Grand reportage - Cuba malgré la crise, les jeunes à l’initiative

Crise économique, pénurie, épidémie de coronavirus… face à ce tableau noir à Cuba… empiré par les sanctions américaines et le blocus interne… les jeunes veulent aller de l’avant ! Enthousiastes, pleins d’énergie, ils veulent faire de la crise une opportunité pour entreprendre dans un Cuba qui change et qui s’ouvre grâce à internet. Avec les récentes annonces de l’ouverture de l’économie cubaine au secteur privé, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer ! «Cuba malgré la crise, les jeunes à l’initiative», un Grand reportage de Domitille Piron.

2021-05-26 14:40:40 Lire l'article

Grand reportage - Chine: l’impossible révolte des coursiers chinois

Pour eux, il n’y a pas de monde d’après. Qualifiés de héros pendant l’épidémie de Covid pour avoir contribué au ravitaillement des mégalopoles chinoises confinées, les livreurs sont toujours confrontés à l’inflexibilité des algorithmes et aux conditions de travail dégradées en Chine. La disparition de Chen Guojiang, en février 2021, a révélé la colère et l’impuissance d’une profession. Après avoir tenté de fédérer l’armée des invisibles en scooter, ce coursier pékinois a été arrêté. Les autorités chinoises ont depuis repris une partie de ses revendications, mais pas question de laisser les nouveaux forçats de la route se rassembler pour défendre leurs droits. «Chine: l’impossible révolte des coursiers chinois», un Grand reportage de Stéphane Lagarde et Huang Chenkuang.   LIENS : Pour aller plus loin…  - Renwu 2020 - Labor note 2021 - China Labor Bulletin 2021.       

2021-05-27 14:37:36 Lire l'article

Grand reportage - Les parcs d'attractions à l'heure délicate de la réouverture

Nouvel assouplissement des règles anti-Covid : Ce 9 juin 2021, les parcs de loisirs et d’attractions peuvent rouvrir leurs portes en France. Ils étaient fermés depuis le 30 octobre 2020. (Le parc Astérix le 9 juin ; le Puy du Fou le 10 juin ; Eurodisney, le 17 juin 2021). Les règles sont les mêmes que l’été dernier (2020). Port du masque obligatoire, désinfection des mains et distance de sécurité dans les files d’attente et dans les attractions. Le secteur se réjouit de retrouver ses visiteurs… mais il a refusé tout net l’idée d’un pass sanitaire.

2021-06-09 14:27:44 Lire l'article

Grand reportage - Ceuta, le mirage européen

Les 17 et 18 mai 2021, des milliers de personnes franchissaient illégalement la frontière entre le Maroc et Ceuta, et pénétraient dans l'enclave espagnole. La plupart sont des Marocains, parmi lesquels de très nombreux mineurs non accompagnés. Quelques groupes de migrants originaires d'Afrique subsaharienne passent également. Tous pensent trouver là une porte d'entrée vers le continent européen, mais c'est la désillusion. La petite ville de Ceuta est le théâtre de la plus grande tension migratoire de son histoire, sur fond de crise diplomatique entre l'Espagne et le Maroc. «Ceuta, le mirage européen», un Grand reportage de Magali Lagrange.

2021-06-04 14:37:21 Lire l'article

Grand reportage - La ville de Caceres menacée par le lithium

Nous sommes dans l'Estrémadure, au sud-ouest de l'Espagne, à Caceres précisément. Une ville classée par l'Unesco, sortie de sa torpeur, par un projet minier australien. Caceres pourrait en effet abriter l'un des plus importants gisements de lithium en Europe. Le lithium sert à fabriquer les batteries des voitures électriques, mais aussi des ordinateurs ou des ampoules longue durée, autant dire qu'il est devenu très recherché. Certains l'ont rebaptisé «le nouvel or blanc». Sur place, partisans et opposants se déchirent depuis 4 ans.  «La ville de Caceres menacée par le lithium», un Grand reportage de Diane Cambon. 

2021-05-12 14:41:13 Lire l'article

Grand reportage - Congo-B, le pays revit 100 ans de son histoire à travers une exposition photos

