Grand reportage - Brésil: le funk des favelas criminalisé

Au Brésil, après la samba et la capoeira, le funk est désormais vu comme une activité criminelle par les forces de l’ordre au Brésil. Sans doute parce que les protagonistes de ce style de musique et de cette culture sont noirs, jeunes, et originaires de favelas. C’est dans ces quartiers pauvres qu’ont lieu les «baile funk», de grandes fêtes à ciel ouvert où les habitants se rendent au péril de leur vie. «Brésil: le funk des favelas criminalisé». Un Grand reportage de Sarah Cozzolino, réalisé par Pierre Chaffanjon. (Rediffusion du 30 janvier 2020)

2020-07-22 13:23:14 Lire l'article

Grand reportage - Comment se souvenir de l’esclavage ?

Au moment où des statues liées à l’esclavage et la colonisation sont déboulonnées à travers le monde, en écho à la mort de George Floyd aux États-Unis, la ville de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France a décidé d’expliquer. Début juin 2020, cinq nouvelles plaques de rues ont été accrochées. Elles précisent le passé de négrier des personnalités locales honorées. Une initiative qui fait débat. Des associations estiment qu’elle ne va pas assez loin. Des chercheurs la jugent inutile, voire anachronique. RFI s’est rendu à Bordeaux pour mieux comprendre les termes de ce débat, dans une ville qui ne fait face à son passé esclavagiste que depuis 20 ans.  Comment se souvenir de l’esclavage ? Une question toujours d'actualité à Bordeaux, un Grand Reportage de Marie Casadebaig.Réalisation : Ewa Piedel.   DIAPORAMA Photos @ RFI/Pierre René-Worms

2020-07-06 12:55:51 Lire l'article

Grand reportage - De la terre, des jeunes et de la passion: comment l’Italie du Sud lutte contre l’exode rural

Le sud de l’Italie a déjà perdu deux millions d’habitants en moins de 20 ans, et la crise du coronavirus risque d’intensifier l’exode des jeunes. Mais, certains font le pari du retour à la terre, sur fond de développement touristique et d’agriculture durable. Juliette Gheerbrant est allée à leur rencontre. "De la terre, des jeunes et de la passion : comment l’Italie du Sud lutte contre l’exode rural", un reportage de Juliette Gheerbrant, réalisation : Pierre Chaffanjon. DIAPORAMADans la région des Pouilles, très prisée des touristes, les villages dépeuplés s’animent surtout l’été. Mais, de nombreux projets agricoles voient le jour pour tenter de sauver les territoires à l’abandon.

2020-06-24 17:18:59 Lire l'article

Grand reportage - L'Argentine aux portes de la légalisation de l'IVG

Ce devait être la grande conquête sociale du nouveau gouvernement argentin : la légalisation de l’IVG, l’Interruption volontaire de grossesse. Deux ans après une mobilisation historique en faveur du droit à l’avortement, le nouveau président Alberto Fernández avait promis de déposer un projet de loi allant dans ce sens. C’était au mois de mars 2020. Mais, la pandémie de coronavirus a fait passer au second plan les débats sur ce sujet qui divise si profondément la société argentine.

2020-07-14 12:34:35 Lire l'article

Grand reportage - La vaquita marina, le plus petit marsouin du monde en voie d’extinction

Le magazine de la rédaction nous emmène aujourd’hui au Mexique, dans la mer de Cortés. Dans ce golfe marin, des activistes livrent un difficile combat pour sauver la vaquita marina, un petit cousin du dauphin menacé d’extinction. Mais, derrière le sort tragique de ce petit animal, il y a l’histoire d’une communauté de pêcheurs qui a tout perdu alors qu’ils avaient tout pour vivre heureux. Ce qui s’est passé dans ce golfe de Californie, c’est une parabole de tous les problèmes du Mexique d’aujourd’hui.La vaquita marina, le plus petit marsouin du monde, au bord de l'extinction, un Grand reportage d’Alix Hardy.

2020-07-02 13:29:46 Lire l'article

Grand reportage - Cambodge, une vie à crédit(s)

Au Cambodge, l’urgence économique a depuis longtemps pris le pas sur l’urgence sanitaire suscitée par le Covid-19. Alors que de nombreux pays continuent de se débattre avec la gestion de la pandémie, le royaume du Sud-Est asiatique affiche des chiffres enviables. Officiellement, seuls 141 cas ont été diagnostiqués depuis le début de la pandémie et aucun décès n’est à déplorer. Moins enviables en revanche, les dernières estimations de la Banque Asiatique de Développement qui prévoit une récession économique de 5,5% pour 2020 au Cambodge. Une situation sans précédent, alors que le pays sorti de la guerre civile en 1998 enregistre une croissance moyenne de 7,7% depuis 20 ans. Au Cambodge, le secteur de la microfinance a suivi la trajectoire de cette croissance exponentielle. Au point qu’aujourd’hui, un Cambodgien sur huit a une dette auprès d’une institution de microfinance. À cause du coronavirus, des dizaines de milliers de personnes sont privées d'activité et certains se demandent désormais comment payer leur loyer ou leur repas. L’inquiétude monte, car dans ce contexte, comment rembourser la dette qu’ils ont contractée ?  "Cambodge, une vie à crédit(s)", un Grand reportage de Juliette Buchez.

