Grand reportage - L’université al-Ahzar du Caire et les étudiants africains

C’est l’une des universités islamiques les plus anciennes et les plus connues au monde, l’université al-Ahzar du Caire a été fondée au Xe siècle. Elle attire encore aujourd’hui des milliers d’étudiants étrangers. Les trois quarts viennent d’Asie, 20% sont africains. Ce sont eux que RFI a rencontrés. Ces étudiants passent souvent de nombreuses années, dans la capitale égyptienne, dans des conditions parfois précaires. Ils sont partis, disent-ils, « à la recherche du savoir ». Ils racontent leurs espoirs et leurs désillusions.Grand Reportage de Nadia Blétry au Caire. ►À lire aussi: Égypte: espoirs et désillusions des étudiants d'Afrique subsaharienne de l'université al-Azhar

2020-01-27 19:38:19 Lire l'article

Grand reportage - Au Venezuela, le règne du dollar

Au Venezuela, le dollar est en train de devenir la monnaie nationale par défaut. Avec l’hyperinflation, qui était d’environ 9500% en 2019 selon la Banque centrale vénézuélienne, les habitants qui le peuvent se détournent du bolivar et utilisent de plus en plus de devises étrangères, en particulier le dollar américain. En parallèle d’une économie vénézuélienne en chute libre se développe une économie informelle, dollarisée, qui offre aux plus riches une illusion de prospérité après des mois de pénuries et de privations. Pour les plus pauvres qui n’ont en revanche pas accès au billet vert, rien ne s’arrange. « Au Venezuela, le règne du dollar », c’est un grand reportage signé Benjamin Delille.

2020-02-10 18:04:25 Lire l'article

Grand reportage - L’éducation hindouiste, foyer de la radicalisation de l’Inde

Depuis décembre dernier, l’Inde est en révolte : le gouvernement, dirigé par les nationalistes hindous, connait la plus importante vague de protestation depuis son arrivée au pouvoir il y a 6 ans. Une grande partie de la population s’oppose à plusieurs mesures qui favorisent la majorité hindoue et imposent des discriminations légales envers les musulmans. Derrière la politique de ce parti se dévoile une idéologie, promue par son organisation fondatrice, le RSS. Celle-ci possède des dizaines de milliers d’écoles qui diffusent ces principes nationalistes depuis plus de trente ans et dont l’enseignement a préparé le terrain de cette radicalisation hindouiste.

2020-02-14 20:40:10 Lire l'article

Grand reportage - Kaboul, terrorisée par le crime

Kaboul, une ville meurtrie par une criminalité rampante. Dans la capitale afghane, des dizaines de victimes sont recensées chaque jour. Les vols à la tir, vols avec violences, les cambriolages font souvent la Une de la presse locale. Face à la pression de la population, les autorités ont déployé sur le terrain une unité de police dédiée à chasser le crime des rues de Kaboul. « Kaboul, terrorisée par le crime », un grand reportage de Sonia Ghezali, réalisé par Pierre Chaffanjeon. ► À lire sur RFI : Sur les réseaux sociaux, les Kabouliens crient leur ras-le-bol de l’insécurité

2020-02-18 16:10:42 Lire l'article

Grand reportage - Londres: lumières artificielles et plantations hors-sol, les tendances de l’agriculture urbaine

La popularité de l’agriculture urbaine remonte au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Elle est née dans un contexte de lourdes pénuries et était alors un mode de subsistance pour les citadins.Avec l’industrialisation, les espaces cultivables ont rétréci, mais aujourd’hui les fermes urbaines sont en plein essor. Exemple à Londres où on cultive à ciel ouvert mais aussi sous terre !Reportage d'Ariane Gaffuri. Ce reportage a été réalisé avec le soutien de  l’Union européenne. Sites :- La Ferme Oasis Waterloo, Londres.- Le jardin Communautaire Calthorpe, à King’s Cross, Londres.- Growing Underground, un potager dans un abri souterrain de la Deuxième Guerre mondiale.- Le Gavroche, à Mayfair, Londres, restaurant du Chef étoilé Michel Roux Junior.- Capital Growth, organisation gouvernementale qui promeut l’agriculture urbaine à Londres. DIAPORAMA

2020-01-21 22:35:02 Lire l'article

Grand reportage - Nanou une infidèle très fidèle

Nanou a 92 ans, et elle voit toujours cet amant qu’elle a connu il y a plus de quarante ans. Nanou est une de ces grandes amoureuses qu’a rencontrées Frédérique Lebel pour son podcast « Dans la peau ». Cinq femmes de plus de 70 ans qui ont accepté de raconter avec le plus de justesse possible leur longue vie amoureuse. Nanou une infidèle très fidèle, c’est notre Grand reportage aujourd’hui ou plutôt grand témoignage à retrouver aussi en podcast.