Grand reportage vous invite aujourd’hui à une déambulation, dans les rues de Brazzaville. « Les portraits du Congo : 100 ans d’histoire de mémoire photographique ». C’est le titre d’une exposition inédite à plus d’un titre puisqu’il s’agit de montrer, dans les rues de la capitale, un siècle d’histoire.Un siècle de photos collectées auprès des familles congolaises ou des étrangers de passage, par le documentariste réalisateur Hassim Tall Boukambou. Place de la République, à la croisée des chemins conduisant vers le centre-ville, l’aéroport international ou encore le célèbre et historique quartier de Bacongo, le vernissage de l’exposition a démarré avec un retard à cause de la pluie qui est tombée sur la ville pendant une bonne partie de la matinée. Entouré par une foule composée de journalistes, des hommes de culture et autres curieux, le producteur-documentaliste Hassim Tall Boukambou, commissaire de l’exposition, présente les photos au cœur de l’évènement. Ces photos sont le fruit de sa collecte privée lancée auprès des familles congolaises. « Le gros lot de photos que nous avons reçu concerne les années 50, 60, 70, 80 et 90. Il y a eu un véritable engouement des Congolais et Congolaises de l’intérieur du pays et des deux grandes villes Brazzaville et Pointe-Noire. Mais aussi de la diaspora congolaise parce que nous avons reçu des photos des États-Unis, d’Europe et de la France particulièrement. On a pu collecter 1121 photos dont 750 vont servir pour l’exposition. Les Congolais vont découvrir les pages entières de leur histoire familiale qui se confond avec l’histoire du pays », raconte M. Boukambou.   Tout autour de la place de la République, plusieurs panneaux sont accrochés. Les visiteurs sont de tous âges : les passants, femmes, jeunes et vieux, élèves et étudiants. Mains croisées ou en poches, ils restent longtemps devant ces photos en couleur, en noir et blanc, en portrait et en paysage qui renseignent sur un passé récent ou lointain. « Les Congolais sont dépositaires de trésors méconnus de manière générale, et même des enfants qui grandissent dans la maison. Là, nous avons pu mettre la lumière sur ces photos. Nous avons pu faire communiquer des générations entières entre elles. Ça permet aux jeunes générations de découvrir les pans de leur histoire familiale », se félicite l’initiateur de l’exposition.   Sur l’une des photos d’un tableau de la place de la République, les élèves de la mission catholique de Loango posent en 1905. C’est une photo chargée d’histoire. Le Site de Loango sur la côte atlantique fut entre le XVIe et le XIXe siècle un lieu de rassemblement des esclaves de la sous-région en vue de leur déportation vers les Amériques. Cette photo n’est pas l’unique prise avant la période ciblée par l’exposition qui couvre la période de 1920 à 2020. Le collectionneur Hassim Tall Boukambou a bien d’autres surprises.  « La plus vieille photo que nous avons date de 1896. C’est une photo de commerçants congolais établis à Libreville (au Gabon) qui faisaient la navette entre Pointe-Noire, Loango et Libreville. C’étaient des gens qui prenaient les bateaux », explique Hassim Tall. Une autre photo de l’exposition qui retient l’attention est celle des travailleurs du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO). On y voit des gens amaigris, exposés au soleil, affaiblis par les durs travaux. La construction de cette ligne ferroviaire qui relie Pointe-Noire et Brazzaville a été un moment douloureux, selon Hassim Tall Boukambou. « Il ne faut pas oublier que le CFCO a décimé beaucoup de Congolaises et de Congolais. Je dirais que le CFCO a été une véritable hécatombe pour le peuple congolais. Chaque famille congolaise a été touchée. Au-delà, les personnes de l’Oubangui-Chari ont été impactées », témoigne M. Boukambou.   Flambant neuf, le Centre culturel Zola au cœur de Brazzaville, facile d’accès, est le principal point d’exposition des photographies. La salle d’exposition est située à l’étage. Les visiteurs y accèdent par des marches. Les tableaux forment comme des lignes brisées. Ici, les photos ont deux formats : 40-60 A2 et 30-40 A3. Les plus vieilles photos sont celles d’une femme congolaise filmée en 1900 portant des scarifications, de vrais artifices de beauté de l’époque. Ils ne sont plus à la mode aujourd’hui. Autres photos, celles du Roi Makoko, l’homme qui signa en 1880 un traité avec l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza ; traité qui ouvrit théoriquement les portes de la colonisation française au Congo. On le voit assis sur un fauteuil traditionnel porté par ses sujets, certains le torse nu, avec des pagnes légèrement noués à la taille. Au Centre culturel Zola, l’historien Stevio Ulrich Baralangui nous sert de guide. « Il s’agit concrètement de quelques iconographies, des représentations photographiques qui retracent un peu les grandes phases de l’histoire de la République du Congo sur un siècle, voire un siècle et quelques années. Nous avons là devant nous une personne de troisième âge tenant une nasse. C’est un objet artisanal généralement utilisé au Congo, et même dans d’autres pays africains dans la pratique de la pêche », explique l’historien.   Dans l’ensemble, les photographies nous montrent comment les usages de la vie quotidienne ont évolué sous l’influence des différentes cultures congolaises. Aucun compartiment de l’histoire n’a été ignoré. Un jeune qui pratique la pêche à la ligne ; un vieillard qui tisse une nasse ; des scènes de vie courante dans le cosmopolite quartier Poto-Poto en 1943, ou encore des échanges entre le président Marien Ngouabi et les élèves de l’École militaire Général Leclerc sont autant de photos que l’historien Stevio Ulrich Baralangui nous présente avec envie. « Vous savez l’histoire, c’est le socle de tout dans un pays. Un peuple ne vit que par sa mémoire. Donc, l’histoire c’est la science qui permet de préserver la mémoire collective », argumente l’historien Baralangui.   C’est avec force détails que l’historien Stevio Ulrich Baralangui commente la photo de l’homme politique Jean-Félix Tchicaya. « C’est un personnage très important de l’histoire politique de notre pays. Il est député en 1946. Il crée un parti, le Parti progressiste congolais. Il siège au Palais de Bourbon à l’Assemblée nationale française. Donc, avec lui c’est l’entrée des Congolais dans la vie politique. Il fait partie des premiers leaders politiques congolais. C’est vrai qu’avant lui, il y a eu André Grenard Matsoua qui a engagé une vie associative avec une forte résonance politique. Mais, le premier acteur politique majeur de notre pays, on peut considérer que c’est Jean-Félix Tchicaya et ensuite viendra plus tard, dans la même fourchette, Jacques Opangault, Fulbert Youlou. »   Fulbert Youlou dont parle l’historien fut le tout premier maire noir de la ville de Brazzaville, avant de devenir le premier président du Congo indépendant en 1960. C’est lui qui eut l’initiative d’organiser la première exposition de mémoire photographique en 1956. Celle d’Hassim Tall Boukambou est donc la deuxième. Le manque de moyens peut expliquer ce vide, selon Jean-Omer Ntady, conseiller au patrimoine au ministère de la Culture. « Pour monter une telle activité, vous avez besoin des moyens. Que chaque Congolais apprenne à conserver les photos de famille. Ce sont des archives de famille qui, à certaines occasions, peuvent être exhumées pour informer d’autres communautés », affirme M. Ntady.   Jean-Omer Ntady a bien des commentaires sur l’exposition. « Il faut voir qu’il y a un brassage. On n’a pas pris que des vieilles photos. On a aussi pris les photos des jeunes enfants qui retrouvent leurs histoires », relève-t-il. Habitant de Brazzaville, passionné de l’histoire, Christ Bouta, 29 ans, fait partie des jeunes qui ne passent pas un seul jour sans visiter l’exposition « portraits du Congo ». « À travers cette exposition, il y a d’abord une admiration du fait que nous avons des photos dont on nous racontait une histoire. Par exemple, il y a eu tel homme qui a été au pays, mais il n’y avait pas d’images. Mais, aujourd’hui avec l’exposition, on colle l’image à l’histoire qu’on nous racontait sur tel ou tel grand personnage », raconte Christ Bouta.   Christ Bouta a été marqué par la photo du Roi Pélé qui, en 1967, avec son club Santos, a disputé des matches à l’ex-stade de la Révolution. C’était juste deux ans après son inauguration officielle par le président Alphonse Massamba-Débat. « Ma grand-mère me racontait que le Roi Pélé est venu jouer ici. Tout temps, il tombait dans le terrain et dès qu’il y avait un coup franc, il marquait le but. Je n’avais jamais vu les images du Roi Pélé à Brazzaville. Aujourd’hui avec l’exposition du Centre culturel Zola, j’ai au moins pu découvrir que réellement le Roi Pélé était là ».   L’évolution de la construction ou de l’habitat à Brazzaville est à découvrir à travers cette exposition, commente Christ Bouta qui souhaite qu’elle revienne chaque année. « Cette exposition nous montre un peu comment était Brazzaville dans les années 60 ou encore en 1943, et comment est Brazzaville en 2020. Du coup, il y a eu une progression de Brazzaville malgré le fait qu’il y a eu des maisons en paille. Aujourd’hui, nous avons des infrastructures en agglomération. Ça montre que nous sommes en train d’évoluer quand même en ce qui concerne l’habitat », dit-il.   De son côté, le jeune Bonchansar, amoureux de la photo, la trentaine révolue, défile sur les différents lieux de l’exposition qu’il considère comme un pont entre l’ancienne et la jeune génération. « Je pense que cette exposition vient à point nommé pour montrer aux jeunes qui n’ont pas connu les années 60-70, comment les gens s’habillaient par exemple. Comment les gens posaient. Parce que notre style et celui des générations passées, ce n’est pas du tout la même chose. Je pense que c’est une bonne chose de nous ramener dans les années passées pour essayer de contempler ces années-là », indique Le Bonchansar. Près du marché Total dans le deuxième arrondissement, Loïc Loupet, 19 ans, étudiant en Économie, tient un petit cybercafé. Sa famille fait partie de celles qui ont remis les photos qui alimentent l’exposition. « En ce qui concerne les photos, nous avions fourni deux photos personnelles de notre enfance. Je devais avoir une année et quelques mois, en tout proche de deux ans. Nous avions aussi fourni une photo de l’un d’un arrière-grand-père (du côté maternel). Il fut un guerrier lors de la libération de la France, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il a combattu pour De Gaulle et pour le compte de l’Afrique. Il y a aussi une photo de mon grand-père (paternel) sur laquelle on retrouve ma mère et deux de mes frères qui étaient tout petits. Ce sont des photos que les parents ont gardées. On s’est dit que ce sont des photos mémorables et on a décidé de les honorer, puis on les a envoyées à l’exposition », commente Loïc. Loïc a également fourni la photo de son grand-père paternel Loupet qui fut le tout premier directeur de l’École du quartier Moukondo. Il est plus qu’ému de faire découvrir les photos de ses grands-parents au grand public. « Ça crée une certaine émotion, une certaine joie. Parce qu’on se dit, tiens ! Je n’ai pas vu le grand-père, l’arrière-grand-père, mais en faisant ça, ils seront peut-être joyeux d’où ils sont, d’être honorés. Ce sont des photos que j’ai trouvées en très bon état. Elles sont très bien conservées. En dehors du tiroir où je les ai trouvées, elles étaient conservées dans une enveloppe kaki. En très bon état ».   Dans sa famille habitant Sangolo, après la cité de l’OMS, Razia Mahoumi, une jeune mère de 28 ans, a été choisie pour trier les photos qui ont été remises à Hassim Tall Boukambou. « J’ai décidé de participer (à l’exposition) parce qu’on dit que l’union fait la force. J’ai donné 50 photos, celles de 1960, 1970. Mes parents ont conservé les photos depuis longtemps. J’ai fait mon choix. Ma maman a un sac qui contient ces photos. En grandissant, elle nous les montrait. Alors, pourquoi pas mettre ces photos dans les archives de l’exposition ? C’est là où j’ai décidé de participer à cet évènement. J’ai également invité des amies à apporter leurs photos. À partir de moi, il y a eu comme une collection. Deux ou trois copines ont apporté des photos que nous sommes allées déposer », raconte Razia. Razia Mahoumi qui caresse le rêve de devenir cinéaste a revu, à travers les photos, les débuts de l’aventure amoureuse de ses parents. « J’ai vu une photo de mon père et ma mère. Ils étaient tout jeunes. La maman avait 23 ans. Aujourd’hui, elle a 60 ans. Il y a une photo où ils dansaient dans un bar. C’était très intéressant. Puis, une autre photo encore, ils allaient travailler dans une ceinture maraîchère au quartier Mfilou. Les gens m’ont demandé si la photo a été prise au village. Je leur ai expliqué que c’était dans un quartier de Brazzaville où, à l’époque, les parents allaient travailler pour produire des légumes et beaucoup de choses. », raconte la jeune dame.   Initiateur de l’exposition Hassim Tall Boukambou à mener un travail passionnant. Il est plus qu’heureux de partager ces archives que de nombreux Congolais ignoraient. « C’est en travaillant sur les archives (photos, vidéos) dans le cadre de mon travail que je me suis rendu compte que j’avais pu accéder à plusieurs archives au Congo, mais aussi à l’étranger. Et qu’il n’était pas aisé aux historiens, chercheurs, collégiens et aux étudiants d’accéder aux mêmes archives. J’ai été interpellé en tant que cinéaste, en tant que Congolais, en me disant que le peu que je connais doit être partagé. Et, pour que les gens puissent s’approprier ces archives, il fallait provoquer un déclic en leur disant que les archives ce n’est pas seulement ce qui appartient à des institutions. Chez vous, vous êtes tous dépositaires de la mémoire de vos familles, donc de la mémoire du pays. Je pense que nous avons été entendus et les Congolais ont répondu massivement à l’appel », se félicite M. Boukambou. L’exposition « Portraits du Congo : 100 ans de mémoire photographique » prendra fin le 14 juin 2021. L’œuvre du Centre culturel Zola organisée en partenariat avec le ministère de la Culture et l’ambassade de France au Congo, elle s’est donné pour mission de sensibiliser les Congolais sur le patrimoine dont ils sont dépositaires.