2020-07-09 12:15:05 Lire l'article

Grand reportage - Récit sonore de la crise du Covid en France, partie 2: déconfinement et polémiques

Une vie enfermée qui restera dans les mémoires. Second volet de notre récit sonore de la crise du Covid en France (d'avril à juillet 2020). Le confinement et ses conséquences inattendues, la lutte acharnée menée par les soignants, les vifs débats sur les tests et les masques, le désastre économique qui s’annonce. Avec les reportages de l’ensemble de la rédaction de RFI, revivez ces moments historiques. Récit sonore de la crise du Covid en France, partie 2: déconfinement et polémiques, un Grand reportage de Bruno Faure. Diaporama 

2020-07-08 08:40:31 Lire l'article

Grand reportage - Pays-Bas: quelle reprise pour le marché des fleurs ?

Les images ont fait le tour du monde en mars 2020. Des millions de fleurs détruites dans le plus grand marché aux enchères de fleurs, celui d'Aalsmeer, près d'Amsterdam. Les Pays-Bas, plaque tournante mondiale de la floriculture a subi de plein fouet le choc économique créé par la pandémie de coronavirus. Avions cloués au sol, demande mondiale en berne, la profession a dû faire appel au gouvernement pour éviter l'effondrement. L'État a déployé un plan massif d'aide pour l'un des premiers secteurs agricoles du pays. Mais ce qu'attendent avant tout les producteurs et les distributeurs, c'est une reprise des échanges. Pays-Bas: quelle reprise pour le marché des fleurs ? C'est un Grand reportage signé Aabla Jounaïdi.

2020-06-22 13:42:17 Lire l'article

Grand reportage - Italie: les agriculteurs face à la pénurie de main-d’œuvre

L’épidémie de Covid-19 a déstabilisé l’économie. Pour les agriculteurs, l’impact a été varié en fonction de leur production et de leurs débouchés. Les maraîchers ont globalement continué à vendre mais dans certains pays, la main-d’œuvre s’est faite rare. De nombreux ouvriers agricoles sont rentrés dans leur pays à cause de l’épidémie ont été empêchés de revenir à la fin de la saison creuse par la fermeture des frontières. En Italie, au plus fort de la crise, il était estimé qu’il pourrait manquer jusqu’à 250 000 saisonniers. Italie : les agriculteurs face à la pénurie de main-d’œuvre, un Grand Reportage de Pauline Gleize, réalisation : Pauline Leduc. Réalisé avec le soutien  de la Direction générale Agriculture et développement rural de la Commission européenne. Diaporama

2020-06-30 21:55:41 Lire l'article

Grand reportage - Le coronavirus recule, les difficultés restent: une journée dans un Ehpad

Les Ehpads, établissements d’hébergement pour personnes âgées et dépendantes, en clair, les maisons de retraite, ont été au cœur de la crise du coronavirus… Plus de 34 000 cas confirmés en France, et plus de 14 000 décès, selon le dernier bilan du 18 juin 2020. Les mesures drastiques mises en place pendant le confinement ont lourdement dégradé les conditions de vie des résidents, et les conditions de travail du personnel. Ces dispositifs sont en train d’être progressivement levés, et les autorités ont maintes fois salué le dévouement des soignants… mais est-ce suffisant ? Grand reportage vous emmène aujourd’hui dans un Ehpad de Monestier-de-Clermont, petite ville du département de l’Isère, dans le sud-est de la France : « Le coronavirus recule, les difficultés restent : une journée dans un Ehpad »…Grand reportage tout sonore, en immersion, signé David Baché.

2020-06-26 12:31:15 Lire l'article

Grand reportage - Le tourbillon du Covid-19 en Alsace: trois soignants de proximité racontent

Pour les professionnels de santé en France, le pire de la crise sanitaire est passé, mais ils affrontent désormais les souvenirs et l’empreinte physique et psychologique que la gestion de l’épidémie a laissés en eux. En Alsace, l’une des régions les plus touchées par le coronavirus, deux infirmières et un médecin généraliste de la Maison de Santé Pluriprofessionnelle du village de Bartenheim, au sud de Mulhouse, se sont confiés au micro de notre reporter Lucile Gimberg.Avec leurs collègues, ils ont traité un total de 800 patients Covid.Ils racontent aujourd’hui comment ils ont traversé ces mois de travail sans relâche, dans un contexte d’angoisse, de tension et de mort.Voici leurs témoignages. «Le tourbillon du Covid-19 en Alsace: trois soignants de proximité racontent», un Grand reportage de Lucile Gimberg, réalisation : Pierre Chaffanjon.

2020-07-15 13:35:20 Lire l'article

Grand reportage - Une semaine de colère noire à Minneapolis

C’était il y a un mois, jour pour jour, le 25 mai 2020, un Noir américain, George Floyd mourait étouffé sous le genou de Derek Chauvin, un policier blanc à Minneapolis. Retour sur les événements et les premiers jours qui ont suivi.  George Floyd avait été accusé par l'employé d'une supérette de quartier d’avoir payé ses cigarettes avec un faux billet de 20 dollars. Ses derniers mots :« I Can’t breathe »  « je ne peux pas respirer ». Les images de son calvaire filmé par des passants et vues des dizaines millions de fois ont immédiatement horrifié l’Amérique, déclenchant des protestations d’une intensité inédite depuis le mouvement des droits civiques aux États-Unis dans les années 60. Manifestations parfois violentes à Minneapolis d’abord, et rapidement dans tous le pays et le reste du monde pour demander la fin des violences policières contre les Noirs. Un mois après, le mouvement est loin d’être terminé.

