de ses parents adoptifs, Alban a décidé de continuer les recherches de son côté. Il s'est marié il y a trois ans, et lui et sa femme aimeraient avoir des enfants. Mais avant cela, Alban voudrait connaître sa propre histoire. « Ce qui m'importe le plus c'est vraiment de savoir qu'est-ce qu'il s'est passé surtout. Pourquoi j'ai été abandonné ? Est-ce que c'est voulu ? Pas voulu ? Et j'ai besoin de toucher la chair de ma chair, que ce soit un frère, une soeur, un grand-parent... », dit-il. Pouvoir prendre sa mère biologique dans ses bras, c'est aussi ce que souhaite Johanna Lamboley, de l'association Chilean Adoptees Worldwide (CAW). Si les restrictions sanitaires le permettent, elle ira au Chili cette année, pour la première fois depuis son adoption. Et elle lance un appel aux autorités françaises. « On voudrait juste que le gouvernement français, comme l’ont fait les gouvernements de Suède, de Hollande et d'ailleurs, nous aide et reconnaisse aussi qu’il y a eu une part d’erreurs dans leur traitement des dossiers d’adoption », précise-t-elle. À Santiago, Aída Cáceres rêve elle aussi de rencontrer sa fille en personne. Mais pour l'instant, elle n'a pas les moyens de payer un billet d'avion pour la France.  Enfin, pour l'association Hijos y madres del silencio, il est urgent que les enquêtes déjà en cours au Chili avancent. D'après sa cofondatrice, Sol Rodriguez, ces adoptions forcées pourraient constituer des crimes contre l'humanité. « On ne peut pas laisser tout cela sous le tapis alors qu'il y a eu tant d'injustice. Des mères meurent en ce moment sans savoir où sont leurs enfants, regrette-t-elle. C'est terrible car il s'agit de vols d'enfants et ici au Chili, il y en a eu des milliers. » Elle rappelle que les adoptions forcées concernent aussi d'autres pays que le Chili. Enfin, elle demande au gouvernement de son pays de relancer un projet de banque de données ADN, créé pour aider les mères à retrouver leurs enfants, mais qui est à l'arrêt depuis un an et demi.   ►Pour en savoir plus : - Association Hijos y madres del silencio - Association Nos buscamos - Association Chilean Adoptees Worldwide (CAW)  - Programme de recherche des origines, du Service national des mineurs (Chili) - Enquête journalistique du média chilien en ligne Ciper, dans laquelle est mentionné l'hôtel Conquistador  - Reportage de RFI en 2014, lors des premières révélations journalistiques sur ce sujet  - Adoptions irrégulières dans d'autres pays que le Chili : (Suisse / Sri Lanka)

2022-07-12 13:30:02 Lire l'article

Barkhane: un repli à marche forcée

Des containers par dizaines et un incessant ballet de chariots élévateurs : la base militaire française de Niamey au Niger, point de transit obligé des matériels sortant du Mali, est au cœur d’une opération logistique hors norme. Le repli français du Mali, une manœuvre à marche forcée, un Grand reportage de Franck Alexandre.

2022-07-14 13:35:01 Lire l'article

«Searching for Sugar Man» ou comment un documentaire peut vous changer la vie

Il y a 10 ans, sortait le documentaire «Searching for Sugar Man». L'histoire d'une quête menée par des fans sud-africains pour retrouver le chanteur américain Sixto Rodriguez. Sans le savoir, et oublié de tous, ce musicien des années 70 était une immense star parmi la minorité blanche sud-africaine et en Australie. Le film a obtenu l'Oscar du meilleur documentaire en 2013, et fut un phénomène mondial... Un bouleversement aussi dans la vie de ses protagonistes.   «Searching for Sugar Man» ou comment un documentaire peut vous changer la vie, c'est un Grand reportage signé Romain Chanson dans la ville du Cap, en Afrique du Sud. (Rediffusion)   Liste des musiques diffusées :  - Crucify Your Mind (Cold Fact, 1970)  - Sugar Man (Cold Fact, 1970)  - Hate Street Dialogue (Cold Fact, 1970)  - Can't Get Away From Me (Bande Originale de Seaching For Sugarman)  - Sandrevan Lullaby - Lifestyles (Coming From Reality, 1971)  - Jane S. Piddy (Cold Fact, 1970)  - Cause (Coming From Reality, 1971). 

2022-08-10 13:30:03 Lire l'article