2020-02-13 18:06:16 Lire l'article

Grand reportage - Brésil: le funk des favelas criminalisé

Au Brésil, après la samba et la capoeira, le funk est désormais vu comme une activité criminelle par les forces de l’ordre au Brésil. Sans doute parce que les protagonistes de ce style de musique et de cette culture sont noirs, jeunes, et originaires de favelas. C’est dans ces quartiers pauvres qu’ont lieu les «baile funk», de grandes fêtes à ciel ouvert où les habitants se rendent au péril de leur vie. «Brésil: le funk des favelas criminalisé». Un Grand reportage de Sarah Cozzolino, réalisé par Pierre Chaffanjon.

2020-01-29 22:06:46 Lire l'article

Grand reportage - À la rencontre des derniers survivants d’Auschwitz

Le magazine de la rédaction de ce lundi 27 janvier 2020 témoigne. Ou plutôt donne la parole à ceux qui le peuvent encore. Des survivants de la folie des hommes.Ce 27 janvier marque le 75ème anniversaire de la libération du camp d’extermination allemand d’Auschwitz-Birkenau. En 5 ans, entre 1940 et 1945, un million cent mille personnes, hommes, femmes et enfants confondus, principalement des juifs de toute l’Europe, y ont été gazés, tués par balles, assassinés par la faim, le froid, les travaux forcés. Des 74 000 juifs déportés de France vers Auschwitz, 2 500 sont revenus. Les 150 qui sont encore en vie ont aujourd’hui plus de 90 ans. Ceux qui le peuvent, continuent de témoigner. Par devoir envers les disparus et pour que l’enfer des camps nazis ne soit jamais oublié… « À la rencontre des derniers survivants d’Auschwitz », Grand reportage d’Anna Piekarec, réalisation d’Ewa Piedel.

2020-01-24 21:38:18 Lire l'article

Grand reportage - Grèce: des peurs et des pierres sur la route de l’asile

En raison d’un nouvel afflux de demandeurs d’asile en provenance de Turquie depuis cet été 2019, la Grèce est à nouveau la principale porte d’entrée des demandeurs d’asile en Europe. Une situation parfois mal vécue par une partie de la population, qui tolère de moins en moins leur présence. En fin d’année 2019, le transfert vers le continent de plusieurs milliers de réfugiés depuis les îles saturées de la mer Égée – où environ 40 000 personnes ont débarqué au dernier trimestre 2019 – a en effet suscité des crispations. En cause notamment, des capacités d’accueil limitées, un manque apparent d’informations ainsi qu’une solidarité européenne souvent jugée trop timorée.Reportage de Joël Bronner.

2020-01-20 18:00:18 Lire l'article

Grand reportage - Le calvaire des déplacés du Nord Burkina

Le grand reportage du jour nous emmène au Burkina Faso. Le pays est la proie depuis deux ans environ d’attaques jihadistes à répétition dans le nord et l’est. Ce à quoi il faut ajouter les violences commises par des groupes armés non identifiés, une criminalité qui explose, et des comportements de forces de défense et de sécurité pas toujours en accord avec le droit international. Un conflit qui monte en intensité, et qui a déjà provoqué la fuite de plus de 600 000 personnes. Des déplacés qui sont accueillis dans les villes, sur de petits sites, mais souvent aussi au sein de familles hôtes, elles même déjà démunies. « Le calvaire des déplacés du Nord Burkina », c’est un grand reportage signé Pierre Pinto. ► À lire aussi : Burkina Faso: le patron du HCR, au chevet des déplacés internes à Kaya et Dori

2020-02-20 11:04:49 Lire l'article

Grand reportage - Les Amérindiens perdus sur le chemin de l’École

Nous sommes en Guyane française, au cœur de la forêt amazonienne où vivent environ 10 000 Amérindiens. Depuis plusieurs années, les communautés les plus isolées sont frappées par une épidémie de suicides. Un mal-être qui prend racine dans la difficile rencontre avec la société occidentale. Et l’École pourrait bien être le premier déclencheur de cette détresse. Très tôt, les enfants doivent quitter leurs familles pour aller au collège. Commence alors un véritable parcours du combattant. « Les Amérindiens perdus sur le chemin de l’École », un Grand reportage de Gwenvaël Delanoë et Juliette Roger.

2020-02-07 23:26:50 Lire l'article

Grand reportage - En Irlande du Nord, un Brexit «allégé» au goût amer

L’accord de Boris Johnson qui place la frontière avec l’Union européenne en mer d’Irlande a déchainé la colère des protestants. Loyalistes et unionistes se sentent lâchés par les Britanniques. Les catholiques républicains hostiles au Brexit restent inquiets mais ils voient dans cet accord un prélude à la réunification de l’île. En Irlande du Nord, un Brexit « allégé » au goût amer, un grand reportage de Béatrice Leveillé.