2020-06-25 13:18:43 Lire l'article

Grand reportage - Sénégal: la communauté LGBTI condamnée au silence

Au Sénégal, l’homosexualité est un délit. Les « actes contre nature » tels que mentionnés dans le Code pénal sont passibles de cinq ans d’emprisonnement. La société sénégalaise, dans son immense majorité, rejette celles et ceux qui font partie de la communauté LGBTI, les condamnant au silence et à une grande précarité. Reportage. L’indifférence ou les menaces de mort. C’est le quotidien d'Ibrahima au sein de sa famille. Le jeune homme, 28 ans, habite à Rufisque, non loin de la capitale, Dakar. Ibrahima est né et a grandi ici. Il y a une dizaine d’années, à la fin de son adolescence, l’étudiant découvre son orientation sexuelle. Premières expériences, premières rencontres loin des regards, et surtout loin de son foyer. Jusqu’à ce rapport non protégé. Après avoir réalisé des analyses dans un hôpital de la région, Ibrahima découvre qu’il est porteur du VIH. Il s’en ouvre à son frère : « J’étais alors très proche de lui. Je lui faisais confiance. Mais il en a parlé à ma mère. C’est là que tout a commencé. »,se souvient-il. Pour sa mère, cela ne fait aucun doute : son fils a attrapé « la maladie des homosexuels. C’est le terme qu’elle a employé. Elle m’a dit : tu es le seul responsable de tes actes. [...] Je préfère voir un homosexuel mort plutôt que dans ma famille, raconte Ibrahima, pressant entre ses mains un cahier d’écolier, dans lequel il a écrit cet épisode, « pour me soulager »,explique-t-il. Sans moyens et sans perspectives, Ibrahima est contraint depuis trois ans de vivre chez ceux qui l’ont rejeté. Les traitements antirétroviraux sont donnés gratuitement par l’État aux quelque 42 000 porteurs du SIDA. Mais, les économies du jeune homme passent dans les analyses sanguines périodiques, l’équivalent d’une centaine d’euros plusieurs fois par an. D’autres ont pu choisir le silence et la discrétion. Samir vit à Thiès à l’est du Sénégal. Lui a toujours caché son identité auprès de ses proches. Une question de survie. « S’ils apprenaient, ce serait impossible, imagine cet étudiant. Je serais frappé, bastonné et persécuté. Je dois me cacher, et je continuerai à le faire même si c’est insupportable. Je ne peux plus rien partager de vrai avec mon propre père »,regrette-t-il. Militantisme souterrain Discrétion et silence sont maintenant une obligation pour les militants LGBTI qui ne militent plus vraiment, parfois exilés, parfois réduisant leurs activités à de simples actions de prévention auprès des « populations clés » - le terme accepté par l’État pour évoquer les homosexuels, notamment dans la lutte contre le SIDA. Le temps des coups d’éclat, ou encore l’époque où la société civile plaidait pour l’égalité semblent révolus. Accusées de faire la promotion de l’homosexualité par les anti-LGBT, des associations traditionalistes comme l’ONG Jamra et son président, Mame Mactar Guèye, la plupart des associations ciblant les populations clés n’ont pas souhaité s’exprimer. La seule parole qui s’exprime dans les médias locaux est celle qui appelle au rejet des minorités sexuelles. Comment expliquer ce silence ? Djamil Bangoura, président de l’association Prudence Plus, est l'un de ceux qui prend encore la parole. Il a dû s’exiler à de nombreuses reprises pour fuir les persécutions. « La tolérance s’arrête où l’homosexualité commence. Je ne sais pas si je verrai un jour une tolérance pour les homosexuels. C’est un rêve pour moi.», dit-il ému au téléphone. « L’État n’est pas le principal problème. Le principal problème, c’est la société civile qui nous a abandonnés. On ne peut conscientiser personne. C’est pour cela que les Sénégalais continuent de rejeter l’homosexualité. »,assure-t-il. Une société « pas encore prête » Être homosexuel, c’est s’exposer à se faire traiter de goordjiguen, mot signifiant littéralement « homme-femme » en wolof, la langue la plus parlée dans le pays. « Je me souviens d’un épisode : un de mes amis devait être enterré à Thiès. Des habitants, accompagnés par l’imam ont décidé de le déterrer 3 fois. Tout ça parce qu’il était supposé homosexuel », évoque Djamil Bangoura. Les autorités sont en tout cas déterminées à continuer de pénaliser l’homosexualité. Pour le ministre de la Justice Malick Sall, « La société sénégalaise ne se prête pas à une telle légalisation. Il n’en est pas question ! On ne gouverne pas contre son peuple ».Le Sénégal a de nombreuses fois été enjoint par le comité des droits de l’homme des Nations unies à supprimer l'article 319 du Code pénal, qui prévoit 5 ans de prison pour les actes « contre-nature ». Dans son dernier rapport, le comité a même incité le pays à « prendre des mesures concrètes et urgentes pour s'attaquer à la campagne actuelle de haine contre les personnes du fait de leur orientation sexuelle ». Sans action des autorités, le silence contraint des militants et de la communauté risque bien de perdurer. ►Afin de protéger leur identité, tous les prénoms des témoins ont été modifiés, avec leur accord.

2020-06-30 00:16:53 Lire l'article

Grand reportage - Maracaibo, la ville de tous les maux du Venezuela

Au Venezuela, l’ancien paradis du pétrole, Maracaibo, est devenu le symbole de la descente aux enfers du pays. Cette ville, la deuxième du Venezuela, était la plus prospère et la plus moderne quand le pétrole coulait à flots. Mais avec la crise économique, elle est frappée de plein fouet par le marasme économique, les coupures d’électricité, les pénuries d’eau et d’essence. C’est une ville à la dérive où les habitants sombrent dans la misère. Maracaibo, la ville de tous les maux du Venezuela. C’est un Grand reportage signé Benjamin Delille. (Rediffusion du 29/01/2020).