2021-05-31 14:00:22 Lire l'article

Grand reportage - Une vie de chauffeur routier, entre solitude et solidarité

Confinement, couvre-feu... il est une profession qui ne connaît pas ces mots-là, ce sont les chauffeurs routiers ! Toujours sur les routes, ils n’ont cessé de travailler depuis le début de la pandémie. Un métier de solitude où les rares interactions avec l’extérieur du camion se font dans les restaurants routiers, fermés dans un premier temps. En France, 250 établissements réservés aux chauffeurs ont eu l’autorisation de rouvrir, il y a deux mois. Sur l’autoroute du Nord, entre Paris et Lille, un des plus grands d’entre eux a retrouvé dynamisme et vitalité. (Rediffusion) «Une vie de chauffeur routier, entre solitude et solidarité», un Grand reportage d’Alexis Bédu. Réalisation : Pierre Chaffanjon.  (Émission initialement diffusée le 29 janvier 2021).

2021-05-28 13:15:34 Lire l'article

Grand reportage - L'avortement illégal en Côte d'Ivoire, le calvaire des jeunes Ivoiriennes

Alors que l'interruption volontaire de grossesse reste interdite en Côte d'Ivoire, sauf en cas de viol ou d'inceste, avorter de manière clandestine est une pratique courante chez les femmes. Le milieu scolaire est particulièrement touché, l'ONG Médecins du Monde estimant que 76 % des Ivoiriennes qui mettent fin à leur grossesse vont encore à l'école.  De notre correspondant à Abidjan, En cette fin de matinée, le soleil n’est pas tendre avec la population de Soubré, chef-lieu de la région de la Nawa, dans l’ouest ivoirien. Pour éviter ses rayons, plusieurs personnes, en majorité des femmes, se réfugient sous le préau de la cour intérieure de la mairie, en attendant patiemment que les divers services municipaux les reçoivent. Il faut arpenter les couloirs étroits pour échapper au brouhaha, et frapper à la porte du secrétariat, une pièce exigüe à l’air conditionné salvateur. Bernadette Oupoh en a fait son bureau, à la fois pour assurer le secrétariat de la mairie, mais surtout pour recueillir les femmes qui ont besoin de se confier.  Pour ces femmes, « Maman Oupoh », comme elles appellent affectueusement la quinquagénaire, est d’abord la présidente de la Coalition Namané, « Prenons conscience » en langue bété, un regroupement d’associations et d’organisations de la société civile engagées pour la réduction des grossesses non désirées, particulièrement chez les adolescentes et en milieu scolaire. Sous l’oeil attentif d’une spectatrice, la main posée sur son bras, Mme Oupoh s’adresse tendrement à Mariatou*, 20 ans : « Il faut me voir comme ta maman. Tout ce que tu nous dis ne sortira pas de cette pièce. » La voix tremblotante, les yeux rivés sur le sol, l’étudiante en BTS Gestion commerciale semble lutter à prononcer le moindre mot, un sanglot ponctuant chacune de ses phrases. Comme 290 000 Ivoiriennes chaque année, Mariatou a interrompu volontairement sa grossesse. Elle tombe enceinte alors qu’elle est encore au lycée. Elle choisit de ne pas garder l’enfant. Une décision prise en accord avec son petit ami de l’époque. « C’est seulement à six mois de grossesse que j’ai réalisé que j’étais enceinte, raconte-t-elle. Mon copain m’a accompagnée dans une clinique qui s’occupe des avortements, en me précisant de mentir sur la durée de la grossesse pour payer moins cher. Mais en m’examinant, le médecin s’en est rendu compte. » De clinique, l’établissement en porte seulement le nom, « ça ne ressemblait pas aux cliniques habituelles », de l’aveu même de la jeune femme. La lycéenne d’alors se rend une seconde fois dans cette clinique, seule cette fois-ci car son compagnon refuse de l’accompagner. Pour elle, le calvaire commence avec l’attitude du médecin. Un tabou social  « Il m’a demandé de m’allonger, en m’ordonnant : "Ici, on ne pleure pas !" », se souvient-elle avec émoi. J’ai senti comme du vent à l’intérieur de mon ventre. Puis quelque chose que l’on coupe. J’avais tellement mal que je me suis levée et précipitée aux toilettes pour me cacher. Il m’a crié : "Non ! tu vas salir ma clinique !" » Le travail terminé, elle repart chez elle, traumatisée. Elle continue à se rendre à l’école mais préfère traîner dans la cour plutôt que de rentrer en classe. Au point de la redoubler. Depuis, l’étudiante est de nouveau tombée enceinte : « Mais cette fois-ci, j’avais décidé de garder mon enfant. Je me suis dit quelle que soit l’épreuve, je la surmonterai. » Ses parents, ignorant toujours la première interruption de grossesse de leur fille, insistent pour qu’elle avorte. Mais Mariatou tient bon, elle est aujourd’hui la mère d’une petite fille. Cette épreuve, elle ne l’avait jamais racontée à personne avant Maman Oupoh. « J’avais honte, mais je craignais surtout la réaction de mes parents, se justifie-t-elle. Même à mes copines, je n’ai jamais rien dit, je me méfie. Aujourd’hui, je me sens libérée d’un poids que je traîne depuis trois ans. »  Ouvrir la voie reste une étape nécessaire pour retrouver l’estime de soi. « Ça libère beaucoup, pour elle mais aussi pour nous autres ! juge Bernadette Oupoh, qui, plus jeune, a perdu deux enfants suite à des complications durant la grossesse. C’est comme si ces événements venaient de se produire et que nous sommes en train de l’aider à se retrouver, à devenir comme tout le monde. »  Si l’avortement reste illégal en Côte d’Ivoire - sauf en cas de viol ou d’inceste - et puni de six mois à trois ans de prison, c’est surtout le tabou qui pèse le plus en société. Et ce malgré les graves conséquences sur la santé. « Dans la communauté, à part quelques personnes plus ouvertes qui échangent avec leurs filles, on en parle rarement à cause des croyances religieuses, déplore cette sage-femme de Soubré qui tient à son anonymat. Il y a des grands risques d’hémorragie, car elles utilisent des tiges ou d’autres techniques inappropriées. Je me souviens du cas d’une jeune dame à Abidjan à qui on a été obligé de retirer totalement son utérus. Cette femme ne pourra plus prendre de grossesse. » La mort reste la conséquence la plus grave, dans un pays où le Programme des Nations unies pour le développement estime que pour 100 000 naissances, plus de 600 Ivoiriennes meurent en couches. Soit presque trois fois plus que la moyenne des pays en développement. Le réseau des Jeunes Ambassadeurs Face à cette impossibilité d’aborder le sujet de l’avortement en société, la population de Soubré a décidé de s’en saisir et d’effectuer elle-même de la prévention sur les risques liés à la santé sexuelle. Il existe des référents adultes, baptisés les Tontons et les Tatas, qui se rendent disponibles pour aborder ces questions. La jeunesse se mobilise également. À la radio La Voix de la Nawa, des lycéens viennent chaque semaine pour animer des émissions sur ce thème, afin de conseiller les auditeurs et leur préciser les erreurs à éviter. Ces écoliers se font appeler les Jeunes ambassadeurs. « On organise des causeries éducatives sur le terrain, explique la Jeune ambassadrice Tigana Hawaou, élève de seconde au lycée 1 de Soubré. On se rend dans un quartier et on rassemble une vingtaine de jeunes. Après avoir choisi un thème, on utilise une boîte à images pour illustrer le propos. Parfois, certains jeunes nous accusent de parler des choses réservées aux grandes personnes, mais la plupart du temps, ils sont réceptifs et le message de prévention passe. » Le réseau des Jeunes Ambassadeurs est un programme mis en place en 2016 par Médecins du Monde. L’ONG s’investit dans la région de la Nawa pour lutter contre les grossesses en milieu scolaire. Un véritable fléau en Côte d’Ivoire. « Nos enquêtes montrent que 85 % des femmes qui avortent de manière non sécurisée sont âgées de moins de 18 ans, s’inquiète Stéphanie Baux, la coordinatrice générale de l’organisation en Côte d’Ivoire. Il y a une préoccupation du gouvernement qui souhaite limiter les grossesses en milieu scolaire, notamment avec un programme de zéro grossesse par un ensemble d’actions de sensibilisation, mais ça reste encore insuffisant. » La Côte d’Ivoire a pourtant signé et ratifié le protocole de Maputo de l’Union africaine, dont l’article 14 aborde particulièrement la santé sexuelle et reproductive, ainsi que le droit des femmes à disposer de leur corps. Mais selon Stéphanie Baux, l’État ne l’a jamais pleinement appliqué. Il n’existe pas de loi spécifique sur la santé sexuelle et reproductive, malgré la proposition d’un avant-projet de loi en 2016, qui n’a jamais été adopté du fait de blocages des leaders religieux et communautaires.