2020-02-12 17:38:45 Lire l'article

Grand reportage - Cuba: la diplomatie médicale sur la défensive

À Cuba, plus de 9 000 médecins ont été rapatriés en 2019. Des médecins en mission à l’étranger et qui représentaient la première entrée de devise dans le pays.Au Brésil d’abord, puis en Équateur et en Bolivie, le rapatriement des médecins cubains apparaient comme une illustration des changements idéologiques à l’oeuvre en Amérique latine. Dans les couloirs de l’École latino-américaine de médecine, l’uniforme est de rigueur et l’espagnol domine, mais il n’est pas rare d’entendre des gens parler en français ou en vietnamien. Julie Kouakou n’imaginait pas, il y a quelques années, porter la blouse blanche dans l’enceinte de cette université. Quand elle a su qu’une bourse était accessible pour étudier la médecine à La Havane, la jeune femme n’a pas hésité à quitter Abidjan et sa famille durant sept ans. En Côte d’Ivoire, « étudier la médecine coûte excessivement cher », explique Julie. Mais comme dans de nombreux pays africains, Cuba offre une bourse chaque année à un étudiant. « C’est une véritable chance pour moi d’avoir été sélectionné », s’étonne encore Julie, qui a toujours rêvé de devenir médecin. L’étudiante, qui a gardé son foulard africain sur la tête, a d’abord, comme les autres non hispanophones, passé une année à apprendre l’espagnol avant de commencer la médecine. « La bourse nous offre l’hébergement, la nourriture, l’école et un peu d’argent à la fin du mois, 100 pesos cubains, soit l’équivalent de 4 dollars, cela n’est pas beaucoup, mais ça me suffit », dit-elle en souriant. Pour les étrangers qui ne bénéficient pas d’une bourse, il faut compter entre 50 000 et 70 000 dollars pour le diplôme de médecine cubain. Mais pour la majorité, ces études sont gratuites, un coût que Cuba peut assumer grâce à ses coopérations médicales à l’étranger. Ces coopérations ont rapporté 6,4 milliards de dollars en 2018, mais elles sont aussi critiquées et mises à mal, car elles ne représentent plus la première entrée de devise dans le pays. Pour ÉLAM (École latino-américaine de médecine), c’est un coup dur. Plus de 9 000 médecins cubains sont rentrés au pays, ces dernières années. Pour autant, cela ne semble pas, pour l’instant, affecter le rêve des étudiants. Tous les ans, 1 000 jeunes intègrent une nouvelle promotion. Une médecine au nom de la solidarité Si la vue sur la mer et les palmiers invitent plus au farniente qu’à l’anatomie, il n’en est rien. Les étudiants viennent de loin pour devenir médecins grâce à l’ÉLAM. Une école que l’on appelle ici « de science et de conscience ». Et le regard vers l’avenir du « comandante » qui s’affiche sur les murs de l’école rappelle ces étudiants à leur devoir. « Des médecins disposés à travailler où l’on a besoin d’eux, dans les coins les plus reculés du monde, où d’autres ne souhaitent pas exercer ». Cela fait partie des quelques phrases du discours d’inauguration en 1998 de Fidel Castro qui sont affichées ici. « À l’ELAM, les étudiants disent qu’ils sont les petites Nations unies », plaisante le professeur d’humanité Josué Gomez, qui aime à rappeler que 29 000 étudiants de plus d’une centaine de pays ont été formés à l’ÉLAM. À l’école, les difficultés matérielles et économiques que rencontre Cuba se ressentent, mais elles ne doivent pas être un frein, disent les professeurs. Pour Josué Gomez, le prix que Cuba paye au quotidien à cause du blocus économique imposé par les États-Unis est difficile à payer, mais « les conditions dans lesquelles les Cubains ont évolué depuis des années et les carences matérielles ne doivent pas être un obstacle pour poursuivre notre solidarité internationale ». Malgré le manque de moyens, de médicaments et les conditions précaires dans lesquelles s’exerce la médecine à Cuba, les étudiants voient aussi ici de nombreuses ressemblances avec leur pays d’origine, où ils exerceront à l’avenir, et l’enseignement de la médecine se fait sur le terrain, avec une pratique dès la première année en hôpital. L’ÉLAM se situe en bord de mer, à quelques kilomètres à l’ouest de La Havane, dans ces imposants et vieillissants bâtiments blanc et bleu, les blouses blanches ont remplacé l’uniforme vert olive, d’il y a 20 ans. Le campus de l’ÉLAM se situe sur l’ancienne base de la marine cubaine, cédée à la médecine internationaliste. Une médecine qui n’est pourtant pas reconnue partout dans le monde. Les étudiants qui sortent de l’ÉLAM doivent parfois faire valider leur diplôme dans leur pays et nombre d’entre eux, après six années d’études gratuites à Cuba, partent se spécialiser aux États-Unis ou au Canada afin d’obtenir une qualification reconnue. Les étudiants viennent à Cuba pour l’image qu’a le pays en matière de santé, beaucoup assurent que la médecine cubaine est la meilleure du monde, mais ils sont aussi conscients qu’il leur faudra travailler plus que les autres pour être reconnus. (Tout comme les médecins cubains en mission à l’étranger à qui il a parfois été demandé de repasser des examens avant d’exercer). Ce manque de reconnaissance, les Cubains n’aiment pas le commenter, mais pour le professeur Josué Gomez, il s’agit surtout « de questions économiques et politiques qui rendent difficile l’insertion des jeunes formés à Cuba, des médecins qui sortent d’ici avec la vocation et la plus grande volonté de transformer la réalité de leur pays ». Ici, on préfère mettre en avant les histoires de ces médecins formés à l’ÉLAM. Comme c’est le cas de ceux, arrivés les premiers au Pakistan après le tremblement de terre de 2005, ceux qui sont restés des mois dans les communautés indigènes d’Amazonie, ou encore ceux qui ont sauvé des vies, il y a dix ans en Haïti après le séisme. Les étudiants prennent rapidement conscience de ces réalités en arrivant à l’ÉLAM et leur formation va en ce sens. Une formation, mais aussi un tremplin idéologique Mais si l’étude de la médecine occupe les journées des étudiants, l’école est aussi une caisse de résonance des idéologies progressistes et humanistes de certains étudiants. Une quarantaine d’entre eux sont issus de l’ex-guérilla des FARC, après la signature à La Havane des accords de paix entre le gouvernement colombien et les FARC, Cuba a ouvert des places supplémentaires aux Colombiens. Ils ont donc quitté les armes pour venir étudier la médecine. C’est le cas d’Antonia Simon. Piercing au nez et aux oreilles, les cheveux attachés derrière une épaisse frange, l’étudiante ex-guérillero de 36 ans explique que l’ÉLAM lui permet de poursuivre son travail politique. « Ici la majorité des étudiants sont issus d’une organisation, d’un parti ou d’un mouvement progressiste ou de gauche dans leur pays. Cuba, pays socialiste, nous permet en tant qu’étudiants en médecine d’avoir une responsabilité et de nous former aussi comme des leaders et représentants politiques de nos organisations respectives dans nos pays ». À La Havane, l’ÉLAM poursuit donc la mission de la coopération médicale à l’étranger. Si des milliers de médecins cubains ont dû rentrer au pays après diverses accusations d’ingérence politique, des milliers d’étudiants sont formés chaque année sous la bannière de la diplomatie médicale cubaine.