2020-07-28 13:33:46 Lire l'article

Grand reportage - L’insertion par le travail dans les Hauts-de-France

C’est la région de France métropolitaine où le taux de chômage est le plus élevé : les Hauts-de-France. 10,5% de la population est sans emploi, plus de 2 points de plus qu’au niveau national (environ 8%). Mais, la région est aussi celle où le nombre de demandeurs d’emplois a le plus baissé en 2019. Une baisse record depuis la crise financière de 2008. Et ce, grâce notamment à des entreprises ou associations axées sur les personnes éloignées de l’emploi. «L'insertion par le travail dans les Hauts-de-France», un Grand Reportage de Lise Verbeke. (Rediffusion du 7 avril 2020).

2020-07-20 13:29:27 Lire l'article

Grand reportage - Lesotho, pionner africain du cannabis

Grand reportage vous emmène aujourd’hui dans l’un des plus petits royaumes d’Afrique, le Lesotho, territoire montagneux enclavé dans l’Afrique du Sud, qui est devenu en 2017, le premier pays africain à légaliser la culture du cannabis médicinal. Le cannabis, c’est presque une tradition. Depuis des siècles, le peuple Sotho fait pousser la marijuana, que l’on appelle localement la « matékoané » en langue Sotho. Le gouvernement en a fait l’un de ses axes de développement. Le Lesotho, pionner africain du cannabis, un Grand reportage de Noé Hochet-Bodin. (Rediffusion du 9 septembre 2019)

2020-07-23 13:40:44 Lire l'article

Grand reportage - Raqqa, les fantômes de Daech (Rediffusion)

Selon les autorités locales, il faudrait près d’un milliard de dollars pour reconstruire ce qui fut, un temps, la capitale de l’organisation État islamique. Une aide qui peine à arriver tant la situation demeure instable dans la région. Les forces américaines qui avaient rasé Raqqa pour en chasser les jihadistes en 2017 ont définitivement quitté la ville au mois d’octobre 2019. Deux ans et demi après la fin de la bataille de Raqqa, un bâtiment sur deux est toujours à terre. « Raqqa, les fantômes de Daech », c’est un Grand reportage de Noé Pignède.Réalisation : Pierre Chaffanjon. Rediffusion du 12 février 2020

2020-07-27 14:57:42 Lire l'article

Grand reportage - En RCA, lutter contre la rougeole

Alors que le monde entier est focalisé sur l'épidémie de coronavirus, la Centrafrique doit aussi faire face à une autre crise, celle de la rougeole. Une épidémie déclarée comme nationale, le 24 janvier 2020, par le ministre de la Santé. La riposte vaccinale a commencé. 10 des 35 districts ont été vaccinés. Et la prise en charge des nouvelles contagions se poursuit notamment dans la région de Bossangoa qui est l'une des plus touchées. En RCA, lutter contre la rougeole, un Grand reportage de Charlotte Cosset.

2020-07-16 13:57:22 Lire l'article

Grand reportage - Anosmiques de naissance ou par accident, pour une durée limitée ou toute la vie