2021-05-24 13:45:11 Lire l'article

Grand reportage - À l'Île d'Elbe, l'héritage toujours vivant de Napoléon

Le 5 mai 1821, Napoléon Bonaparte meurt sur l'île de Sainte-Hélène. Mais une autre île porte, elle aussi, une trace profonde de l'empereur. Il s'agit de l'île d'Elbe, en Italie, située au large des côtes toscanes, non loin de la Corse natale de Napoléon. Vaincu par la coalition des Prussiens, des Russes et des Autrichiens, celui-ci se voit offrir Elbe comme lieu d'exil lors du traité de Fontainebleau. L’empereur vaincu devient dès lors le souverain de ce petit morceau de terre pendant 300 jours, jusqu’à sa fuite. « À l'Île d'Elbe, l'héritage toujours vivant de Napoléon », un Grand reportage d’Éric Sénanque.

2021-05-17 14:35:44 Lire l'article

Grand reportage - Colombie: le cacao, outil de reconstruction pour les victimes de conflit

En Colombie, le cacao est devenu un outil de reconstruction pour les victimes du conflit armé. Grâce à la filière éthique et sociale d'un Français, des peuples indigènes et des victimes du conflit armé se reconvertissent en producteurs de cacao. Le cacao colombien ne représente pas plus de 4% du marché mondial, mais sa qualité attire les meilleurs chocolatiers du monde, et notamment des Français. Notre correspondante en Colombie, Najet Benrabaa, est allée à la rencontre de ces producteurs. De notre correspondante en Colombie, Ils font partie des peuples indiens de Colombie, sont Afro-Colombiens ou agriculteurs en zone de conflit armé. Tous ont été victimes de guerre de territoire, et ont dû abandonner leurs terres natales pour reconstruire leurs vies ailleurs. La production de cacao a été une issue de secours. En ce début mai 2021, alors que le pays est le théâtre d'affrontements et de protestations sociales depuis plusieurs jours, Franck Berger, torréfacteur, pâtissier et chocolatier, est venu de Bourgoin-Jallieu en Isère pour rencontrer ces producteurs. Certains sont déjà ses fournisseurs, d'autres aspirent à le devenir. Avec un autre Français, Grégory Le Heurt, ils ont parcouru trois régions en dix jours pour rencontrer les peuples indigènes Embera à Mutata, les Afro-Colombiens de Tumaco et les agriculteurs du Meta. Grâce à sa filière éthique et sociale La Finca Brava Sas, Grégory Le Heurt exporte du cacao dit « premium », c'est-à-dire de grande qualité, vers la France. « Les prix du cacao sur le marché sont établis par les bourses de New York ou Londres. Ils ne prennent pas en considération les difficultés des producteurs ni leurs histoires. Même le cacao dit éthique, fair-trade, malgré une meilleure rémunération, ne le fait pas. La plupart des producteurs, avec lesquels je travaille, manquent de moyens, de savoir-faire. Mais, ils disposent de toutes les conditions pour produire un cacao d'excellente qualité. Mon rôle est donc de les accompagner et leur négocier les meilleurs prix. » À Mutata, près de la ville d'Apartado, dans le nord-ouest de la Colombie, les peuples indiens Embera vivent, dans le parc national Paramillo, dans des villages faits de maisons de bois sur pilotis. Certains ont obtenu de l'aide d'ONG et ont pu construire des maisons en briques. Ce peuple a été chassé de son territoire ancestral par les groupes armés comme les FARC et les paramilitaires. Pour Angelino Bailirin Bailirin, un producteur Embera de cacao, l'arrivée des Français représente l'espoir d'une meilleure vie. Ce père de famille travaille un champ de plus de mille cacaoyers. « On s'est installé ici en 1998 pour fuir les violences. Les groupes armés avaient tué des Embera. J'ai commencé le cacao, il y a trois ans, pour gagner un peu d'argent. Avant j'étais éleveur. Ça ne suffisait pas. C'est encore dur car pour le moment, on m'achète mon cacao à 1,50 euro le kilo. Si je peux le vendre à 2,50 euros aux Français, cela changerait ma vie. » Dans le Meta, dans le sud du pays, les Français rencontrent Carlos Poblito Jhonson Guzman, 54 ans. Cet ancien producteur de feuilles de coca explique sa reconversion dans le cacao et le contrôle de l'ex-guérilla FARC de la région. Il raconte ses années de menaces et ses deux déplacements forcés depuis 1985, avant de s'installer à Granada dans la finca « la libertad-la liberté ». « J'ai quatre hectares de cacaoyers et je produis douze tonnes de cacao par an. Avant, pendant six ans, j'ai fait de la feuille de coca. Mais ça ne payait plus. Et les groupes armés tentaient de me recruter. Ça devenait dangereux. Je n'ai jamais été intéressé par cette vie. Alors j'ai fui en 1985 quand j'avais 17 ans de la région du Tolima et puis de nouveau, en 1987, de la ville de Lejanias. J'ai rencontré ma femme et on fait du cacao depuis 16 ans. Maintenant, je voudrais exporter mon cacao pour un meilleur prix car malgré mes grosses récoltes, je ne couvre quasiment que mes coûts de production. » Le torréfacteur-chocolatier Franck Berger, qui lui rend visite, vend 13 000 tablettes de chocolat par an et emploie neuf salariés. L'an dernier (2020), il a acheté cinq tonnes de cacao colombien alors qu'il a une liste de 24 fournisseurs à travers le monde. « J'ai décidé de mettre en avant le cacao colombien. Il faut savoir que la fève de cacao est originaire de Colombie. Sa qualité est exceptionnelle, très fine. C'est ce que recherchent les entreprises comme la mienne. Si je peux aider les producteurs en achetant du cacao, c'est encore mieux. » Pour 2021, sa commande est déjà faite. Ce sera de nouveau du cacao colombien.