2020-01-17 23:24:36 Lire l'article

Grand reportage - Au sud du Mexique, l’autre mur de Trump

Les portes du Mexique sont désormais fermées à ceux qui veulent monter vers le Nord… ainsi la caravane de migrants centraméricains, partie en janvier, dans l’espoir d’atteindre les États-Unis, n’a pas survécu à son arrivée à la frontière entre le Guatemala et le Mexique. Arrestations, expulsions, usage de la force, le message est clair, les temps sont au durcissement derrière lequel beaucoup voient la main des États-Unis. «Au sud du Mexique, l’autre mur de Trump», un Grand reportage d’Alix Hardy.

2020-02-07 00:00:50 Lire l'article

Grand reportage - Ilva: à Tarente, l'impossible choix entre emploi et santé

Dans le sud de l'Italie, l'avenir de la plus grande aciérie d'Europe est menacé par la volonté de désengagement d'ArcelorMittal du site. Un site qui emploie directement 8 200 salariés, mais qui est très critiqué pour la pollution qu'il provoque. Des cheminées qui se détachent sur un ciel noir où volent des colombes blanches. Voilà la représentation de la ville de Tarente par l’artiste local Domenico Campagna. Un ciel noir « comme quand le vent du Nord disperse les poussières nocives pour la santé, un ciel noir parce que notre humeur est noire en ce moment », explique-t-il. Cette installation créée à l’occasion du premier anniversaire de la mort à cause d’une forme rare de cancer d’un adolescent, Giorgio, est la « synthèse de la douleur vécue par les Tarentins », analyse Francesca Di Ponzio du centre culturel CLAM. « Le cancer est partout, et l’une des causes est sans aucun doute l’Ilva qui nous a pourtant procuré tant de bien-être, et apporté le boom économique dans la ville », mais aussi de « la douleur ». Giorgio di Ponzio a succombé à un sarcome des tissus mous à cellule claire. Carla Lucarelli, sa mère, en est convaincue « à 100 %, sa maladie a été provoquée par la dioxine », car elle est « une tumeur sentinelle des zones polluées ». Alors, elle a demandé au Premier ministre Giuseppe Conte la fermeture de l’ex-Ilva. « Quand la production augmentait, la mortalité augmentait » La maladie de Giorgio n’est pas un cas isolé dans la ville. « Les études scientifiques ont montré que dans la zone de Tarente, il y avait un nombre excessif de cas de certaines maladies », explique Annamaria Moschetti, présidente de la commission pour l’environnement de l’Ordre des médecins de Tarente. « Et l’incidence est plus forte sur les habitants des quartiers les plus proches de la zone industrielle. Ce sont des maladies qui ont des origines multifactorielles, mais qui peuvent être reliées à des substances polluantes. » Et d’énumérer : « Il y a, par exemple, un nombre supérieur à la moyenne de tumeurs du poumon, de maladies cardiovasculaires et respiratoires. Il y a aussi une mortalité générale plus importante en lien avec les poussières d’origine industrielle. On a vu que quand la production industrielle augmentait, la mortalité générale augmentait. Quand la production baissait, la mortalité diminuait. » La contamination peut se faire par voie respiratoire, et alimentaire, ou encore à travers la poussière, surtout pour les enfants qui mettent la main à la bouche. Si le rapport Sentieri (à consulter ici, en italien), étude épidémiologique de référence, reste prudent sur le taux de mortalité des enfants et des jeunes, il met en avant un nombre de cas de cancers supérieur à la moyenne. Un seul exemple : entre 2006 et 2013, le nombre de tumeurs de la thyroïde chez les 20-29 ans de Tarente était 70 % plus élevé que dans l’ensemble de la région. Une voie rapide en guise de séparation L’inquiétude porte, en particulier, sur la proximité entre l’usine et la ville. C’est en roulant sur la voie rapide construite en surplomb que l’on s’en rend le mieux compte. D’un côté, le site sidérurgique, l’immense « serre » qui recouvre depuis peu les parcs de minerais, ses cheminées. De l’autre, quelques arbres et le quartier populaire des Tamburi. « De la plus haute des cheminées », visible depuis