Grand reportage - Quand le vin suédois prend de la bouteille (Rediffusion)

Quand on prononce le mot « vin », on pense tout de suite à la France, à l’Italie, à l’Espagne, ou aux vins du nouveau monde, des États-Unis à l’Australie. On ne pense pas, bien sûr, à la Suède. Et pourtant, cela fait vingt ans que des pionniers se battent contre les éléments pour planter de la vigne au sud du royaume scandinave. Des efforts qui commencent à payer : Aujourd’hui, une cinquantaine de viticulteurs vendent leur production. Mieux encore : le climat suédois permet d’obtenir des vins blancs frais, toniques, ce qui devient de plus en plus difficile au sud de l’Europe à cause du réchauffement climatique. Une perspective qui incite de nombreux jeunes à investir dans la vigne. Quand le vin suédois prend de la bouteille, c’est un Grand reportage de Frédéric Faux. (Rediffusion du 24 septembre 2020).

2020-12-29 11:45:23 Lire l'article

Grand reportage - Andalousie: les esclaves du maraîcher de l'Europe

De l’esclavage moderne : c’est la ministre espagnole du travail qui utilise cette expression quand elle évoque ces Marocains, Sénégalais, Maliens ou migrants d’Europe de l’est venus travailler dans les serres du sud du pays, en Andalousie précisément. (Rediffusion du 10 septembre 2020) On y cultive melons, pastèques, poivrons, fraises ou encore tomates en plein hiver. Ces ouvriers agricoles seraient près de 100 000 à travailler dans les serres, dont au moins un tiers serait sans papiers, selon le syndicat agricole andalou, sous-payés, exploités, entassés dans des taudis. Un reportage de Noémie Lehouelleur.

2020-12-23 11:03:21 Lire l'article

Grand reportage - Wuhan année zéro, souffrance et rédemption de la ville martyre du coronavirus en Chine (Rediffusion)

La vie après le coronavirus... Difficile de l’imaginer lorsque la pneumonie virale frappe encore une grande partie de l’humanité. C’est pourtant ce que vivent les Wuhanais, berceau du Covid-19 en janvier 2020 et aujourd’hui, pour l’instant en tous cas, débarrassée du virus. Après 76 jours d’un confinement hermétique jusqu’en avril 2020, et une longue période de déconfinement ensuite, la vie dans la capitale de la province du Hubei a repris au centre de la Chine. Les autorités ont fait de l’ensemble des habitants de Wuhan des héros de la lutte contre l’épidémie, mais ces derniers rappellent qu’ils sont aussi des victimes. « Wuhan année zéro, souffrance et rédemption de la ville martyre du coronavirus en Chine », un Grand reportage de Stéphane Lagarde. (Rediffusion du 6 novembre 2020) Diaporama

2020-12-28 10:34:13 Lire l'article

Grand reportage - [RÉCIT SONORE] Un an de Covid-19: contagion économique et espoir d'un vaccin (2/2)

Suite de notre récit sonore de la pandémie de Covid-19, grâce au travail des correspondants de RFI. Après vous avoir raconté les premiers mois, l’arrivée de la maladie sur tous les continents, il est question aujourd'hui de la contagion économique, du combat contre le scepticisme, et de l’espoir que représentent les vaccins, notamment dans les pays qui ont été les plus touchés, retour sur les mois de juillet à décembre... Choix musicaux : - Daan Corona, collectif d'artistes sénégalais - Good Job, Alicia Keys ► (Ré)écoutez aussi : la première partie - de janvier à juin, la pandémie déferle sur le monde.

2021-01-05 12:56:19 Lire l'article

Grand reportage - Malaisie: les ruses de l'industrie des déchets

C’est un fléau connu du monde entier depuis deux ans maintenant, mais qui n’est pas près de s’arrêter. L’importation illégale de déchets plastiques souvent toxiques continuent de polluer l’air et les sols malaisiens, d’endommager la santé de ses habitants. Mais alors qu’Interpol relevait, en 2020, une forte augmentation de la criminalité liée aux déchets plastiques, les industriels hors la loi continuent de profiter de l’impossibilité de recycler proprement une bonne partie des déchets plastiques, et ont juste, avec les années, appris à être plus discrets.  «Malaisie: les ruses de l'industrie des déchets», un Grand reportage de Gabrielle Maréchaux.  

2021-01-18 12:48:00 Lire l'article

Grand reportage - Le Parti Communiste Français est centenaire: et maintenant ?

C’est l’un des plus vieux partis politiques français : le Parti Communiste a soufflé sa 100ème bougie. Né d’une scission du Parti Socialiste le 30 décembre 1920, il devient le premier parti de France après la deuxième guerre mondiale… Une histoire marquée par de grands combats - contre le nazisme -, de grandes victoires - le vote des femmes, les retraites -, mais aussi de grandes erreurs, sur le soutien longtemps inconditionnel au stalinisme. Une histoire marquée enfin par le déclin : aux dernières élections européennes, il n’a pas passé la barre des 3% et hésite à présenter une candidature autonome à la présidentielle de 2022. Parti Communiste Français : et maintenant ? Un grand reportage signé Anne Soetemondt, Richard Riffonneau  et Steven Helsly.    

2021-01-06 12:04:59 Lire l'article

Grand reportage - Soignants du monde, comment vivre avec la pandémie?

Partout dans le monde, les personnels soignants sont directement confrontés à la pandémie de Covid-19. Tous au contact des malades et de leurs proches. Au contact de la mort, de la souffrance, mais ils ne baissent pas les bras. Un an après l’apparition de la maladie, RFI a décidé de donner la parole. Pour Grand Reportage, nos journalistes au Brésil, au Mali, en France et au Liban ont rencontré ces hommes et ces femmes qui vont continuer de lutter, avec leurs armes. Des témoignages bruts. Quels sont leurs souvenirs de l’arrivée du Covid-19 ? Ce qu’il a changé dans leur vies, professionnelle et personnelle, ce dont ils rêvent maintenant. Grand Reportage signé Sarah Cozzolino, Kaourou Magassa, Laurence Théault et Noé Pignède. Réalisation : Ewa Piedel, David Brockway et Bruno Faure. 

2021-01-11 12:54:28 Lire l'article

Grand reportage - Le charme des trains de nuit (Rediffusion)

Partir un soir de quelque part et se réveiller le matin ailleurs, après avoir traversé la France, c'était l'un des charmes des trains de nuit qui ont pratiquement disparu du paysage depuis une dizaine d'années. Voilà que deux lignes sont aujourd'hui relancées car les trains de nuit ont toujours la cote auprès des voyageurs, et suscitent même un étonnant engouement.  Le charme des trains de nuit, c'est un Grand reportage de Stéphane Geneste. (Rediffusion du 23 septembre 2020)

2020-12-24 11:06:43 Lire l'article

Grand reportage - Lumumba, la mécanique d’un assassinat

Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba, Premier ministre congolais déchu, meurt assassiné dans le sud du Congo. Son décès provoque une émotion considérable de par le monde et contribue à faire de lui une figure mythique de l’histoire des indépendances africaines. Mais pourquoi et par qui ce jeune leader indépendantiste a-t-il été assassiné ? Déstabilisé, diabolisé, traqué, le natif d’Onalua dans le Sankuru a été, durant la dernière année de sa vie, la cible de différents groupes aux intérêts convergents. «Lumumba, la mécanique d’un assassinat», un Grand reportage de Pierre Firtion.