2021-06-03 12:30:07 Lire l'article

Grand reportage - L'allée du cancer en Louisiane: les Afro-Américains victimes de l'industrie

Plus de cent quarante usines pétrochimiques sont installées depuis plusieurs décennies le long du Mississipi, entre Bâton-Rouge et la Nouvelle-Orléans, au sud de la Louisiane. Surnommé « l’allée du cancer », ce corridor industriel dégage des émissions toxiques dans une zone essentiellement peuplée d’Afro-Américains. Les Nations unies se sont inquiétées, début mars, de l’implantation annoncée de plusieurs nouvelles usines dans cette atmosphère déjà extrêmement polluée, et ont dénoncé une forme de « racisme environnemental ». (Rediffusion) De notre envoyée spéciale permanente aux États-Unis, Anne Corpet Le président américain Joe Biden a, lui aussi, évoqué « l’allée du cancer » à plusieurs reprises, et annoncé sa volonté de lutter contre les injustices environnementales. Sur place, la population, impuissante depuis près d’un demi-siècle face au poids d’une industrie largement soutenue par les autorités locales, oscille entre rage et désespoir. « Formosa est une condamnation à mort ! » La pancarte est plantée devant la maison de Sharon Lavigne, située le long de la route, face à la digue qui protège les habitations des humeurs du Mississipi.  À 68 ans, cette habitante de St James tente de mobiliser son entourage pour empêcher l’arrivée d’une usine de fabrication de plastique sur sa commune, où sont déjà installés une dizaine d’établissements industriels. « Formosa a acheté plus de mille hectares de terres et prévoit la construction de quatorze unités dans un gros complexe. On ne peut déjà plus respirer et ils vont tripler les émissions toxiques dans le district », dit l’enseignante à la retraite. Sharon Lavigne désigne Burden Lane, à quelques encablures de son domicile : un lotissement pauvre, cerné des deux côtés par des usines. « Mon amie Géraldine vivait ici. Elle est morte. La femme qui vit dans ce préfabriqué a le cancer. Sa fille aussi. La dame dans la maison, là-bas, a eu les deux jambes amputées. Croyez-moi, personne n’est en bonne santé ici », lâche-t-elle. « Le couloir de la mort » Sharon Lavigne a toujours habité St James et garde le souvenir d’une enfance heureuse, en pleine nature. « Quand j’ai grandi ici, il y avait des champs à perte de vue autour du fleuve. L’air était pur, l’eau était propre, les sols étaient fertiles, et nous n’étions jamais malades », se souvient-elle. La première usine s’est implantée à St James au cours des années soixante, sur les terres d’une vaste plantation de canne à sucre. « Les gens trouvaient cela formidable. Tout le monde était enthousiaste, se remémore Sharon Lavigne. Pour tous, l’industrialisation était signe de progrès, de richesse. » Mais la sexagénaire vibre soudain de colère : « Les usines se sont multipliées, mais très peu de Noirs ont été embauchés. Et pendant des années, nous avons bu de l’eau sale, polluée par des produits aussi dangereux que le benzène. Les gens ont commencé à tomber malade, et il a fallu des décennies pour que nous comprenions que cela était lié à la présence de ces industries. Si je n’avais pas été aussi ignorante, croyez-moi, je me serais battue plus tôt ! »C’est à l’issue d’une réunion publique sur l’arrivée de Formosa en 2018, et après avoir été prier à l’église, que Sharon, une catholique fervente, s’est engagée dans la lutte contre l’implantation de l’usine dans son district. « Je suis devenue une activiste avant même de savoir ce que cela voulait dire. Mon association, Rise St James, est née dans ma cuisine, avec quelques paroissiens réunis autour d’une platée de gombo crevettes », sourit-elle. Et la mine grave, elle ajoute :« Les gens surnomment notre région l’allée du cancer. Mais moi, je l’appelle le couloir de la mort. Parce que vivre ici nous condamne à une mort prématurée certaine. » Un risque de cancer cinquante fois supérieur à la moyenne nationale L’appellation « allée du cancer » a été inventée il y a près de quarante ans par Darryl Malek Wiley, un militant écologiste de l’association Sierra Club à la Nouvelle-Orléans qui militait à l’époque aux côtés des syndicalistes de l’usine BASF. Il enrage de voir que, depuis, les syndicats ont disparu dans la quasi-totalité des industries pétrochimiques qui bordent le Mississipi, et que rien ou presque n’a été fait pour endiguer une pollution affolante. Avec le recul, lui aussi trouve trop restrictif le terme qu’il était fier d’avoir trouvé dans les années quatre-vingt. « Les communautés qui vivent le long du fleuve entre la Nouvelle-Orléans et Bâton-Rouge sont exposées à vingt produits chimiques différents dans l'air, quinze dans l'eau, et d’autres sont incrustés dans le sol. Les gens souffrent de cancers, de maladies respiratoires, de diabète. Certains de ces produits chimiques traversent le placenta et provoquent des malformations congénitales ou des fausses couches. Il y a toute une série d'effets désastreux sur la santé autres que le cancer, causés par ces usines pétrochimiques », explique-t-il avant de trancher : « Parler de vallée de la mort est plus approprié. »  L’usine japonaise Denka à St John, la dernière qui fabrique du néoprène aux États-Unis – matière des combinaisons de plongée sous-marine – est celle qui inquiète le plus les experts, du fait de ses émissions d’oxyde d’éthylène et de chloroprène. Selon l’agence fédérale de protection de l’environnement, dans la zone proche de l’usine, les résidents sont confrontés à un risque de cancer cinquante fois supérieur à la moyenne nationale.La pollution qui émane du site est ancienne : avant que les Japonais de Denka s’installent, en 2015, c’était l’entreprise Dupont qui occupait les lieux. Leslie Checksnighter, une riveraine, attribue à cette enseigne le décès de ses parents. « Ils ont construit leur maison ici un an avant l’ouverture de l’usine Dupont, en 1964. Mon père est mort d’un cancer des poumons il y a quinze ans. Ma mère a eu le cancer trois fois. Mon père cultivait son jardin, il avait des arbres fruitiers. Dupont a tué tout cela. On ne pouvait même plus planter de mauvaises herbes. Dupont relâchait des polluants entre deux et cinq heures du matin. L’odeur était omniprésente et tout virait au noir, nos arbres fruitiers sont devenus noirs, témoigne-t-elle. Aujourd’hui, avec Denka, les choses se sont améliorées. La pollution est toujours là, mais on l’oublie plus facilement : l’odeur n’est plus aussi atroce qu’auparavant. » Willy Me ne veut pas dire son âge, mais rentre chez elle à tout petits pas. Elle vit sur la 31e rue, celle qui longe les grillages de l’usine Denka. « Mon fils travaillait dans cette usine et il est mort il y a cinq ans. Il avait quarante-cinq ans, et avait toujours été en bonne santé. Pour moi, c’est l’usine qui l’a tué, c’est tout ce que je peux vous dire », lâche-t-elle avant de refermer sa porte. Un groupe de corneilles survole les modestes maisons. « Dans le temps, il y avait des rossignols, mais ils ont disparu, tout comme les papillons », remarque un voisin assis sous son porche. Un dérivé du chlore à un niveau plus de trois cents fois supérieur aux normes À plus d’une centaine de kilomètres à l’ouest du fleuve, à New Iberia, Wilma Subra, chimiste, analyse depuis des décennies les émissions de produits toxiques du couloir industriel. Elle a fondé son propre laboratoire, afin de transmettre directement aux habitants les résultats de ses découvertes, sans avoir à batailler contre une hiérarchie récalcitrante. Des piles de documents encombrent son canapé, ses étagères et le sol de son bureau. « Selon l’évaluation nationale de la toxicité dans l’air, le chloroprène est probablement cancérigène, et le seuil à risque dans l'air ambiant a été fixé par les autorités fédérales à 0,2 microgramme par mètre cube », entame-t-elle avant d’extirper une carte des environs de St John de l’un de ses dossiers. « Tout ce secteur dépasse largement le seuil requis. Ces prélèvements ont été effectués en 2017 par l’EPA, l’Agence fédérale de protection de l’environnement. Près de l’école élémentaire de St John, le niveau de chloroprène dans l’air atteint presque 50 microgrammes par mètre cube. Et si vous vivez près de la voie ferrée, le niveau atteint 67,4, soit  337 fois plus que le seuil à ne pas dépasser. Personne ne devrait être ainsi exposé ! », s’indigne-t-elle. Après la sortie des premiers prélèvements effectués par l’EPA en 2015, l’entreprise incriminée a promis une baisse de 85% de ses émissions, mais aucun contrôle fiable n’a été réalisé par les autorités, et les toxiques dans l’air restent de toute façon bien au-delà des normes. Denka a également tenté d’obtenir – sans succès – la modification du seuil de 0,2 microgramme par mètre cube. « C’est comme si un médecin vous demandait d’arrêter de fumer et que vous tentiez de négocier vos quinze cigarettes par jour »,s’exclame Wilma Subra, avant de reconnaître dépitée :« Vous pouvez aller faire des prélèvements tous les six mois, délivrer des sommations, ils feront toujours appel en justice. Les recours peuvent prendre des années et, pendant ce