les Tamburi, « est sorti jusqu’à une quantité de dioxine équivalente à 10 000 incinérateurs », raconte Alessandro Marescotti, président de l’association Peacelink qui dénonce, depuis des années, la pollution industrielle dans cette ville de Pouilles. Sa visite guidée du quartier commence devant une plaque murale. « Il y est inscrit, lit-il : “Les jours de vents de nord-nord-ouest, on est enseveli sous des poussières de minerais et asphyxié par les émanations de gaz provenant de la zone industrielle Ilva. Pour tout ça, nous maudissons ceux qui peuvent faire quelque chose et ne font rien pour y remédier”. » Et de commenter : « Malheureusement, c’est exactement ce qu’il s’est passé. La politique a fait peu, voire parfois rien du tout. » Le(s) gouvernement(s) critiqué(s) de toutes parts Le rôle joué par institutions est contesté de toutes parts à Tarente. Par les syndicats d’un côté et (parfois) pour d’autres motifs, par Alessandro Marescotti. « Le gouvernement fait pression sur ArcelorMittal qui voulait s’en aller pour qu’il continue à produire alors que depuis 2012, l’Ilva produit à perte. Donc : on ne peut même pas dire qu’il y a eu des morts pour faire du profit ! » Mais profit ou pas, l’ex-Ilva qui a aussi une aciérie à Gênes est un poids lourd de l’économie locale. Selon la Svimez, l’Association pour le développement de l’industrie dans le Sud, une fermeture aurait un impact de 0,2 % sur le PIB de l’Italie, 0,7 % sur le PIB du sud de la botte. Le site de Tarente a d’ailleurs été classé : entreprise « d’intérêt stratégique national ». Mais, Alessandro Marescotti ironise : « Si c’était le cas, elle n’aurait pas été donnée à une multinationale étrangère. » « Si l’Ilva ferme, c’est Tarente qui ferme » Mais, la fermeture n’est pas nécessairement souhaitée par les voisins directs de l’immense étendue industrielle. Lucia Gallo travaille dans une petite boutique d’olives et d’huile, et vit depuis toujours aux Tamburi. La jeune femme se plaint de « l’air parfois irrespirable » et de la « poussière sur les balcons ». Fermer l’Ilva « cela rendrait service à tout le monde », avance-t-elle, avant de nuancer : « mais, les gens qui y travaillent où iraient-ils ? Mon père y a travaillé pendant des années, j’ai des amis, de la famille, s’ils sont licenciés : ils font quoi ? » Un homme intervient : « Ici, on est des morts vivants. » Direction le cimetière, limitrophe de l’usine, lui aussi. Signe de la colère locale, le nom de l’Ilva a été tagué sur un panneau de signalisation indiquant le chemin à prendre. Le fleuriste, Domenico Fumato, peste lui aussi contre « l’Italsider », l’ancien nom de l’Ilva, mais il a grandi dans ce quartier et « ne le quittera jamais ». Il espère une mise aux normes du site, mais pas sa fermeture. « Sinon, c’est Tarente qui ferme ». De fait, selon la Svimez, pour la période 2019-2024, près de 42 000 emplois directs et indirects sont en jeu dans l’ensemble des Pouilles, une région où le chômage dépasse les 16 % (donnée Eurostat 2018). Décrets « Salva Ilva » L’emploi est déjà menacé par les vicissitudes de l’aciérie. En 2012, le secteur à chaud - dont les hauts-fourneaux font partie - est saisi à titre conservatoire par la justice. S’ensuivent de multiples décrets dits « Salva Ilva » pour permettre la poursuite de l’activité. En 2013, l’usine est placée en « administration spéciale » par l’État. Quelques années plus tard, un accord est signé avec Arcelor Mittal qui reprend le site, mais pas tous ses employés, plus de 1 600 passent par la case « chômage technique ». Depuis, la Cour européenne des droits de l’homme a considéré que l’État avait violé la loi. Ce n’est pas la fin des rebondissements. En novembre 2019, le « bouclier pénal », (une protection juridique relative à des cas de pollution) auquel s’opposait le Mouvement 5 étoiles a été retiré. C’est alors qu’ArcelorMittal a décidé de rompre le contrat et a plongé 8 200 salariés directs et des milliers de travailleurs d’entreprises gravitant autour de l’aciérie dans l’incertitude. Fin janvier 