2021-01-15 12:43:25 Lire l'article

Grand reportage - Calais, des migrants sous surveillance (Rediffusion)

Aujourd’hui, Grand reportage vous emmène dans une ville sur la côte du nord de la France. Calais, en face de l’Angleterre, est un point névralgique pour les migrants de tous horizons. Ils sont entre 1 500 et 2 000, venus principalement de la corne de l’Afrique avec une ambition : traverser la Manche et rejoindre la Grande-Bretagne. En quelques années, la ville s’est transformée, des murs et grillages ont été posés tout autour du port, de la gare TGV pour que les migrants ne puissent traverser la mer, autour des terrains vagues pour qu’ils ne puissent installer leurs tentes. La surveillance aux frontières s’est accrue. Mais, les passages n’ont jamais été aussi nombreux. Et les réseaux de passeurs n’ont jamais aussi bien fructifié.  Calais, des migrants sous surveillance. Un Grand reportage d’Alexis Bédu, réalisation : Nicolas Bénita. (Rediffusion du 19 octobre 2020)

2020-12-25 11:01:35 Lire l'article

Grand reportage - Tunisie: les femmes et les jeunes, 10 ans après la révolution

En Tunisie, 10 ans après la révolution qui a vu le départ de Ben Ali, les acteurs de ce changement gardent pour beaucoup un regard critique sur la Tunisie d’aujourd’hui. Les femmes, notamment, dont les acquis ont été menacés juste après 2011, tâtonnent encore pour faire changer les mentalités. L’espoir est-il porté par la nouvelle génération, celle des 18-25 ans, très jeunes au moment de la révolution, et désormais sur le devant de la scène ?     «Les femmes et les jeunes, 10 ans après la révolution», un Grand reportage de Lilia Blaise.

2021-01-14 12:34:15 Lire l'article

Grand reportage - L'Alsace en mal de touristes

L'Alsace est l'une des régions les plus touristiques de France. Mais ce printemps 2020, elle a été durement frappée par l'épidémie de coronavirus. Classée en rouge pendant plusieurs semaines, le journal Le Monde l'avait d'ailleurs rebaptisée "Coronaland". Si le mot Alsace fait surgir des images de maisons à colombages, de géraniums aux fenêtres et de cigognes, il a été synonyme ce printemps d'hôpitaux débordés et de cercueils regroupés dans des entrepôts. 15 millions de touristes visitent normalement l'Alsace chaque année.  «L'Alsace en mal de touristes», un Grand reportage d'Angélique Férat. (Rediffusion du 14 septembre 2020).