temps, la population vit toujours là, vraiment très exposée ». Et la chimiste de conclure : « La population de St John a eu le taux de mortalité dû au coronavirus le plus élevé des États-Unis. Cela est évidemment lié à leur état de santé dégradé, résultat des émissions toxiques auxquelles ces gens ont été exposés toute leur vie. » Les descendants des esclaves : une population invisible Sur plus de cent kilomètres le long du Mississipi, entre la Nouvelle-Orléans et Bâton-Rouge, les usines se succèdent sans discontinuer. Seul un petit bois ou quelques maisons regroupées séparent parfois les gigantesques structures d’acier, les immenses réservoirs de pétrole brut, ou les étendues de bâtiments rougis par les poussières de bauxite. C’est la présence du fleuve, voie d’accès royale au golfe du Mexique, et la présence de matières premières – le sel, le pétrole brut, le gaz naturel – qui ont attiré les industries. Mais aussi la possibilité de racheter les immenses terrains des anciennes plantations de canne à sucre, qui occupaient autrefois les rives du Mississipi. « Après la guerre civile, la plupart des esclaves exploités dans ces plantations ont été libérés, mais beaucoup d’entre eux sont restés dans la région. Ils se sont installés sur des petits lopins en bordure des terres où ils avaient été asservis. Les familles de planteurs ont vendu leurs propriétés aux raffineries et aux industries chimiques, et personne ne s’est soucié du sort de ces populations, de ces “communautés des clôtures’’, surnommées ainsi parce qu’elles jouxtaient les grilles des propriétés », relate Craig Colten, professeur de géographie à l’université de Bâton-Rouge, auteur de recherches sur l’industrialisation de la Louisiane. Et il assène : « Toute la littérature spécialisée du début du XXIe siècle précise que les industries doivent éviter les zones peuplées pour choisir leur site d’implantation, pour éviter les procès, et ne pas exposer les gens aux odeurs ou au risque d’explosion. Mais ces conseils ont été complètement ignorés au sud de la Louisiane. Comme il s’agissait majoritairement de Noirs, ces gens étaient tout simplement invisibles. » Joe Bonner descend d’une famille noire implantée le long du Mississipi au XVIIIe siècle. Elle tient un petit café le long de la route, dans une jolie maison rose située juste devant la digue qui isole le fleuve. « La région est importante sur le plan historique pour les Afro-Américains. Nous, les descendants des plantations, nous essayons de préserver notre héritage, de le protéger. Mais les industries n’hésitent pas à acheter des terres sacrées : plusieurs tombes d’esclaves sont désormais inaccessibles, isolées sur des zones de production ceintes de barbelés. »Et la jeune femmeajoute :« Certains parlent de réparation pour les descendants d’esclaves, pour tout ce travail qui n’a jamais été payé. Est-ce que cela ne serait pas juste de s’assurer que nous puissions au moins vivre en bonne santé ? Cessez de nous empoisonner, laissez-nous juste survivre, avoir de l’air pur ! » Sharon Lavigne, elle, l’assure : seuls les propriétaires blancs se voient proposer des offres de rachat pour leurs propriétés, de la part des industries. « Nous, les Afro-Américains, nous sommes ignorés. Ils ne nous emploient pas, ne nous proposent pas de jolies sommes pour nous permettre de déménager. Ils attendent simplement de nous voir mourir », dénonce l’enseignante à la retraite.  Blâmer les victimes « La justice environnementale sera au cœur de notre politique », a assuré Joe Biden le 27 janvier, en signant un décret présidentiel sur le climat. « Les communautés les plus touchées sont des communautés de couleur, comme celle de l’allée du cancer, en Louisiane », a précisé le président américain. De quoi donner de l’espoir aux habitants du corridor pétrochimique. Mais les quelques mots de l’hôte de la Maison Blanche ont immédiatement entraîné une riposte du sénateur républicain de Louisiane, qui a dénoncé « une gifle » contre son État. « En Louisiane, nous avons un plus fort taux de cancer que dans d’autres États »,a reconnu Bill Cassidy avant de pondérer : « Nous avons plus de fumeurs de cigarettes, d’obèses, de certaines infections virales et d’autres facteurs qui accroissent le cancer dans notre État ». Dans la foulée, l’association chimique de Louisiane, un lobby de l’industrie, a sorti un spot publicitaire dans lequel elle se présente comme soucieuse de l’environnement. « À chaque fois que quelqu’un évoque le terme ‘‘allée du cancer’’ au niveau national, c’est le même refrain, on blâme les victimes », se désole Vickie Boothe, une épidémiologiste installée à la Nouvelle-Orléans pour sa retraite. L’industrie et le sénateur républicain peuvent affirmer ce qu’ils veulent : si les hauts risques de cancer sont incontestables et ont été établis par une agence fédérale dans le corridor pétrochimique, il n’y a pas de données précises sur l’état de santé réel des habitants. « Il n'y a jamais eu d'étude épidémiologique de haute qualité qui ait examiné le large éventail de conséquences sur la santé auxquelles on pourrait s'attendre, vu les produits toxiques et les particules répandus dans l'air. Le registre du cancer de Louisiane dilue les cas recensés dans le couloir pétrochimique parmi ceux d’une zone beaucoup plus large, ce qui fausse les données », déplore Vicky Boothe. Et la retraitée, décidée à pallier ce manque d’informations en tentant d’effectuer elle-même une étude, explique : « L’industrie pétrochimique exerce des pressions décisives. Les universités dépendent de ses financements et de ses emplois pour garantir l’avenir de leurs étudiants. Résultat, aucune ne dispose de département épidémiologique digne de ce nom. Et les autorités de l’État sont acquises à la cause de l’industrie : le directeur du département de la santé de Louisiane a traité les habitants de St John de menteurs et de marchands de peur lors d'une réunion publique.  « L’allée du cancer est une décision politique » « L'allée du cancer est une décision politique, assène Wilma Subra, chimiste qui étudie les émissions toxiques du couloir pétrochimique depuis des décennies. Les usines sont venues parce que nous avons des ressources naturelles, mais aussi parce que les politiciens les ont invitées ou encouragées à s'installer ici. L’État les aide financièrement à construire leurs infrastructures, leur offre des avantages fiscaux. Ces usines ont été accueillies à bras ouverts pour empoisonner la communauté. » Le département de la qualité environnementale de Louisiane, organisme de l’État chargé de veiller au respect des normes édictées au niveau fédéral, est sous-financé et ne prend pas toujours la peine de vérifier que les industriels se conforment aux permis de polluer qu’ils ont obtenus auprès des autorités locales. « Dans cet État, il y une mentalité politique selon laquelle tout ce qui nuit à l'industrie nuit à la population. Et selon laquelle les garde-fous de santé publique coûtent trop cher », déplore Andrew Jacoby, avocat, spécialiste de l’environnement à la Nouvelle-Orléans. « Nous allons régulièrement au Parlement pour tenter de changer les lois ou proposer des résolutions qui semblent raisonnables, mais la législature nous dit toujours non et assure que cela coûtera cher en termes d’emplois. Mais quand l’industrie fait des suggestions, même les plus grotesques sont acceptées. C’est comme s’ils avaient un gros tampon vert qui dit oui à l’industrie, et un gros tampon rouge qui dit non aux communautés »,s’agace le jeune avocat avant de regretter :« Résultat, les gens perdent le goût de se battre, parce qu’ils ont l’impression que leurs intérêts ne seront jamais protégés. » De fait, dans la 31e rue de St John qui borde l’usine Denka, la majorité des riverains se sentent impuissants. « J’ai peur, je sais qu’ils nous empoisonnent, mais qu’est-ce que je peux faire ? Je n’ai pas les moyens de déménager et ils ne m’ont jamais offert de racheter mon terrain. Je ne peux pas me battre contre ces gens avec mes quelques milliers de dollars  : ils en ont des milliards ! », soupire Carl Selders. À ses côtés, deux voisins opinent du chef. « Ils nous tuent sans contrepartie, c’est ainsi », ajoute Carl, fataliste.  Sharon Lavigne, elle, est néanmoins décidée à lutter de toutes ses forces pour empêcher l’implantation de nouvelles usines à proximité de sa paroisse. « Je ne me bats pas que pour moi, mais pour toute la communauté. Je ne veux pas laisser mes voisins mourir sans me battre. Si on perd, on aura au moins essayé. Mais on ne va pas se coucher et les laisser prendre nos terres. Non, ça ne se passera pas comme ça », lance la sexagénaire avec énergie. Sharon Lavigne est d’ailleurs convaincue que Joe Biden viendra bientôt rendre visite aux habitants de l’allée du cancer. Elle prévoit de lui chanter l’hymne de son association, écrit après qu’un juge fédéral a retoqué le premier permis de construire de Formosa. Un chant de victoire, inspiré des cantiques qu’elle entonne chaque semaine à l’église. Même si Formosa est loin d’avoir déposé les armes. Émission initialement diffusée le 5 avril 2021.