2020, le gouvernement italien et le groupe franco-indien n’avaient pas encore conclu leurs négociations, alors qu’une action en justice est en cours. Mais, au cours de ces trois derniers mois, l’industriel qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, a évoqué l’éventualité de supprimer des milliers postes. Les salariés sont diversement inquiets. « Soit on perd le travail, soit la vie, donc ça ne change rien ! », lance l’un d’eux résigné. Toujours à la sortie de l’établissement, Giovanni Panariti se montre plus confiant quant à son avenir. Son souhait : faire coïncider travail et environnement. Sans plus se dévoiler, il dit savoir « ce que ce mal maudit signifie. Alors, s’il est surtout lié à l’usine, il est normal de faire quelque chose pour réduire » les risques. Un de ses collègues, Daniele D’Amicis assure, lui, que des « améliorations ont déjà été apportées au cours des 20 ans », qu’il a passés dans l’usine. Les parcs à minerais sont d’ailleurs en train d’être couverts pour éviter que les poussières ne se dispersent sur les quartiers avoisinants, surtout les jours de vent. Une mesure jugée « insuffisante » par Alessandro Marescotti. « Le gouvernement a fourni un alibi » En attendant, alors que l’avenir du site est sur la sellette, les syndicats regrettent de ne pas être davantage inclus dans les négociations. Biagio Prisciano, secrétaire général adjoint de la section locale de la FIM-CISL, s’inquiète d’autant plus qu’à ses yeux, le plan du géant de l’acier « ne propose que des suppressions de postes et vise simplement à fermer l’usine ». Or, il considère qu’il n’y a pas de plan B pour replacer tous les travailleurs. En revanche, « il est clair que nous voulons un site qui respecte l’environnement et la santé ». Plus critique encore l’approche de Francesco Rizzo ouvrier de l’Ilva et coordinateur départemental du syndicat USB. Il appelle le gouvernement à tourner la page ArcelorMittal. Et de déclarer : « Je n’attendais pas la fermeture immédiate de l’usine, parce que cela aurait été une saignée en termes d’emplois. Mais j’aurais espéré que d’un côté, aurait été établi un plan définissant les délais et la modalité de mise à l’arrêt des installations polluantes, et de l’autre un planning d’interventions que le gouvernement ferait sur le territoire pour stimuler l’économie et permettre de replacer les personnes qui, petit à petit, seraient sorties de l’usine. » Des investissements, c’est aussi ce que réclame le président de la province de Tarente, Giovanni Gugliotti qui veut croire en la possibilité de faire un acier « vert » dans la ville des deux mers. Mais, il préfère rester prudent, si l’Ilva doit polluer « il est clair qu’il faut la fermer », estime-t-il. Il voudrait surtout que le gouvernement associe davantage les entités locales. Un plan d’assainissement en cours Pour l’instant, l’aciérie continue de cracher ses vapeurs et fumées. Néanmoins, un plan d’assainissement a déjà été mis en place. La commissaire spéciale pour l’assainissement de Tarente, Vera Corbelli a même élargi la zone bien au-delà des limites fixées au début de sa mission. Des interventions sont en cours, ou prévues avec des opérations « d’enlèvement » et de « recomposition » de parties superficielles du sol, des actions sur des nappes phréatiques, ou encore sur la « petite mer », la mer intérieure qui fait la spécificité de Tarente. Dans cet écosystème où l’on trouve, entre autres, des colonies d’hippocampes, le commissariat ne mène pas des interventions invasives, « on agit uniquement sur les zones où le risque est plus important », explique-t-elle encore. Mais, quelle est la part de la pollution provoquée par l’ex-Ilva ? Difficile à dire selon Vera Corbelli, « car il y a aussi l’Eni (une raffinerie, Ndlr) et d’autres structures. Tout le système industriel doit représenter 30-40 % des cas d’atteinte à l’environnement à Tarente. »   « Ilva : à Tarente, l’impossible choix entre emploi et santé ». Un Grand Reportage de Pauline Gleize. Réalisation  : Pierre Chaffanjon.