2021-01-22 14:15:22 Lire l'article

Grand reportage - Un mur à la frontière, l'héritage de Trump en Arizona

C’était l’un des projets phares de Donald Trump : construire un mur de séparation à la frontière avec le Mexique. Selon les autorités fédérales, plus de 720 km de mur sont sortis de terre en quatre ans. La plus grande partie au Nouveau-Mexique et en Arizona, où se sont rendus nos envoyés spéciaux (Marie Normand et Julien Boileau). À première vue, il n’a pas tout à fait l’allure du «grand et bel» édifice de béton promis par Donald Trump. Pas de mur plein, mais une palissade métallique. Des poteaux de neuf mètres de haut sont plantés dans des tranchées en béton. Ils sont espacés d’une dizaine de centimètres, juste assez pour entrevoir la Basse-Californie, au Mexique, de l’autre côté. Ces kilomètres de mur défilent alors que nous roulons sur une piste interdite à la circulation près de Yuma, dans le sud-ouest de l’Arizona, aux limites de la Californie. Au volant du pick-up : Jonathan Lines, ancien patron du Parti républicain de cet État qui a basculé démocrate aux dernières élections. Sous son pare-brise, il a posé un laissez-passer, bien en évidence, pour éviter les contrôles de la Border Patrol, le bras armé de l’U.S. Customs and Border Protection (CBP), le service des douanes et de protection des frontières. C’est cette agence fédérale qui est chargée de construire le mur rêvé par Donald Trump. Les États-Unis et le Mexique partagent une frontière de plus de 3 000 km. Le président sortant est venu trois fois à Yuma rien qu’en 2020, preuve de l’intérêt stratégique de cette ville dans sa politique de sécurisation des frontières. Un mur en pointillé Jonathan Lines, membre de l’Église mormone et père de 11 enfants, aime rappeler qu’il a été reçu plusieurs fois à la Maison Blanche. Il était l’un des relais en Arizona de l’équipe de campagne du président sortant. Selon lui, ce mur flambant neuf présente de nombreuses qualités. «Il est beaucoup plus difficile de passer par-dessus, de l’escalader, voire de le couper, comme les trafiquants le font ailleurs. Depuis que le mur est là, le trafic d’êtres humains et de drogue a diminué», soutient-il. L’élu républicain, aujourd’hui superviseur du comté de Yuma, se félicite aussi des caméras installées à intervalles réguliers et des capteurs souterrains. Il espère que tous ces équipements empêcheront d’autres caravanes de migrants venus d’Amérique centrale de traverser la frontière pour demander l’asile, comme en 2018 et en 2019. «Je suis le président de la banque alimentaire de Yuma. Quand tous ces gens sont arrivés, nous leur sommes venus en aide. Ils ont siphonné l’intégralité de nos ressources», affirme-t-il. Seuls quelques kilomètres de palissade métallique sont sortis de terre là où il n’y avait rien. Le mur de l’administration Trump a, en grande partie, permis de renforcer des constructions plus anciennes ou de remplacer de simples barrières destinées à empêcher le passage de véhicules. Il en reste quelques-unes, notamment le long du territoire de la tribu amérindienne Cocopah. «Le mur reprend à la sortie de la zone tribale. Les Cocopah sont une nation souveraine à l’intérieur des États-Unis. En conséquence, la frontière est très poreuse à cet endroit. Ce soir, dès que le soleil sera couché, vous verrez des gens traverser par ici». Tout le long de la frontière avec le Mexique, plusieurs peuples amérindiens se sont ainsi fermement opposés à la construction sur leurs terres ancestrales. Les Tohono O’odham, dont le territoire est à cheval sur les États-Unis et le Mexique, ont multiplié les manifestations l’année dernière. En raison des mesures très strictes en vigueur dans cette communauté depuis le début de la pandémie, nous n’avons pas pu les rencontrer. L’absence de mur le long de l’immense réserve des Tohono O’odham pose problème à Mark Lamb, le shérif du comté de Pinal, à près de 200 km de la frontière. Chapeau de cow-boy sur la tête, il nous accueille dans son bureau qui déborde de symboles patriotiques. Lui aussi est un fervent partisan de Donald Trump. «Ce peuple amérindien a sa propre unité de police, avec qui nous coopérons. Mais la frontière est très longue et ils n’ont pas assez d’hommes. Donc les trafiquants entrent par là et la drogue arrive ensuite dans mon comté !» Le shérif Lamb affirme que la moitié de la drogue qui circule aux États-Unis -  héroïne, métamphétamines, mais surtout fentanyl - entre par l’Arizona. Il martèle que grâce au nouveau mur, les saisies ont diminué. Plusieurs études démontrent pourtant qu’une grande partie de la drogue passe par les postes-frontières officiels. Mark Lamb s’inquiète, en tout cas, de l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche : «Il veut rouvrir les frontières. S’il le fait, nous serons inondés de drogue dans tout le pays». «On a besoin de travailleurs mexicains dans nos fermes» Cette rhétorique fait fureur dans les meetings de Donald Trump, mais elle ne trouve pas le même écho partout en Arizona, même dans les rangs des conservateurs. Nous poursuivons notre route plus à l’Est, aux portes du Nouveau-Mexique. Un paysage désertique, cerné de montagnes et de canyons, s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres autour de la bourgade de Portal. C’est ce no man’s land que doivent affronter ceux qui parviennent à franchir la frontière clandestinement. Régulièrement, des candidats au rêve américain s’égarent sur la propriété de Jason Barnard, qui élève quelque 3 000 têtes de bétail avec sa femme Candice et leurs trois enfants. «On est à environ 3 jours de marche de la frontière. Le dernier type qu’on a vu arriver était presque mort, se rappelle-t-il. Il était épuisé mentalement, émotionnellement et physiquement. Ces vêtements étaient déchirés, en lambeaux. Il était affamé, assoiffé et mort de peur. Il avait à peine 19 ans et il n’arrêtait pas de demander : est-ce qu’on est à Phoenix ? C’est par où Phoenix ?». Phoenix, la capitale de l’Arizona, est située à plus de 400 km de leur ranch. Jason et Candice sont conservateurs. Ils ont voté Donald Trump en 2016 et en 2020, mais ils expliquent que leur foi les pousse à porter secours à ces migrants clandestins. Il est sceptique quant à l’utilité d’un mur de séparation. «S’ils le voulaient vraiment, ils pourraient arrêter ces trafiquants», lance le fermier. «Je ne suis pas forcément partisan de fermer hermétiquement la frontière. Les Américains n’ont pas envie de travailler dans une ferme. J’adore les Mexicains : ils travaillent dur, ils sont honnêtes. Si nous devions dépendre uniquement des travailleurs américains pour nos fermes, ce serait très difficile». Ici, contrairement au Texas, pas de Rio Grande, aucune barrière naturelle pour marquer la frontière entre les États-Unis et le Mexique. C’est donc en Arizona que l’administration Trump voulait construire un mur en priorité. C’était aussi plus facile qu’au Texas, où les terres sont privées et doivent être rachetées à leurs propriétaires avant d’engager les travaux. «Ici, Une grande partie des terres appartient au gouvernement», explique Randy Serraglio, membre de l’ONG Center for Biological Diversity, qui nous reçoit chez lui à Tucson. Le défenseur de l’environnement, qui étudie depuis plus de 25 ans la militarisation de la frontière, rappelle que pour construire ce mur, Donald Trump a suspendu plusieurs lois environnementales au nom de la sécurité nationale. Il a aussi pioché dans des enveloppes qui n’étaient pas initialement destinées à ce projet. Des procès sont en cours, mais en attendant, la Cour suprême n’a pas exigé l’arrêt des travaux. Les derniers mois du mandat de Donald Trump, le chantier a tourné à plein régime. À Palominas, localité de 200 habitants située près de Sierra Vista, les ouvriers ont parfois travaillé «jour et nuit», raconte une riveraine. Le nouveau mur de métal serpente désormais à travers les montagnes Huachuca, dans le parc national du Coronado, et coupe en deux la rivière San Pedro qui prend sa source au Mexique et s’écoule vers les États-Unis. «Cette rivière a pourtant constitué la première réserve naturelle du pays en 1988. Elle était tellement spéciale que tout un Congrès bipartisan a décidé de la protéger», se lamente Kate Scott, fondatrice et directrice du Madrean Archipelago Wildlife Center. Des montagnes creusées à coup de dynamite En raison de la sécheresse qui frappe le comté depuis 20 ans, la rivière San Pedro est à sec à cet endroit. Mais, l’écologiste explique que lors des mois de mousson, la rivière peut se transformer en torrent. En guise de déversoir, plusieurs portes ont été installées sur le mur. Mais le système est manuel et il n’y a ni jauge, ni capteur. «Comment fera la faune dont l’habitat se trouve des deux côtés de la frontière ?» s’interroge Kate Scott, pour qui les projecteurs installés sur le mur vont aussi désorienter les animaux. Selon le Madrean Archipelago Wildlife Center, deux tiers des oiseaux présents aux États-Unis suivent la rivière San Pedro pour leur migration. 385 espèces sont recensées et certaines ne volent pas assez haut pour passer au-dessus du mur. Cette barrière est également infranchissable pour une espèce de jaguar en voie de disparition. «Nous avons aussi ici 82 espèces de mammifères - c’est même la plus grande population au nord des tropiques - et 43 types d’amphibiens. Des grenouilles rares, des poissons rares», ajoute-t-elle. Ici pourtant, trois mois ont suffi pour faire sortir de terre plusieurs kilomètres de mur. Il faut aller vite car le président élu Joe Biden a promis qu’aucun centimètre ne serait construit sous son mandat. Pour créer le chemin utilisé par les camions et les pelleteuses, les montagnes de ces sites protégées ont été défigurées à coups de dynamite. Résultat : la facture des tronçons de mur construits dans cette partie de l’Arizona explosent. Jusqu’à 41 millions de dollars le mile, l’équivalent d’un kilomètre et demi. Une facture qui n’est pas payée par le Mexique, comme le promettait Donald Trump, mais par le contribuable américain. L’arrêt des travaux, s’il est possible, aura aussi un coût, et l’administration Biden n’entend pas détruire ce qui a été construit. Bref, les détracteurs du mur comme Kate Scott s’attendent à vivre avec pendant plusieurs décennies : «C’est juste une atrocité injuste, inhumaine, raciste. Et on va travailler très dur pour le faire tomber».      

2021-01-19 13:41:12 Lire l'article

Grand reportage - Culture à l'arrêt en temps de Covid. Le monde de l'art ne baisse pas les bras

La pandémie de Covid-19 n'épargne personne, ni aucun secteur. Il en est un notamment qui paie le prix fort, c'est le monde de la culture. Les salles de spectacles sont fermées, les cinémas, les musées aussi. En un mot, la culture a comme disparu, et ne restent visibles que les artistes qui se réfugient sur le web. «Culture à l'arrêt en temps de Covid. Le monde de l'art ne baisse pas les bras», un Grand reportage de Muriel Maalouf. Avec le concours du Service Culture de RFI.