C’est une pathologie peu connue qui fait désormais les grands titres des journaux : l’anosmie décrit l’absence d’odorat et fait désormais partie des symptômes fréquents du coronavirus. 85% des malades européens perdent ainsi la faculté de sentir, et découvrent souvent du même coup que l’odorat est un sens qui peut se perdre, que sa disparition s’accompagne d’une quasi absence de goût déconcertante. Méconnu, cet handicap sensoriel est pourtant plus fréquent qu’on ne le croit, les scientifiques estiment ainsi qu’entre 5% et 10% de la population aurait un odorat défaillant, un chiffre en augmentation avec le vieillissement de la population. Ne pas sentir l’odeur de son conjoint, ne pas savoir si un vêtement est propre ou pas, ignorer si l’on doit changer un bébé... Vivre sans odeur comporte bien plus d’entraves que l’on imagine à première vue et ces difficultés du quotidien peuvent devenir une véritable souffrance quand elles s’installent avec le temps et quand l’anosmie devient irrémédiable. Mal vécu, cet handicap l’est alors d’autant plus qu’il est méconnu et complexe. Mais pour comprendre ses origines diverses, il faut d’abord rappeler le cheminement d’une odeur : lorsque vous rentrez chez vous et découvrez en un instant, la clef à peine mise dans la serrure, que quelqu’un s’affaire en cuisine, c’est le fruit d’un enchaînement de transmissions : vous inspirez et des molécules odoriférantes présentes dans l’air pénètrent dans le nez et remontent en haut des fosses nasales. Elles entrent alors dans la muqueuse olfactive qui transforme la molécule en influx nerveux transmis au bulbe olfactif, partie du cerveau qui envoie un signal électrique au cortex orbitofrontal chargé de faire correspondre le signal reçu à cette odeur bien connue de soupe, de plat en sauce ou de gâteau qui cuit. Ce mécanisme instantané est à l’origine d’un des premiers sens développés chez le fœtus, avant même la vue et l’ouïe, et il permet, quand tout fonctionne bien de pouvoir sentir jusqu’à 10 000 odeurs. Mais sur cette route jusqu’au cerveau, une odeur peut connaître des mésaventures à plusieurs étapes. Elle peut d’abord être bloquée au niveau des fentes nasales, par un rhume, une rhinite, la présence de polype (une tumeur bénigne des muqueuses), ou bien parce que le nez ne laisse pas passer les molécules (suite à un coup, une chirurgie de la cloison nasale, une morphologie du nez). À l’étape suivante, quand l’odeur arrive au bout des fosses nasales, elle peut ne pas atteindre le cerveau, car les cellules de la muqueuse olfactive sont abîmées, par exemple à cause de solvants comme l’acétone, de produits chimiques volatils respirés trop fort, ou bien d’un virus. L’animal est capable de remplacer des cellules endommagées en en produisant des nouvelles, d’après le neurophysiologiste de l’odorat Didier Trotier, la recherche n’a pas encore déterminé si l’espèce humaine pouvait faire de même. Si une odeur a pu se hisser en haut des fentes nasales, entrer en contact avec les cellules de la muqueuse olfactive, il arrive qu’elle ne puisse pas aller plus loin vers le cerveau, car le bulbe olfactif n’existe pas (1 homme sur 10 000 et 1 femme sur 50 000 naissent sans) ou bien parce qu'il a été endommagé par une chute. Lors de traumatismes crâniens, les filaments qui relient le bulbe et la muqueuse peuvent en effet être sectionnés. L’anosmie arrive parfois seule, elle peut aussi être parfois le syndrome de maux plus graves comme une tumeur cérébrale, d’un traumatisme psychologique ou d’une démence, ou encore de la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. À ce propos, le professeur Tran Ba Huy, ORL responsable du service de l’Hôpital Lariboisière, dit se sentir pris par des dilemmes éthiques : « C’est toujours délicat d’expliquer à des patients qu’ils seront peut-être atteints d’Alzheimer dans environ six ans. » Depuis l’arrivée du Covid-19, l’anosmie et l’absence de goût qui l’accompagne presque toujours est devenue un des symptômes les plus curieux de la pandémie mondiale. En effet, si l’anosmie peut souvent arriver dans les maladies provoquant une obstruction du nez, ce n’est pas le cas du nouveau coronavirus. Autre curiosité : l’anosmie est un symptôme principalement constaté en Europe, où, d’après la récente étude de l’ORL français Jérôme Lechien, elle est constatée chez 85% des malades interrogés. Enfin, les femmes demeurent plus touchées par ce symptôme que les hommes. Si, pour l’instant, la majorité des convalescents voient leur anosmie disparaître avec la maladie, comprendre d’où provient ce symptôme est encore un mystère. Pour certains chercheurs, ce serait après une affection de la muqueuse nasale par le virus, pour d’autres, le Covid-19 toucherait directement le bulbe olfactif. ► À écouter aussi : Coronavirus: quand la perte du goût et de l'odorat surviennent Que peut-on faire pour soigner l’anosmie ? Il existe à ce jour trois traitements principaux contre l’anosmie, mais aucun n’est effectif pour tout type d’anosmie et aucun non plus n’est efficace à 100%. La chirurgie peut être envisagée pour enlever des polypes, si ces derniers sont la cause de l’anosmie. Un tiers des patients opérés retrouvent alors une partie de l’odorat.En cas d’anosmie virale, des corticoïdes peuvent être pris, encore une fois sans aucune efficacité garantie, pour empêcher l’inflammation de la muqueuse.Si l’anosmie est causée par une maladie virale ou un traumatisme, une rééducation peut être envisagée. L’odorat est un sens qui réagit en effet bien à ce que le professeur Tran Ban Huy surnomme une « gymnastique olfactive ». Plus on fait travailler son nez, mieux il sentira, c’est un phénomène qui s’observe de manière emblématique chez les professions où ce sens est clef comme sommelier ou nez, qui deviennent capables de reconnaître un millésime précis, la composition exacte d’un parfum à force d’exercice. Dans la même logique, une rééducation a été mise en place pour les anosmiques par le professeur allemand Hummel qui enjoint les anosmiques à respirer deux fois par jour pendant douze semaines des essences de rose, d’eucalyptus, de citron et de girofle en lisant bien le nom de l’odeur que l’on hume. Aucun chiffre n’existe pour quantifier la réussite de cette rééducation. Pourquoi l’anosmie est-elle si peu connue ? L’absence d’odorat semble paradoxalement pâtir des mêmes préjugés que le sens lui-même, négligé et souvent considéré comme inférieur aux autres. D’après le professeur Tran Ban Huy, c’est une ignorance culturelle héritée des Lumières et de la psychanalyse ensuite, pour qui « sentir est assimilé au désir à l’instinct, bref à l’animalité ». Dans un article scientifique qui dresse un panorama historique du mépris des odeurs, le professeur rappelle en effet que la hiérarchie des sens que proposent plusieurs philosophes piliers de la pensée occidentale n’est clairement pas en faveur de l’odorat : Kant oppose par exemple les sens objectifs (vue, toucher, ouïe) aux sens subjectifs (goût et odorat) et assurent du même coup, comme Descartes avant lui, que seuls les premiers peuvent amener à la connaissance. Invisible, éphémère, loin de l’abstraction des concepts, mais proche des instincts, l’odorat est également relégué à la dernière place de la hiérarchie de Buffon. Les lumières n’ont pas d’odeur, et Freud semble sur ce point être leur digne héritier lorsqu’il débute ses travaux sur la psyché humaine en méprisant également ce sens . Pour lui, « le déclin du sens olfactif relève d’un processus civilisateur, d’un refoulement organique », « un développement civilisé normal suppose donc de renoncer aux plaisirs olfactifs de notre enfance », explique Patrice Tran Ba Huy. Un cas en particulier explicite bien les préjugés des débuts de la psychanalyse envers le nez : celui d’Emma Eckstein, une jeune femme viennoise qui entre en contact avec Freud pour soigner des troubles dépressifs successifs à des abus sexuels. Ce dernier partage alors les idées de l’ORL Wilhelm Fliess avec qui il correspond beaucoup à la fin du XIXe siècle. Il en est alors convaincu : troubles sexuels et odorat sont liés, et confie la jeune femme à son confrère qui lui cautérisera le nez, et endommagea du même coup l’organe de la jeune femme. Mais Sigmund Freud n’est pas le seul à considérer le nez comme la cause de tous les maux. Les hygiénistes de son siècle en sont également convaincus : c’est en humant l’air que des maux de tout genre se propagent. Ce rapprochement hâtif se retrouve dans la langue même, où « pestilence » a longtemps signifié tout à la fois une mauvaise odeur et une épidémie, soit le mal et sa cause supposée. Retracer l’histoire de nos environnements olfactifs, comme l’ont fait les chercheurs Alain Corbin et Annick Le Guérer, revient alors à évoquer une grande chasse aux mauvaises odeurs que l’historien résume ainsi : « cette mystérieuse et inquiétante désodorisation qui fait de nous des êtres intolérants à tout ce qui vient rompre le silence olfactif de notre environnement. » Fantômes d’odeur Quelle odeur voudriez-vous connaître ? Quel parfum vous manque le plus ? Questionner les anosmiques, c’est se rappeler à quel point les odeurs sont liées à l’intime et combien elles nous accompagnent au quotidien. C’est aussi mesurer ce que représente une vie  « en noir et blanc » quand on a connu toutes les couleurs, pour reprendre une image qui revient fréquemment dans les propos de ceux qui ont perdu l’odorat, et des deux associations françaises d’anosmiques qui existent à ce jour. (Rediffusion du 14 avril 2020).