2020-02-03 21:25:50 Lire l'article

Grand reportage - Raqqa, les fantômes de Daech

Selon les autorités locales, il faudrait près d’un milliard de dollars pour reconstruire ce qui fut un temps la capitale de l’organisation État islamique. Une aide qui peine à arriver tant la situation demeure instable dans la région. Les forces américaines qui avaient rasé Raqqa pour en chasser les jihadistes en 2017 ont définitivement quitté la ville au mois d’octobre. Deux ans et demi après la fin de la bataille de Raqqa, un bâtiment sur deux est toujours à terre.« Raqqa, les fantômes de Daech », c’est un grand reportage de Noé Pignède. Réalisation Pierre Chaffanjon.

2020-02-11 18:30:38 Lire l'article

Grand reportage - Se reconstruire après le cancer du sein (rediffusion)

Tout au long du mois d'octobre, une grande campagne de communication « Octobre rose » est lancée en France pour sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein. Pendant la maladie, elles sont accompagnées, très entourées par le milieu médical. Mais une fois les traitements terminés, elles se retrouvent souvent seules. À Amiens, dans le nord de la France, une structure privée, le centre S’time, s’est spécialisé dans l’après cancer. « Se reconstruire après le cancer du sein », un grand Reportage de Lise Verbeke. (Rediffusion du 29 octobre 2019)

2020-02-19 10:32:24 Lire l'article

Grand reportage - Royaume-Uni, Europe: je t’aime moi non plus depuis si longtemps

C'est l'histoire d'un mariage tumultueux qui s'achève dans un divorce dont les termes restent à négocier. C'est donc le Brexit, le Royaume-Uni quitte l'Union européenne. L'histoire en retiendra ces années de malentendus, de crises et de lunes de miel. Retour sur 70 ans de relations conflictuelles entre Londres et Bruxelles. « Royaume-Uni, Europe : je t’aime moi non plus depuis si longtemps », c’est un Grand reportage signé Frédérique Lebel. (Rediffusion du 23 avril 2019).

2020-01-30 23:36:02 Lire l'article

Grand reportage - Campagnes françaises: objectif repeuplement

Dans le Grand Reportage aujourd’hui, retournons dans les campagnes françaises. Dans un premier épisode (diffusé en février 2019), nous racontions la désertification qui s’y opère… dans les villages, dans les centres-villes des petites bourgades.  Aujourd’hui (24 janvier 2020), deuxième épisode sur les tentatives de repeuplement des campagnes. Certaines communes, certains collectifs d’habitants ont décidé de faire face à l’exode rural et d’attirer de nouveaux visages… À Parlan, en Auvergne, la municipalité cède gratuitement des terrains aux nouveaux arrivants. Dans le Perche, au sud de Paris, une petite équipe d’habitants s’évertue à marketter leur village et à remplir les maisons vides. Et dans la Drôme, à Crest, un réseau de collectifs et d’associations tente de revitaliser le centre-ville en réouvrant des commerces. Campagnes françaises : objectif repeuplement. Un reportage d’Alexis Bédu.

2020-01-23 21:42:04 Lire l'article

Grand reportage - Campagnes françaises: attention désert!