2021-01-13 13:34:34 Lire l'article

Grand reportage - Covid: le basculement silencieux dans la pauvreté des campagnes picardes

Intérimaires, artisans, auto-entrepreneurs, étudiants, la crise sanitaire du coronavirus a fait basculer un million de Français dans la pauvreté, selon 10 associations caritatives, Fondation Abbé Pierre, Secours Catholique, ATD Quart monde, Emmaüs, Médecins du monde, etc. Un nombre qui se rajoute aux 9,3 millions de personnes vivant déjà sous le seuil de pauvreté (1 063 euros par mois et par unité de consommation).  Des nouveaux pauvres qui sont encore sous-estimé par l'ampleur du phénomène d'après les associations. Notamment à la campagne, car cette nouvelle pauvreté ou l'augmentation de celle-ci pour les personnes déjà précaires, est plus cachée qu'en ville, plus taiseuse, on n’ose moins en parler. «Covid: le basculement silencieux dans la pauvreté des campagnes picardes», un Grand reportage de Lise Verbeke.          

2021-01-20 13:12:45 Lire l'article

Grand reportage - Le virus de la désinformation touche le Mexique (Rediffusion)

L’émission Grand Reportage se penche aujourd’hui sur un phénomène mondial : la désinformation. Dans le sillage de la pandémie de coronavirus, cette « autre épidémie » n’épargne aucun pays, et peut avoir de graves conséquences. Illustration au Mexique, où les infox ont aggravé la crise de confiance entre les citoyens et leurs institutions. (Rediffusion du 28 septembre 2020)

2021-01-08 16:08:36 Lire l'article

Grand reportage - L’açaí, «l’or noir» d’Amazonie

Direction l'Amazonie, au Brésil. Par son aspect et sa couleur, on pourrait confondre la baie d’açaí avec une myrtille. Mais en Amazonie, dans la région du Pará, l’açaí est bien plus qu’un simple fruit. Ses incroyables vertus nutritives, son goût intense et sa valeur commerciale font de la baie amazonienne un véritable « or noir » pour les communautés traditionnelles ribeirinhas qui vivent au bord des rivières et cultivent le fruit.

2021-01-07 12:59:13 Lire l'article

Grand reportage - Les Hauts-de-France, laboratoire d’une industrie textile écoresponsable (Rediffusion)

Bastion historique de l’industrie textile en France, la région des Hauts-de-France a été touchée de plein fouet par les délocalisations massives dans les années 80. Les usines ont fermé les unes après les autres. Mais depuis quelques années, la région renoue avec son passé. (Rediffusion du 9 septembre 2020) La filière reprend des couleurs car elle a su prendre le virage vers une industrie plus éthique et écoresponsable. En s’appuyant sur une tendance qui émerge : le changement de comportement des consommateurs vers le Made in France et la mode responsable. Ce changement est certes lent, mais progresse d’année en année, avec un coup d’accélérateur ces derniers mois lié à la crise du coronavirus. La région fait figure de moteur en France et elle s’est imposée comme un laboratoire de la mode responsable. Reportage de Lise Verbeke.

2020-12-22 14:01:21 Lire l'article

Grand reportage - France-Cameroun: comment le tueur de l’indépendantiste Félix Moumié a échappé à la justice