2020-07-21 14:52:29 Lire l'article

Grand reportage - Minneapolis face à l’impunité policière

Ce lundi 29 juin 2020 à Minneapolis, Derek Chauvin -cet ex-policier blanc qui a tué l’Afro-Américain George Floyd, le 25 mai 2020, en l’asphyxiant avec son genou- comparait pour la deuxième fois devant la justice. Lors de sa première comparution le 6 juin dernier, sa caution avait été fixée à plus d’un million de dollars. Alors que la vague de protestations se poursuit à travers Etats Unis, les appels à une vaste réforme de la police se multiplient : à Washington, la Chambre des Représentants travaille actuellement sur une proposition visant à « changer la culture » au sein de la police américaine ; à Minneapolis, une majorité d’élus du conseil municipal ont promis de démanteler la police de la ville jugée irréformable car trop raciste. Ils ont aussi annoncé un nouveau modèle de sécurité publique à l’avenir. Beaucoup demandent aussi que les policiers tueurs soient poursuivis et condamnés, car dans la grande majorité des cas les policiers sont relaxés aux Etats Unis. « Minneapolis face à l’impunité policière », c’est un grand reportage de notre envoyé spécial Eric de Salve.

2020-06-29 16:05:42 Lire l'article

Grand reportage - Récit sonore de la crise du Covid en France, partie 1: la guerre est déclarée

En France, comme dans de nombreux pays du monde, des applaudissements chaque soir à 20h pour remercier, encourager les personnels soignants en lutte contre le Covid-19. Un virus qui, sur la planète, continue de faire des victimes et de semer l’incertitude. La situation sanitaire semble s’être améliorée en métropole après des mois d’une crise sans précédent. Avec les reportages de l’ensemble de sa rédaction, RFI vous fait revivre aujourd’hui et demain ces événements qui marqueront l’histoire du pays. Premier volet de ce récit sonore: du mois de janvier au mois d’avril 2020, la France déclare la guerre au virus, un Grand reportage de Bruno Faure. Diaporama

2020-07-07 12:53:38 Lire l'article

Grand reportage - Entre crise et répression, Téhéran la tête haute

Grand reportage nous emmène à Téhéran. La capitale iranienne est frappée de plein fouet par la crise économique engendrée par le Covid-19. Depuis 2 ans, l’Iran subit aussi le retour des sanctions américaines... et récemment, le pays a été secoué par un mouvement de manifestations historique réprimé dans le sang. Aujourd’hui, les Iraniens tentent donc de survivre et de garder espoir en l’avenir. Notre envoyée spéciale les a rencontrés en février 2020, juste avant que l’épidémie de coronavirus n’explose dans le pays."Entre crise et répression, Téhéran la tête haute", un Grand reportage d’Oriane Verdier.

2020-06-23 12:41:46 Lire l'article

Grand reportage - Les universités éthiopiennes minées par les tensions ethniques

12 morts au moins et 35 000 étudiants qui fuient, les universités publiques éthiopiennes sont sous haute tension depuis plusieurs mois, même si l'impact de la pandémie de coronavirus réduit mécaniquement ces tensions. Les élections fédérales et régionales devraient avoir lieu, au mieux, au printemps 2021. À cette occasion, les crispations pourraient refaire surface. Car c'est, en premier lieu, la compétition politique qui pénètre les campus d’Éthiopie. 22 sur 45 ont été fermés, pendant un temps, selon le ministère de l'Enseignement supérieur. Pour faire face à cette situation, des mesures répressives ont été prises. Plusieurs centaines de personnes, étudiants, enseignants, personnels administratifs, ont été suspendues. D'autres initiatives sont aussi mises en place pour travailler le phénomène à la racine et tenter de l'endiguer. (Rediffusion du 9 mars 2020)