Le magazine de la rédaction vous emmène aujourd’hui, et pour deux jours à la campagne.Dans ces communes rurales souvent isolées, rongées par la dévitalisation de leur centre ville, les «Gilets jaunes» l’ont répété sur les ronds points, ce sentiment d’abandon. Que ce soit dans le centre-ville d'Issoudun, sous-préfecture, qui peine à retrouver son dynamisme, dans le village de Paudy où le dernier commerce peut baisser le rideau d'un jour à l'autre, ou dans la petite ville du Blanc où la maternité a récemment fermé, malgré une lutte acharnée des habitants pour la sauvegarder. Campagnes françaises: attention désert ! C’est un Grand reportage d’Alexis Bedu. (Rediffusion du 28 février 2019).

2020-01-22 22:08:04 Lire l'article

Grand reportage - Haïti: après l’opération pays lock, voyage à travers des provinces en crise

Notre Grand reportage nous emmène aujourd’hui en Haïti. Le pays est plongé dans une grave crise politique. Depuis plus d’un an, l’opposition réclame la démission du président, accusé par la Cour supérieure des comptes d’être personnellement impliqué dans des affaires de corruption. Jovenel Moïse, lui, affirme vouloir terminer son mandat. Entre septembre et décembre 2019, ce bras-de-fer politique a débouché sur un mouvement de contestation sans précédent : « pays lock », pays « bloqué » en créole. Pour accroître la pression sur le chef de l’État, l’opposition a appelé la population à rester chez elle. La plupart des écoles sont restées fermées. Pendant trois mois, barricades et violences ont empêché la libre circulation des personnes et des biens à travers l’ensemble du pays, coupant ainsi les provinces de la capitale. Une nouvelle forme de protestation pour les Haïtiens désabusés de leur classe politique corrompue, mais qui a eu de graves conséquences sur de nombreux secteurs de la société haïtienne déjà aux abois. À la faveur d’une accalmie, nos envoyés spéciaux ont pu quitter Port-au-Prince en direction des provinces du Nord. « Haïti : après l’opération pays lock, voyage à travers des provinces en crise », c’est un Grand reportage de Stefanie Schüler, Bertrand Haeckler et Marc Kingtoph Casimir.

2020-02-04 22:21:56 Lire l'article

Grand reportage - Maracaibo, la ville de tous les maux du Venezuela

Au Venezuela, l’ancien paradis du pétrole, Maracaibo, est devenu le symbole de la descente aux enfers du pays. Cette ville, la deuxième du Venezuela, était la plus prospère et la plus moderne quand le pétrole coulait à flots. Mais avec la crise économique, elle est frappée de plein fouet par le marasme économique, les coupures d’électricité, les pénuries d’eau et d’essence. C’est une ville à la dérive où les habitants sombrent dans la misère. Maracaibo, la ville de tous les maux du Venezuela. C’est un Grand reportage signé Benjamin Delille.

2020-01-28 20:21:28 Lire l'article

Grand reportage - Les arabicas éthiopiens à la conquête du monde

Grand reportage en Éthiopie. RFI vous emmène sur les lieux où est né le café. Les forêts d'altitude du sud-ouest du pays recèlent probablement des centaines de variétés d'arabica encore inconnues. C'est de là que le café a été transporté au Yémen, d'où il s'est diffusé depuis le XVIème siècle, pour connaître aujourd'hui le succès que l'on sait. Depuis plus d'un siècle, le petit grain constitue la principale ressource commerciale de l’Éthiopie. En 2019, il représentait encore un tiers des revenus d'exportation. La culture du café fait également vivre 5,3 millions de paysans dans de très petites exploitations de moins de 1 hectare en majorité. Par ricochet, autour d'un quart de la population en dépend directement ou indirectement. Entre un État qui cherche à obtenir des dollars, donc à produire et exporter davantage, et des petits paysans qui cherchent à obtenir un prix plus juste, le café d’Éthiopie doit se réinventer, notamment en misant sur la qualité et son atout principal : être le seul endroit au monde où la plante pousse à l'état sauvage. «Les arabicas éthiopiens à la conquête du monde», un Grand reportage de Vincent Dublange, mis en ondes par Pierre Chaffanjon.

2020-02-05 21:18:37 Lire l'article

Grand reportage - Le Liban entre incertitude politique et naufrage économique

Le Liban, un pays agité depuis plus de 3 mois par un mouvement de contestation de la classe politique. Un nouveau gouvernement a pris ses fonctions fin-janvier 2020. Déjà critiqué, il doit affronter une crise économique sans précédent. « Le Liban entre incertitude politique et naufrage économique », un Grand Reportage de Nicolas Falez et Julien Boileau.

2020-01-31 22:47:45 Lire l'article