Le 3 novembre 1960, l’indépendantiste camerounais Félix Moumié, meurt dans un hôpital de Genève, des suites d’un empoisonnement. Suspect numéro 1 : l’espion français William Bechtel, ancien soldat héros de la Résistance, devenu réserviste des services secrets. Les preuves qui l’accusent sont nombreuses, mais la justice suisse conclut à un non-lieu. Comment le soldat Bechtel a-t-il été sauvé ? 60 ans après, RFI a enquêté et fouillé les archives. (Rediffusion du 3 novembre 2020) C’est un soir d’automne, à Genève, le 15 octobre 1960. Félix Moumié remonte une ruelle pavée de la vieille ville. Et pousse la porte d’un restaurant chic, le Plat d’Argent, où il a rendez-vous pour dîner. L’homme qui l’a invité s’appelle William Bechtel. Il se présente comme journaliste proche des milieux auticolonialistes, et a déjà approché le leader indépendantiste au Ghana quelques mois plus tôt. Félix Moumié préside l’UPC, l’Union des populations du Cameroun, fer de lance de la lutte anticoloniale dans le pays. En janvier 1960, le Cameroun, a officiellement accédé à l’indépendance. Mais pour l’UPC, elle n’est que de façade. Le parti conteste la légitimité du nouveau président Ahmadou Ahidjo adoubé par Paris. La guerre que livre la France du général de Gaulle à l’UPC depuis 1955 se poursuit. Genève, réputée neutre en ces temps de guerre froide, est la cité refuge de nombreux leaders anticolonialistes. Félix Moumié y séjourne pour nouer des contacts, récolter des fonds, des soutiens, et des armes. Il cherche aussi à gagner en visibilité. William Bechtel le sait et lui promet interviews et articles sur la résistance qu’oppose son parti. Mais le prétendu journaliste est en fait un agent secret. Au cours du dîner, Félix Moumié est empoisonné au thallium, versé dans son Pernod. En cet hiver 1960, le leader camerounais fait peur à la France. « Son action diplomatique dérange », raconte l’historienne Karine Ramondy (1), auteure d’un ouvrage sur le sujet. Paris qui poursuit ses massacres, veut en « finir » avec l’UPC, et voit d’un mauvais œil l’activisme de cet « agitateur médiatique », qui profite de son exil forcé pour tisser des liens avec la Chine, le Ghanéen Kwame Nkrumah et le Congolais Patrice Lumumba. À la différence d’Um Nyobè, reclus dans le maquis des forêts camerounaises - où la France l’assassine en 1958 -, Félix Moumié voyage beaucoup, pour tenter de légitimer le combat de son parti à l’international. Il s’apprête même à lancer un gouvernement camerounais provisoire. « C’est l’homme à abattre », conclut l’historienne. ► À (ré)écouter : Leaders assassinés, de Lumumba à Um Nyobe Le piège : du thallium dans le Pernod Mais le plan ne se passe pas comme prévu. Le lendemain du dîner, Félix Moumié a prévu de s’envoler pour Conakry. C’est là seulement, en théorie, que doivent apparaître les premiers symptômes de son empoisonnement, loin de toute police scientifique et de la Suisse. Mais Félix Moumié tombe malade la nuit-même : paralysie et sensation de froid. Il fonce à l’hôpital. L’avion qui devait le conduire en Afrique part sans lui. En l’apprenant, William Bechtel disparait précipitamment. Pour Felix Moumié, c’est le début d’une longue et douloureuse agonie, qui s’étire jusqu’au 3 novembre. Avant de sombrer dans le coma, l’indépendantiste, médecin de formation, a réussi à alerter l’interne de garde dans un ultime moment de lucidité : « Thallium »,  « Empoisonnement », « Main rouge », le nom donné à « La machine à tuer des services français » de l’époque. Quelques jours plus tard, dans un entretien accordé à la RTS, la télévision suisse, Ernest Ouandié, compagnon de lutte de Félix Moumié, met en cause publiquement Paris dans ce crime : « Le gouvernement français porte une lourde responsabilité. C’est de ce côté-là qu’il faut chercher. Nous détenons des preuves que nous ferons valoir en temps opportun », assène-t-il. L’interview sera censurée. Le rôle trouble de « Madame X » L’enquête de la police genevoise débute le 31 octobre, quinze jours déjà après l’empoisonnement. Trop tard pour interroger Félix Moumié. Elle va d’abord s’intéresser au rôle jugé trouble d’une certaine Liliane Frily, baptisée « Madame X » dans les journaux de l’époque. À l’hôpital, cette jolie brune s’est présentée comme la « femme » de Félix Moumié. Il s’agit en fait d’une prostituée, rencontrée dans un bar au mois d’août, selon un rapport de police. C’est dans sa chambre que l’indépendantiste passe la nuit qui suit l’empoisonnement, au 44 rue des Pâquis, au Pacific, un hôtel de passe. Durant le séjour suisse de l’indépendantiste, elle est vue partout à ses côtés, raconte Frank Garbely, réalisateur d’un documentaire sur cet assassinat, sorti en 2008 (2) : « Ils ont passé plusieurs jours à Gstaad, un endroit pour touristes riches à l’époque, mais sont allés aussi à l’ambassade de Chine, à l’ambassade de l’Allemagne de l’Est à Berne et il a passé toute une semaine à aller rencontrer des gens pour acheter des armes. Chaque fois, elle était là », raconte-t-il, étonné que l’indépendantiste qui se savait pourtant bien menacé, accorde une telle confiance à cette jeune prostituée. « Je considère que c’est une faute politique grave , dit-il. Il a mis en danger non seulement sa vie, mais aussi son mouvement. » Selon la police suisse, c’est Liliane que William Bechtel appelle pour fixer le rendez-vous du dîner qui sera fatal à Félix Moumié… Savait-elle alors qu’elle agissait pour le compte des services secrets français ou était-elle manipulée ? L’histoire ne le dit pas. Reste son étonnante reconversion, en directrice d’une clinique privée pour séniors riches, selon l’enquête du réalisateur. « Comment une prostituée des quartiers de misère de Genève a pu se permettre de s’acheter une clinique privée ? D’où vient l’argent ? C’est quand même très trouble », souligne Frank Garbely. ► À (ré)écouter : L’assassinat de Félix Moumié Des preuves accablantes retrouvées au domicile de William Bechtel Ce n’est qu’un mois après l’empoisonnement, le 17 novembre, que le domicile de William Bechtel est finalement perquisitionné, 13 rue du Petit-Senn à Chêne-Bourg, en périphérie de Genève. Du temps s’est écoulé. Bechtel est déjà loin. Mais selon le rapport de police, les enquêteurs font des découvertes édifiantes, la panoplie du parfait espion : une porte dérobée, à l’arrière, permettant d’atteindre facilement la frontière française, des preuves de filatures, notamment des photos, dont l’analyse à l’encre sympathique permet de révéler les cibles que l’agent surveillait et traquait : Félix Moumié mais aussi des responsables du FLN, comme l’Algérien Ferhat Abbas, des documents expliquant comment tuer un homme sans laisser de traces (3). Mais aussi, des petits bouts de thallium, dans la poche de l’un de ses vestons, et des plans évoquant de façon codée mais détaillée, le scénario de l’empoisonnement au restaurant le Plat d’Argent. Bechtel devient officiellement le suspect numéro 1. Le 15 décembre 1960, le juge d’instruction Dinichert lance un mandat d’arrêt international contre William Bechtel. Dans un communiqué, il évoque « de très sérieux soupçons » et « d’importants indices à sa charge ». L’espion était protégé Les archives révèlent aussi que dès 1958, William Bechtel avait été signalé comme dangereux dans le pays (1). En juin 1960, la police de Berne avait même démasqué le faux journaliste dans ses activités secrètes, surpris à épier un avocat bernois, spécialisé dans la défense des indépendantistes algériens. À l’époque,  Berne le signale au chef de la police de Genève, Charles Knecht. Mais les deux hommes sont de vieilles connaissances. L’espion n’est pas inquiété. « Bechtel a bénéficié de sa protection, cela ne fait aucun doute », affirme l’historienne Karine Ramondy. « Il a facilité son évasion, alors que la situation s’était emballée et que William Bechtel risquait d’être arrêté. » Sans surprise, la police française n’est guère plus efficace. Le juge Dinichert la saisit pour retrouver William Bechtel. En vain. Son rapport, consultable aux archives de Berne. « Cela ressemble davantage une forme d’enquête alibi qu’à une véritable investigation , note l’historien Marc Perrenoud. On suit les indications, on va aux endroits où il pourrait se trouver et puis on repart. C’est tout. Pour laisser l’enquête tomber dans l’oubli. » Dans leur livre La Piscine, consacré aux services secrets, Pascal Krop et Roger Faligot affirment qu'il a en fait été « mis au vert » dans une villa sur la Côte d’Azur par les services français. Le dossier aurait pu n’être jamais rouvert, si 14 ans plus tard, en août 1974, William Bechtel n’avait pas commis la maladresse de se rendre en Belgique à une réunion d’anciens combattants. Le mandat Interpol émis en 1960 court toujours. La police belge l’arrête à la frontière. L’espion est extradé en Suisse. L’affaire Bechtel que tout le monde pensait enterrée ressurgit à Genève à la Une de la presse. On s’étonne de