2020-06-19 12:18:24 Lire l'article

Grand reportage - Coronavirus, les Afro-Américains en première ligne

Aux États-Unis, la pandémie de Covid-19 affecte trois fois plus les Noirs que les Blancs et de manière plus grave : ils ont deux fois plus de chances d’en mourir. Une inégalité face à la maladie qui s’explique notamment par les disparités raciales qui ravagent la société américaine. Les Afro-Américains souffrent de manière disproportionnée des maladies chroniques qui les rendent plus vulnérables face au virus, exercent des métiers plus exposés et vivent dans des zones plus densément peuplées. Reportage dans le comté de Prince George dans le Maryland, une zone proche de la capitale fédérale particulièrement affectée. De notre correspondante à Washington, À l’entrée d’un supermarché d’Upper Marlboro, un employé passe des lingettes désinfectantes sur les poignées des caddies. Depuis la mi-avril 2020, le port du masque est obligatoire pour entrer dans le magasin. « Quand la pandémie a commencé, ils n’avaient pas de gant, pas de masque, aucune procédure pour protéger les employés en première ligne », lâche Zénobia Shepherd. Sa fille, Leïlani Jordan, est morte à l’âge de 27 ans, victime du coronavirus. « Nous étions au courant des risques, et plus personne n’allait travailler, mais elle me disait qu’il fallait qu’elle aille donner un coup de main, raconte Zénobia qui poursuit : Elle avait bon cœur, elle était heureuse d’aider les clients âgés qui venaient au supermarché. Les poignées des frigos n’étaient pas désinfectées, mais elle aidait les clients à prendre ce dont ils avaient besoin. » À la mort de Leïlani, la direction du supermarché où elle travaillait a envoyé à sa mère un chèque de vingt dollars et 63 cents, en solde de tout compte, sans même l’accompagner d’une lettre de condoléances. Aucun responsable du magasin n’est venu à l’enterrement. Mais, la direction a finalement pris des mesures pour protéger ses autres employés. « Depuis le décès de ma fille, dans chaque supermarché du comté, on voit les écrans en plexiglas, les masques, les gants. Le désinfectant passé sur les comptoirs. Cela n’était pas le cas avant. Elle n’est pas morte en vain », soupire sa mère. La mort de Leïlani a suscité une vague d’émotion dans l’État, et a contribué à faire bouger les autorités du Maryland pour qu’elles contribuent à garantir la protection de ce comté peuplé majoritairement d’Afro-Américains. « Nous avons eu l’impression d’être négligés, de faire face à une certaine discrimination », déclare la sénatrice afro-américaine Joanne Benson, élue au Parlement de l’État. « On voyait les chiffres des infections grimper à Prince George, et tout le monde se plaignait du manque de ressources pour faire face à ce problème. Dans le même temps, en discutant avec les responsables d’autres comtés dans l’État, on s’est aperçu qu’eux recevaient ce qu’ils réclamaient. Les ressources allaient ailleurs et la priorité n’était pas le comté de Prince George », observe-t-elle. La sénatrice a écrit au gouverneur, qui a également reçu de multiples appels des habitants du comté, et le matériel de protection espéré est finalement arrivé. Les tests de dépistage gratuits sont désormais accessibles un peu partout dans le comté, mais Prince George a toujours le plus haut taux de contamination du Maryland. Une distanciation sociale difficile Selon le centre fédéral de contrôle et de prévention des maladies, les Afro-Américains victimes du Covid-19 ont un taux d’hospitalisationcinq fois plus élevé que les Blancs. Et ils représentent plus de 30 % des décès, alors qu’ils forment 13% de la population. De multiples facteurs expliquent ces disparités. « Dans cette partie du comté, il y a beaucoup de foyers où plusieurs familles cohabitent et où les gens sont dans l’incapacité de respecter les distances sociales. Beaucoup travaillent dans la capitale fédérale et utilisent les transports publics chaque jour, ce qui multiple les risques », constate Retanol Bagley, qui organise le dépistage devant l’église baptiste d’Hyattville. Et d'ajouter : « Quand quelqu’un est testé positif, dans la plupart des cas, les autres membres de sa famille ont aussi été exposés. » Au volant de sa voiture, Matt Carl, employé municipal, patiente avant de se faire tester. Comme beaucoup d’habitants du comté, il a été en contact direct avec la maladie. « Ma voisine qui était une jeune quadragénaire est morte le 1er mai, tuée par le Covid. Cela m’a fait un choc », raconte-t-il. Dans le véhicule qui précède, Lylia Jakson, retraitée, ne cache pas son angoisse « Je ne veux pas l’attraper, je ne veux pas être malade, je ne veux pas mourir. C’est l’une des pires choses que j’ai traversée ! C’est vraiment inquiétant cela fait peur, vraiment peur… », lâche-t-elle. Au Doctor’s community Hospital de Lanham, des tentes ont été dressées pour faire face à un éventuel nouveau pic de la pandémie. En attendant, les infections sont en déclin. « Pour la première fois depuis début avril, notre unité de soins intensifs ne déborde pas », sourit Michael Cooper qui dirige l’équipe d’infirmiers de ce service. « Au pic de l’épidémie, nous avons dû réquisitionner un étage supplémentaire pour accueillir les patients. Cela n’a pas été facile d’installer les appareils nécessaires, d’équiper d‘autres lits. Quelques membres du personnel ont été infectés, certains ont eu peur au début, et nous avons dû recruter des infirmières pour faire face à l’afflux de patients », raconte l’infirmier qui se félicite : « Nous avons relevé tous les défis, et si une seconde vague survient, nous serons prêts à y faire face ». Au plus fort de la pandémie, le Docteur Joseph Wright dirigeait le Capital Region Health, l’entité qui supervise trois hôpitaux du comté. « Les malades du