2021-05-14 13:43:07 Lire l'article

Grand reportage - En Afrique du Sud, les descendants des peuples Khoi et San en quête de reconnaissance

En Afrique du Sud, on les appelle les «premières nations», les Khoisan, ou encore les Bushmen et plus péjorativement les Hottentots : ce sont les peuples les plus anciens du pays, déjà installés dans la région australe, bien avant les populations bantoues. Ce groupe est en réalité composé de deux tribus bien distinctes : les chasseurs-cueilleurs San déjà présents dans le pays, il y a plus de 20 000 ans, et les éleveurs Khoi Khoi apparus bien plus tard.   Aujourd’hui, après avoir été décimés lors de la colonisation, puis oppressés sous l’apartheid, le nombre des descendants sud-africains de ces populations indigènes est incertain, et ils se retrouvent noyés au sein de la catégorie «métisse», soit environ 9% de la population.   Mais certains continuent de se battre, pour faire revivre leurs traditions, et faire respecter leurs droits...  «En Afrique du Sud, les descendants des peuples Khoi et San en quête de reconnaissance», un Grand reportage de Claire Bargelès.

2021-05-25 14:36:38 Lire l'article

Grand reportage - Au Chili, les féministes mobilisées pour la nouvelle Constitution

C’est une nouvelle page de l’héritage de la dictature du général Pinochet que les Chiliens s’apprêtent à tourner. Ce week-end, et pour la première fois dans l’histoire du pays, ils vont élire démocratiquement une assemblée constituante. Cette assemblée sera paritaire entre hommes et femmes, c’est une première mondiale. Au Chili, les féministes mobilisées pour la nouvelle Constitution, c’est un Grand reportage de Justine Fontaine.

2021-05-13 12:07:41 Lire l'article

Grand reportage - En Grèce, pas à pas, les acteurs du tourisme remontent sur scène

Comme cette jeune habitante de l'île de Milos, la Grèce sort d'un confinement ininterrompu de 6 mois, c'était entre novembre et mai. Cette liberté retrouvée a coïncidé avec le démarrage officiel de la saison touristique estivale. Un évènement d'importance : 20% de l'économie repose justement sur le tourisme, un secteur qui a connu, l'an dernier (2020), dans le contexte de la crise sanitaire, une baisse de fréquentation de plus de 2/3. À présent, avec l'accélération de la vaccination, la vie doucement reprend au rythme bien souvent d'un optimisme prudent. «En Grèce, pas à pas, les acteurs du tourisme remontent sur scène», un Grand reportage de Joël Bronner.

2021-06-02 14:20:27 Lire l'article

Grand reportage - Génération Foot, l'académie-phare du Sénégal

Grand reportage vous emmène aujourd'hui au Sénégal où le football est roi et inspire des rêves de grandeur. Les Lions n'ont jamais remporté de trophée majeur, mais certains de ses représentants brillent dans les meilleurs clubs du monde, à l'image de Sadio Mané. La star de Liverpool, Ballon d'or africain, a débuté sa formation à Génération Foot avant de s'envoler pour l'Europe. Un chemin que beaucoup voudraient imiter au sein de l'École parmi les plus prestigieuses du pays et véritable pionnière sur le continent. «Génération Foot, l'académie-phare du Sénégal», un Grand reportage de Babacar Fall et Cédric de Oliveira.   ►À lire aussi : Pape Matar Sarr, une pépite sénégalaise qui brille en France ► Le FC Metz et l'Académie Génération Foot basée à Dakar continuent l’aventure

2021-05-11 14:01:35 Lire l'article

Grand reportage - Écoles privées en Suède, un système unique au monde, et contesté

L'école privée fait débat en Suède, on connaît ce pays pour son modèle social, son souci de l'égalité mais on ignore aussi qu'il a un système scolaire unique au monde. Dans le royaume nordique, le coût des écoles privées est entièrement pris en charge par les collectivités au même titre que les écoles publiques. De grandes entreprises peuvent ouvrir des écoles n'importe où, et les parents peuvent inscrire leurs enfants où ils veulent, mais ce système a creusé les inégalités. Un reportage de Frédéric Faux.

2021-06-01 16:27:30 Lire l'article

Grand reportage - Ardèche: quand l’industrie résiste en zone rurale

La pandémie a durement éprouvé les industries françaises déjà fragilisées par plus de trente ans de déclin. Mais certaines, là où on s’y attend le moins, résistent malgré les aléas économiques. La ville rurale du Cheylard, au cœur de l’Ardèche, héberge quatre grandes industries, des pépinières d’entreprises et d’artisans bijoutiers.  «Ardèche: quand l’industrie résiste en zone rurale», un Grand reportage d'Ariane Gaffuri. Sites - La mairie du Cheylard - Chomarat - Val'Eyrieux - Pôleyrieux - Le Labo.Ve - La Fabritech - La vallée du bijou - Anaïs et Louise - Dawn Joaillerie   En images

2021-05-20 13:01:17 Lire l'article

Grand reportage - Au Danemark, les réfugiés syriens sacrifiés sur l’autel de la répression migratoire

Le Danemark, dans les années 1980, en ouvrant grand ses portes aux réfugiés, faisait figure de modèle en matière de politique migratoire. Mais, la montée des populismes en Europe a changé la donne et les autorités danoises n’ont cessé de durcir les conditions d’accueil des demandeurs d’asile. Il y a quelques mois, les sociaux-démocrates danois sont devenus les premiers en Europe à décréter que la région de Damas en Syrie était désormais sûre. Ils révoquaient les permis de séjour de plusieurs dizaines de familles. «Au Danemark, les réfugiés syriens sacrifiés sur l’autel de la répression migratoire», un Grand reportage signé Vincent Souriau.

2021-06-07 13:00:09 Lire l'article

Grand reportage - Aéronautique: ces entreprises qui résistent à la crise

L’aéronautique a été frappée de plein fouet par la crise économique liée au Covid-19. Malgré tout, dans le sud-ouest de la France, haut-lieu du secteur qui avait prospéré dans le sillage du site toulousain d’Airbus, quelques entreprises tirent leur épingle du jeu. Voici l’histoire de deux d’entre elles. L’une, qui stocke et entretient des avions, a été ainsi abritée de la tempête… L’autre a su diversifier son activité en fabriquant des masques chirurgicaux.  «Aéronautique: ces entreprises qui résistent à la crise», un Grand reportage de Pauline Gleize. En images