l’« allure défaite » de cet homme de 80 ans, « maigre » et « claudiquant ». On note son regard « acéré », sous les apparences d’un paisible retraité. Lui, le chimiste de formation qui, avant de rejoindre les services secrets, s’était illustré par son « dévouement admirable » lors des deux guerres mondiales. Surnommé le « Grand Bill », héros de la Résistance, le 4e homme à rejoindre le général de Gaulle en exil. « Il s’est engagé dans les forces françaises libres le 27 juin 1940. Il va participer à des campagnes très difficiles, campagne de Syrie, de Libye, à Hakeim, en Indochine. Il va aussi participer à l’opération Sussex : parachuté en France le 9 avril 1944, il fournit des renseignements capitaux pour la libération de Rouen, malgré une fracture du col du fémur lors de sa réception au sol. C’est ce qui explique en partie les soutiens dont il va bénéficier par la suite dans ses activités d’honorable correspondant », rapporte Karine Ramondy. « Sauver » le soldat Bechtel Me Marc Bonnant, jeune avocat, commis d’office pour le défendre, comprend vite la valeur du capital soutien dans les réseaux gaullistes et d’ex-combattants dont bénéficie son client qui, s’il s’exprime peu, ne manque jamais au cours des audiences d’arborer à sa boutonnière sa légion d’honneur. Ces soutiens remontent jusqu’au président français de l’époque, se souvient Marc Bonnant : « Valéry Giscard d’Estaing avait accueilli les lettres d’un certain nombre de hauts dignitaires de la légion d’honneur et d’anciens combattants qui ont écrit en disant : "Notre camarade Bechtel est dans les geôles en Suisse, c’est insupportable. C’est un combattant de la première heure". Ces lettres sont arrivées sur le bureau du juge d’instruction et je les ai plaidées en disant "voici l'homme d’honneur que je défends…" », se souvient l’avocat. Dans l’une de ces lettres, les signataires, parmi lesquels Jules Muracciole, secrétaire général de l’ordre de la Libération, dénoncent une « mise en scène destinée, à faire accuser » Bechtel. Sachant qu’il a « la tête bien faite et bien froide », ils ne « peuvent croire », écrivent-ils, « s’il avait été coupable, qu'il ait oublié dans son pavillon de la frontière franco-suisse, un dossier sur Moumié, et, sur son veston, des traces de poison », selon un article du journaliste Vincent Hutter, qui s’en fait l’écho à l’époque. Hasard ou non ? William Bechtel est finalement libéré sous caution en échange de 10 000 francs suisses. Son avocat Marc Bonnant n’a aucune peine à les rassembler. « Ses camarades, ses amis ont agi pour que m’afflue l’argent nécessaire, par l’intermédiaire de dizaines de donateurs anonymes ». La France a-t-elle payé ? « La modestie des sommes rassemblées me donne à croire que ce n’est pas simplement l’État qui a signé un chèque, mais des particuliers suscités, mis en œuvre, par l’État et par des solidarités de lutte et de combat », répond l’avocat. « On imagine qu’il s’agit de personnalités qui avaient un destin commun avec lui, estime l’historienne Karine Ramondy, et qui voyaient dans l'élimination de Félix Moumié un acte patriotique de préservation des intérêts de la France ». La mobilisation des amis de la Libération Dans un livre d’entretien paru en 2008 (4), le Général Aussarresses, ancien membre éminent du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), l’ancêtre de la DGSE, ira jusqu’à affirmer que les amis de William Bechtel, survivants du réseau Sussex, avaient élaboré plusieurs plans pour faire évader l’agent secret de sa prison. Mais Bechtel est désormais libre et rejoint sa femme qui l’attend à Paris. Il faut attendre encore 5 ans, pour qu’en 1980, à l’hiver, le dossier arrive enfin devant la chambre d’accusation. William Bechtel risque les assises. Cette fois l’avocat, Marc Bonnant va solliciter « de l’aide » à Paris. Il est reçu par Charles Pasqua, futur ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, et Robert Pandraud, son bras droit. « L’accusation portée contre William Bechtel était d’avoir assassiné Moumié en tant qu’agent secret, et donc d’avoir agi sur ordre des autorités politiques françaises. Il s’agissait d’un assassinat politique », justifie l’avocat aujourd’hui. « Pasqua et Pandraud m’ont répondu qu’ils prenaient la mesure du problème et qu’ils feraient ce qu’ils avaient le pouvoir de faire et qui était légitime qu’ils fissent. Est-ce que cela s’est traduit par des interventions diplomatiques ? Le dossier en tout cas n’en porte aucune trace », avance-t-il. Un dossier dont la justice suisse a longtemps répondu, y compris à la veuve de Félix Moumié, qu'il était « introuvable », et dont elle affirme aujourd'hui qu'il a été « détruit il y a longtemps ». RFI a tout de même obtenu l’intégralité du non-lieu prononcé le 8 décembre 1980… Ce jour-là, la justice genevoise renonce à organiser un procès aux assises pour William Bechtel, faute de preuves selon elle. « J’étais hyper frustré », se souvient Jean-Noël Cuénod, journaliste dans la salle d’audience à l’époque. « J’ai dit à Marc Bonnant. Je ne crois pas un mot de votre histoire. Bechtel, il y est jusqu’au cou. » L’argumentaire qui soutient ce non-lieu a de quoi surprendre. Le juge d’accusation Bernard Bertossa avance entre autres que les services secrets français n’auraient eu « aucun mobile » pour liquider Félix Moumié. « Un mobile, il y en avait ! Ça c’est sûr », s’insurge encore 40 ans plus tard Jean-Noël Cuénod. « L’UPC était vu comme un possible pion très important aux mains des soviétiques, or on est en pleine guerre froide donc il ne fallait pas que le Cameroun tombe dans l’orbite soviétique. » Et le journaliste d’asséner. « Ils n’ont pas voulu le poursuivre. C’est vraiment l’impression que cela donne .» Ce non-lieu doit aussi beaucoup au talent de l’avocat Marc Bonnant. Il parvient à retourner les preuves les plus accablantes retrouvées au domicile de l’agent secret. Le thallium dans ses poches ? Les allumettes contiennent du thallium, en petite dose. Or, Bechtel est fumeur, fait valoir l’avocat qui a épluché toute la littérature disponible sur ce poison mortel. En l’absence de contre-expertise sur ce point, ordonnée lors de l’instruction, une « lacune », reconnaît le juge d’accusation, l’argument de l’avocat l’emporte. Quant au calendrier, il ne colle pas, assure Me Bonnant. Il fournit aux juges une expertise selon laquelle, au vu de la chronologie des symptômes, il serait « hautement improbable » que l’empoisonnement ait eu lieu à la date du fameux dîner au Plat d’Argent. Au sujet du scénario de l’empoisonnement retrouvé chez William Bechtel, sa lecture « laisse à penser que l'action devait être accomplie par le prénommé "Robert" », note le juge. « Or, ce personnage n’est jamais apparu, de sorte que, si plan il y avait, il n'a pas pu être réalisé », écrit-il. Pour Jean-Noël Cuénod, le raisonnement est « un peu rapide ». « On peut très bien retourner l’argument dans l’autre sens en faisant l’objection suivante : peut-être était-il prévu que ce Robert fasse le travail, mais il n’est pas venu pour une raison ou pour une autre. Et c’est peut-être Bechtel qui s’est chargé au pied levé d’empoisonner Moumié, se trompant peut-être dans les doses. » Une erreur dans la dose ? L’hypothèse, avancée dans plusieurs articles de presse à l’époque, expliquerait aussi que les symptômes se soient déclenchés le soir-même et donc la supposée incohérence dans la chronologie. Mais le juge Bertossa passe outre ces interrogations. « Je ne sais si cette ordonnance était juste, mais elle était explicite », assure-t-il à RFI, aujourd’hui retraité. « Maintenant, est-ce que la décision a été juste ou pas historiquement, c’est une autre question. Contrairement à un acquittement, un non-lieu n’est pas une décision définitive. S’il y avait eu des faits nouveaux, on aurait pu y revenir ». Ce ne fut pas le cas. « Dans toute ma carrière, je n’ai jamais subi de pression de qui que ce soit, certainement pas des services secrets français », assure-t-il encore. Dans son non-lieu, il prend tout de même soin de s’étonner dans un étrange exercice d’ironie, que les autorités françaises se soient « curieusement révélées incapables de retrouver la trace » d’un homme qui « figurait parmi les personnes les plus décorées du pays ». « C’est une manière de dire : "on n’est pas dupes. On sait que c’est la France qui l’a protégé" », analyse Jean Noël Cuénod. « Mais alors justement s’il est innocent ? Pourquoi le protéger ? Et pourquoi le juge introduit-il cet élément dans son ordonnance? C’est bizarre ». Bizarre, peut-être, mais Bechtel n’est plus inquiété. Dans la foulée, son avocat Me Bonnant est reçu pour la seconde fois à Paris, invité cette fois « par un parterre de généraux, que des très hauts gradés », raconte-t-il. « Ils m’ont demandé comment me remercier. J’ai répondu par jeu : me donner la légion d’honneur. » Par la suite, l’avocat raconte que Bechtel n’ayant pu obtenir pour lui cette décoration, lui fera parvenir sa propre médaille de Chevalier de la légion d’honneur, obtenue le 22 mai 1945. « Bien sûr, je ne l’ai jamais portée mais je l’ai gardée avec un incroyable attendrissement. » Depuis, les langues se sont déliées. En 2008, Maurice Robert, directeur Afrique des services secrets français à l’époque, partisan revendiqué d’une « solution radicale » au Cameroun, sera pour le moins explicite : « Bechtel s’est accusé d’avoir empoisonné Moumié. Le fait que la Suisse était neutre permettait, je dirais, beaucoup d‘excès. ». Dès décembre 1980, époque du non-lieu, Marcel Le Roy-Finville, patron du SDECE, évoque « l’élimination brutale » de Moumié par le service Action. (5) « Quelques mois plus tard, c’est Paul Grossin, le grand patron du SDECE à l’époque (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) l’ancêtre de la DGSE, qui raconte en détail la scène de l’empoisonnement. (…) En quelques mots, Jacques Foccart lui-même - alors secrétaire général de l’Élysée aux affaires africaines et malgaches auprès du général de Gaulle - n’avait pas caché sa propre responsabilité, précisant simplement que la décision de tuer Moumié ne provenait "pas spécialement" de lui. », écrivent dans leur ouvrage Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsita (6) « À l’évidence, l’exécution de Moumié était une décision collective qui faisait consensus. Et qui, sans nul doute, avait été avalisée par les plus hautes autorités de l’État français », concluent les deux auteurs. Le général de Gaulle pouvait-il ne pas être au courant ? En 1990, William Bechtel meurt finalement en toute quiétude à l’hôpital du Val de Grace, comme de nombreux grands serviteurs de l’État. L’embarras suisse La Suisse savait-elle ? Et a-t-elle laissé faire ? A-t-elle eu peur qu’un procès ne révèle une complicité ? Aux Archives fédérales de Berne, la consultation de documents diplomatiques témoigne en tout cas de l’embarras dans lequel cette affaire plonge les autorités helvétiques. À l’annonce de la mort de Moumié, les courriers de protestations, réclamant justice pour l’indépendantiste, affluent : Bulgarie, Chine, Égypte, etc. Le bloc de l’Est se mobilise. « Il est indéniable que l’aspect purement pénal de ce meurtre se double aujourd’hui d’un autre aspect », lit-on dans une note diplomatique suisse de l’époque. « Ce meurtre trouve sa projection sur le plan de notre politique étrangère et de nos relations avec les nouvelles républiques africaines. » Durant les premiers mois qui suivent l’assassinat, le juge d’instruction Dinichert, participera d’ailleurs à plusieurs réunions à ce sujet, aux côtés de hauts fonctionnaires. La Suisse, raconte l’historien Marc Perrenoud, « se rend bien compte que si elle ne fait rien, l’image du pays à l’étranger sera gravement atteinte. Donc elle lance des enquêtes pour essayer de montrer que l’on n’assassine pas impunément sur son territoire. Mais elle n’en fait pas non plus un grand procès public, pour ne pas avoir de problèmes avec les puissances coloniales. » C’est de Conakry que viendront les pressions les plus fortes. C’est là aussi que la dépouille mortelle de Félix Moumié a été transférée, le 18 novembre 1960. Ahmed Sékou Touré, l’homme qui avait dit « NON » à de Gaulle, deux années plus tôt, fait affréter spécialement un avion et l’accueille en grande pompe. Il avait accordé l’exil à l’indépendantiste et sa femme. Fin novembre, il déclare à un journaliste « avoir des preuves de la complicité de certaines autorités suisses » dans ce crime. Et proteste contre les maigres avancées de l’enquête. En janvier de l’année suivante, l’ambassadeur de Suisse en Guinée, lui répond par courrier. Il tente tant bien que mal de se justifier : « L’instruction s’est révélée difficile, du fait notamment que les autorités judiciaires ne furent saisies que tardivement et se trouvèrent donc dans l’impossibilité d’interroger la victime. ». L’ambassadeur tente au passage de demander des informations sur ces fameuses « preuves » évoquées par Sékou Touré dont on ne connaîtra pas la teneur. « Cette accusation » de complicité est d’autant plus « regrettable » qu’elle intervient au moment où la Suisse tente d’obtenir la libération d’un dénommé Francis Frichti, un Suisse condamné à 15 ans de prison par un tribunal populaire guinéen pour « complot contre l’État ». « Notre compatriote pourrait bien devenir une sorte d’otage entre les mains des autorités de Conakry et l’enjeu d’un éventuel marchandage », peut-on lire dans un courrier diplomatique. Mais, ce n’est pas tout. En 1960, la Suisse est encore sous le choc d’un scandale, survenu courant 1957. On découvre alors que le pays transmet à la France ses écoutes réalisées à l’ambassade d'Égypte. Le procureur fédéral René Dubois se suicide. Un procès Bechtel aurait de nouveau défrayé la chronique et réactivé le trauma de cette « affaire Dubois ». Une perspective risquée au moment même où la Suisse « décide de s’engager dans des négociations secrètes qui aboutiront aux accords d’Evian ». « Alors qu’avant, on était très réservés à l’égard des indépendantistes algériens - et que les activités des services secrets français avaient pu bénéficier d’une certaine complaisance officielle - au cours de l’hiver 60-61, on est au contraire attentif à ce que la Suisse ait une bonne image parmi les pays décolonisés et donc de faire que la Suisse soit considérée comme un endroit où l’on peut être en sécurité. » Plus surprenante que les protestations de Sékou Touré, sont celles du nouveau président camerounais. En novembre 1960, le président Ahidjo lui-même écrit à deux reprises au président de la Confédération suisse. Une première fois pour se plaindre de ne pas avoir été officiellement informé du décès de Félix Moumié. Une seconde fois, pour exprimer son « étonnement de constater que la dépouille mortelle de Moumié a été livrée au gouvernement de Conakry ». Félix Moumié était certes opposant mais « n’a jamais cessé d’être citoyen camerounais », fait valoir le président Ahidjo. Lui aussi proteste contre sa lenteur de l’enquête dont il réclame même les procès-verbaux. Objectif ? « Disculper le gouvernement camerounais », écrit dans une note un diplomate suisse. Craignant d’être à son tour pointé du doigt dans l’assassinat, la présidence camerounaise renforce son dispositif de sécurité mais va encore plus loin en s’employant à « brouiller les pistes », note l’historien Marc Perrenoud. Une note des services de renseignement suisses à Yaoundé souligne à ce propos en novembre 1960 : « Le président de la République du Cameroun est au fond assez satisfait de la disparition de son ennemi politique. Il redoute cependant d’être accusé de l’avoir fait exécuter et répand les hypothèses suivantes : règlements de compte entre trafiquants d’armes et Moumié ; action punitive du communisme international en vue de liquider un traitre ; simple affaire de femmes. » Quant au contentieux au sujet de la dépouille de Félix Moumié : s’ils la réclament c’est « pour ne pas donner à Sékou Touré des arguments supplémentaires pour dénigrer le colonialisme et un régime - celui d’Ahidjo - que Sékou Touré et d’autres considéraient comme mis en place pour perpétuer le système colonial », analyse l’historien Marc Perrenoud. Le 3 octobre 2004, devant la caméra du réalisateur Frank Garbely, Marthe Moumié, sa veuve, fera une terrible découverte : le catafalque a été profané. Le corps a disparu. Que s’est-il passé ? Le mystère demeure aujourd’hui. « C’est une deuxième mort , estime l’historienne Karine Ramondy.  Moumié n’a pas pu être enterré au Cameroun sa terre natale, parmi ses ancêtres, ce qui pour les Africains représente une tragédie. Cette réunion du corps de la terre et de l’esprit qui n’a pas lieu, fait que l’esprit du défunt hante toujours les vivants. Et que l'on continue à parler de Félix Moumié aujourd’hui encore en 2020, montre que finalement cette entreprise de destruction mémorielle programmée, elle, par contre a échoué. » NOTES : Leaders assassinés en Afrique centrale 1958-1961 : Entre construction nationale et régulation des relations internationales, l’Harmattan, 2020. Mort à Genève (Félix Moumié), film documentaire de Frank Garbely, 2008, disponible sur le site dailymotion.com « Dans un cahier personnel saisi par la police suisse le 17 novembre 1960 à son domicile : "Je sais briser la nuque d’un homme sans qu’il ait le temps de crier. Je sais tuer. Mais j’ai l’air inoffensif". Cette phrase en dit long sur le personnage. », rapporte dans son ouvrage Karine Ramondy Je n'ai pas tout dit, Ultimes révélations au service de la France, Paul Aussaresses et Jean-Charles Deniau, éditions du Rocher, 2008. SDECE Service 7. L'extraordinaire histoire du colonel Le Roy-Finville et des clandestins, Philippe Bernert, Presses de la Cité, 1980. Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971, Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsita. Éditions La Découverte, 2011.