2021-05-19 13:07:15 Lire l'article

Grand reportage - En Inde, le mystère des morts du Gange

Le pays est secoué par les images de corps en décomposition sur les rives du fleuve sacré, dans l’Uttar Pradesh. Pour le gouvernement, il s'agit d’une tradition. Pour de nombreux experts, c’est le symbole d’une deuxième vague de Covid qui a ravagé les campagnes. À Varanasi, Come Bastin avec la collaboration de Utpal Pathak. De notre correspondant en Asie du Sud, Une vingtaine de villageois contemplent les flammes dévorer un corps. Nous sommes près d’un crématorium artisanal du district d’Unnao. Pas loin du bûcher, une cinquantaine de cadavres enveloppés d’un simple drap coloré se décomposent sur les rives du Gange.  « Au pic de la deuxième vague, il y a eu beaucoup de morts. Les villageois n’avaient pas de médicaments et les hôpitaux étaient saturés », explique Vishal Maurya, un journaliste local. « Un jour, je me suis rendu sur les berges et j’ai vu des gens très pauvres enterrer leurs proches à même le sable. » « Ces cimetières de fortune sont nés parce que les villageois sont ruinés », analyse Charan Singh Verma, chercheur en développement au Giri Institut de Lucknow. « Avec l’explosion des morts, le coût des crémations a beaucoup augmenté. Le prix du bois a été multiplié par dix. Certains prêtres en ont profité pour demander plus d’argent lors des cérémonies. »  La situation est malheureusement loin d'être isolée. « À gauche, ceux qui ont de quoi acheter du bois brûlent leurs proches », décrit Gopal Pandey à Shringverpur, un célèbre crématorium. « À droite, des tas de corps sont enterrés dans le sable, C’est désolant, Il y a plusieurs centaines de cadavres ici ! » Selon le porte-parole du gouvernement Navneet Seghal, ces morts n’ont aucun lien avec la pandémie. « Il s’agit d’une pratique traditionnelle de certains groupes religieux qui enterrent leurs morts près du Gange. Cela n’a rien de nouveau. Simplement parfois l’herbe est plus haute donc on voit moins les corps. » L’Uttar Pradesh est dirigé par Yogi Adityanath, un moine extrémiste membre du parti nationaliste hindou BJP. Au cœur de la deuxième vague, il a déclaré que les infrastructures hospitalières ne manquaient de rien. Et menacé de s’en prendre à ceux qui affirmaient le contraire. En voulant aider des patients à se procurer de l'oxygène à Lucknow, Vasu Gupta en a fait les frais.  « Mon entreprise distribue des cylindres d'oxygène. J’ai posté une vidéo sur Instagram pour dire que je recevais des milliers d'appels désespérés. À 4 heures du matin, un officiel m’a appelé et m'a traité de menteur. Trois jours plus tard, mes comptes Whatsapp et Instagram ont été bloqués. » Pour protester, Vasu Gupta poste alors une autre vidéo. « Les forces spéciales ont fait un raid dans mon entreprise. J’ai été accusé de trafic d'oxygène. J’ai présenté les documents nécessaires et j'ai été relâché. Beaucoup ont vu leurs messageries bloquées ou ont été arrêtés. En fait, les bénévoles mettent en lumière les manquements de l’État. » « Contrairement à ce que raconte le gouvernement, on manquait d'oxygène, de lits et le coût des traitements était bien trop élevé pour la population pauvre », affirme Sandeep Yadav, président de la branche jeunesse du parti Samajwadi, la principale force d’opposition de l’Uttar Pradesh. « Les morts du Gange en sont la preuve. » La veille, il a manifesté pour demander au gouvernement de remédier à la situation. « Nous avions lancé une campagne pour offrir du bois aux plus pauvres. Mais la police nous en a empêchés. Alors nous avons protesté torse nu dans le fleuve ! J’ai été emmené au poste avec plusieurs opposants. » Des journalistes ont aussi été accusés de mensonge. Interrogé, le gouvernement affirme lutter contre la désinformation. « Ils cherchent à créer la panique. Nous n’avons pas eu un seul décès à cause du manque d'oxygène. Un opposant a publié des photos de corps sur le Gange datant de 2014. Nous avons porté plainte ! » En remontant le fleuve sacré jusqu'à la ville sainte de Varanasi, nul besoin de déterrer de vieux clichés. À la jonction du Gange et de la rivière Yamuna, des corps se décomposent à perte de vue, alors que les premières pluies tombent sur les plaines inondables. Visham Bhar Mishra est un prêtre hindou spécialiste des pratiques funéraires. « Le gouvernement raconte qu’il existe une tradition d’enterrer les morts sur les rives. C’est faux. Dans l’hindouisme, seules les cendres du défunt vont dans le fleuve sacré pour s’approcher du paradis ! » L’homme est responsable d’une ONG pour la protection du Gange, qu’il parcourt en bateau. Il n’a jamais vu ces corps sur les rives. « Incinérés, enterrés, la vérité, c’est qu’ils sont morts sans être comptabilisés ! Le gouvernement veut le cacher et attend la saison des pluies pour qu’ils soient engloutis par les eaux. » La pandémie se calme, mais les cadavres continuent à pourrir. Des images qui choquent toute l’Inde. « Tout mort a le droit d'être incinéré de façon digne », avance Sanpreet Singh Ajmani, un avocat qui a déposé une pétition auprès de la Cour suprême. « Les autorités doivent offrir les crémations. Les corps doivent être déterrés, avant de finir dans le Gange. » S'appuyant sur plusieurs études, le New York Times a estimé que l’Inde comptait au moins 1,6 million de morts du Covid, soit 4 à 5 fois plus que les statistiques officielles. Les cimetières de fortune, le long du Gange, en sont une illustration glaçante.

2021-06-08 13:12:55 Lire l'article

Grand reportage - Colombie: la jungle amazonienne cache un trésor préhistorique

Partons maintenant en Colombie pour le Grand reportage du jour. On vous emmène en voyage dans la jungle amazonienne. Figurez-vous qu'elle cache un trésor préhistorique : des dizaines de murs de peintures rupestres qui datent, selon les experts, de l'Âge de glace, c'est-à-dire de plus de 12 500 ans. Il y aurait environ 75 000 peintures. Il pourrait même s'agir de la plus grande collection de peintures rupestres. Certains la surnomment déjà « la Chapelle sixtine de la préhistoire ».  Nos correspondantes en Colombie Najet Benrabaa et Sarah Nabli se sont rendues sur le site de la Serrania Lindosa, dans le centre-est de la Colombie, en pleine forêt amazonienne.

2021-05-18 14:24:35 Lire l'article

Grand reportage - Livreurs Deliveroo: rébellion sur deux roues

Ils font partie des «travailleurs de la deuxième ligne». Depuis le début de la crise sanitaire, les livreurs de repas à domicile n’ont jamais cessé leurs activités. Ils sont même de plus en plus nombreux. 3 000 livreurs ont rejoint Deliveroo en France, lors du premier confinement. Indépendants travaillant pour le compte de la plateforme de livraison, ils réclament aujourd’hui de nouveaux droits. Et en premier lieu, le droit à un salaire décent au moment où Deliveroo entre à la Bourse de Londres - une introduction d'ailleurs compliquée. Et à l’heure où les chauffeurs de VTC remportent des victoires pour leur statut un peu partout en Europe, les livreurs aspirent eux aussi à des changements. «Livreurs Deliveroo : rébellion sur deux roues», un Grand reportage d’Alexis Bedu.  (Rediffusion du 31 mars 2021).

2021-06-11 14:35:50 Lire l'article

Grand reportage - Cuba: écolo malgré soi

Réparer, inventer, recycler, le quotidien à Cuba fait souvent appel au système D. Signe à la fois d'une défaillance de l'État et d'une merveille d'ingéniosité cubaine. Cette débrouille concerne tous les aspects de la vie quotidienne. Par manque d'argent ou face aux pénuries, les Cubains réparent et recyclent malgré eux. Mais la jeune génération entend mettre du sens et de l'écologie derrière ces gestes.  «Cuba: écolo malgré soi», un Grand reportage de Domitille Piron.

2021-06-10 14:09:48 Lire l'article

Grand reportage - Le Monténégro au défi des tensions identitaires

De hautes montagnes accrochées comme un nid d’aigle au-dessus de la mer Adriatique. Le Monténégro est la plus petite des Républiques issues de l’éclatement yougoslave, et elle fête ce 21 mai 2021 le quinzième anniversaire de la restauration de son indépendance. Considéré comme une Perle des Balkans, le pays attirait de plus en plus de touristes étrangers, du moins avant le Covid-19… Et c’est en pleine pandémie qu’il a connu la première alternance démocratique de son histoire. «Le Monténégro au défi des tensions identitaires», un Grand reportage de Laurent Geslin et Jean-Arnault Dérens.

2021-05-21 13:00:08 Lire l'article