2021-01-01 12:20:22 Lire l'article

Grand reportage - Comment la Corée du Sud tente d'éteindre ses foyers épidémiques

Parmi les quelques pays cités en exemple dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, la Corée du Sud fait figure de modèle. L’expansion du virus a été contenue et jamais la population n’a été confinée. Pourtant, la Corée du Sud affronte sa plus importante reprise épidémique depuis l’apparition du virus. Avec plus de 500 cas quotidiens, les autorités sanitaires sont sur le qui-vive et tentent de casser les chaînes de contamination. «Comment la Corée du Sud tente d'éteindre ses foyers épidémiques», un Grand reportage de Nicolas Rocca. (Rediffusion du 14 décembre 2020).

2021-01-12 12:10:24 Lire l'article

Grand reportage - Covid et pollution de l'air, la double pandémie qui frappe New Delhi

New Delhi, la capitale la plus polluée du monde et ses 20 millions d'habitants ont donc les poumons fragilisés. Ces derniers mois, ils sont donc encore plus durement frappés par le Covid-19 qui est avant tout une maladie pulmonaire. Dans les hôpitaux, les médecins  parlent d'effets cumulés dévastateurs. Covid et pollution de l'air, la double pandémie qui frappe New Delhi, un Grand reportage de Sébastien Farcis.

2021-01-21 13:16:22 Lire l'article

Grand reportage - L’Alsace en mal de touristes (Rediffusion)

L’Alsace est l’une des régions les plus touristiques de France. Mais, au printemps, elle a été durement frappée par l’épidémie de coronavirus.Classée en rouge pendant plusieurs semaines, le journal le Monde l’avait rebaptisée « Coronaland ».  Si le mot Alsace fait surgir des images de maisons à colombages, de géraniums aux fenêtres, et de cigognes. Il a été synonyme, ce printemps, d’hôpitaux débordés et de cercueils regroupés dans des entrepôts. 15 millions de touristes visitent normalement l’Alsace, chaque année. Mais, cette année, cela n'a pas été le cas. L’Alsace en mal de touristes, un Grand Reportage d'Angélique Férat. (Rediffusion du 14 septembre 2020)

2020-12-31 11:11:23 Lire l'article

Grand reportage - [RÉCIT SONORE] Un an de Covid-19 : la pandémie déferle sur le monde (1/2)

Il y a un an tout juste, la Chine signalait l'apparition d'une maladie inconnue et qui allait changer la face du monde. D’une épidémie à la pandémie, le Covid-19 allait déferler sur tous les continents, provoquant une crise sanitaire, économique et humaine. Des événements historiques que vous avez vécus au quotidien grâce aux récits des correspondants de RFI. Ces lundi et mardi 4 et 5 janvier 2021, nous vous proposons dans Grand Reportage un résumé de leur travail. Premier volet ce lundi : le Covid-19 déferle sur le monde. Réalisation : Bruno Faure Musiques : - Ghen Cô Vy (Hand washing song), interprétée par Erik et Min et composée par Khac Hung - Corona Out, DJ Kerozen - JT Abéfô Rappou, Master Soumy [DIAPORAMA] ► Deuxième partie : Juillet-décembre, contagion économique et espoir d'un vaccin (2/2)

2021-01-04 13:40:41 Lire l'article

Grand reportage - La région Normandie, eldorado des relocalisations (Rediffusion)

Le magazine de la rédaction nous emmène aujourd'hui en Normandie, une région française engagée dans un processus de relocalisation des entreprises, un thème cher au président Emmanuel Macron, qui fait de la souveraineté économique l'une de ses priorités, suite à la crise du Covid-19.  Le gouvernement français promet d'ailleurs un investissement de 15 milliards d'euros. Mais avant même cette annonce, certaines entreprises ont fait le choix de réimplanter leurs activités en France, de la filière du lin à l'industrie de la led. La région Normandie, eldorado des relocalisations, c'est un Grand reportage de Rachel Saadoddine. (Rediffusion du 16 septembre 2020)

2020-12-30 11:49:25 Lire l'article