comté étaient plus gravement atteints qu’ailleurs : 40% de ceux qui ont été admis dans nos hôpitaux sont passés par des services de réanimation. » Et il explique :« Il y a dans ce comté une large communauté de couleur avec une forte proportion de maladies chroniques, ce qui les rend plus vulnérables au coronavirus ». Disparités dans l’accès aux soins Stephen B Thomas dirige le Center for Health Equity du Maryland, où il étudie les disparités raciales dans le domaine de la santé. Le professeur confirme la prévalence de diabète, de maladies cardiaques, et de certains cancers chez les Afro-Américains. « Vivre dans une société où sévit le racisme suscite une forte dose de stress. Ce stress, qui provoque des réactions biologiques, ne disparait jamais. Même si vous êtes diplômé d’une université, même si vous avez du succès économique, si vous êtes Noir aux États-Unis, vous portez le fardeau d’une histoire raciste. Cela pèse fortement sur vos organes et crée des maladies chroniques prématurées, qui apparaissent bien plus tôt que chez les Blancs. Ces maladies rendent notre communauté très fragile face au Covid-19 »,souligne-t-il. À cette vulnérabilité, s’ajoute le fait que de nombreux Afro-Américains sont démunis d’assurance, et méfiants vis-à-vis d’un système de santé qui reste discriminant. « Les gens ne font pas confiance aux médecins à cause d’histoires entendues dans leurs familles, par le bouche à oreille, comme cette étude menée pendant quarante ans à Tuskegee dans l’Alabama, où les services de santé américains ont observé l’évolution de la syphilis chez plus de 400 hommes noirs. Ils ne les ont pas soignés. Ils les ont observés de 1932 à 1972 », explique le professeur. Si Tuskegee est l’exemple le plus connu, bien d’autres dérives de la médecine ont jalonné l’histoire des Afro-Américains. De nombreuses procédures utilisées en gynécologie proviennent de recherches effectuées sur des femmes esclaves, parfois sans anesthésie. Plus récemment, la championne de tennis Serena Williams a raconté avoir été ignorée par les médecins lorsqu’elle s’est plainte de symptômes après son accouchement. Elle avait une embolie pulmonaire et a pu être sauvée de justesse après avoir insisté pour obtenir un scanner.« Ces histoires sont inscrites dans la mémoire des communautés. Et je pense qu’on doit reconnaitre que cette méfiance n’est pas irrationnelle. Cette méfiance est une protection », conclut Stephen B Thomas. Aux États-Unis, les femmes noires ont douze fois plus de chances de mourir en couches ou de complication pendant la grossesse que les femmes blanches. Pour tenter de restaurer la confiance de sa communauté dans le corps médical, le professeur Stephen B Thomas a lancé le programme HAIR : il fait venir des médecins chez le coiffeur, où ils proposent toutes sortes d’examens aux clients. Fred Spyr a accueilli l’expérience dans son magasin. À cause de l’épidémie, il reçoit désormais ses clients dans son garage qu’il a réaménagé à cet effet. « Notre relation aux gens est beaucoup plus proche que celle des médecins avec leurs patients. Ici on devient amis, c’est comme une famille », assure le coiffeur. Sur son fauteuil tandis qu’il se fait couper les cheveux, Ronald Echield approuve : « Je fais plus confiance à Fred qu’à n’importe qui. Et c’est dans son salon de coiffure qu’un médecin m’a prescrit des médicaments, m’a indiqué un régime pour contrôler mon diabète et ma pression sanguine. Grâce à Fred, je suis un homme neuf ! » Le programme a provisoirement été interrompu pendant la pandémie, mais Fred continue de prendre son rôle très à cœur. « Beaucoup de gens pensaient que le Covid était une conspiration. Ils n’y croyaient pas, ils disaient que cela ne tuait pas les hommes noirs. Mais moi, je peux leur dire que c’est réel,  que j’ai des amis qui ont perdu leur mère, leur père. Quand les gens m’entendent raconter ce genre d’histoire, ils réalisent que c’est vraiment contagieux. Je suis là pour leur dire que c’est un danger réel et qu’ils doivent se protéger. » La crise économique frappe les Noirs de plein fouet Plus d’une centaine de voitures sont garées le longde la route qui débouche sur le parking de l’église adventiste de Hyattsville, où se déroule chaque mercredi une distribution de colis alimentaires. « Je suis arrivée à sept heures. Plus personne ne travaille dans ma famille. Nous n’avons plus de revenus, cela me tient éveillée toute la nuit, mais que peut-on y faire ? Tout est entre les mains de Dieu », soupire Eva Wilson au volant de son véhicule. En plus d’être frappée par la maladie, la communauté afro-américaine du comté de Prince George subit de plein fouet la crise économique. « Il y a de plus en plus de monde chaque semaine. Ce sont des gens qui ont perdu leur emploi ou qui ne peuvent pas faire leurs courses, parce qu’ils ont des malades chez eux. Ils viennent de plus en plus tôt chaque semaine. On distribue de la nourriture depuis la mi-mai et je ne pense pas que cela va s’améliorer, surtout si le taux d’infection recommence à augmenter », s’inquiète Sherry Everhead, qui supervise la distribution. Dans un immense entrepôt dépendant de son église baptiste de Landover, le pasteur Cyntia Terry nous montre des piles de nourriture, de couches, de produits de première nécessité. Et confirme : la crise suscitée par le coronavirus ne fait que s’aggraver. « En février, nous avons distribué 14 009 colis. En mars, nous sommes restés fermés en raison du confinement, et depuis notre réouverture, cela a augmenté de manière exponentielle. En mai, nous avons livré 36 009 colis », relève-t-elle en consultant ses registres. Beaucoup de commerces tenus par des Noirs n’emploient pas assez de salariés pour obtenir les prêts accordés par le gouvernement dans le cadre de la crise, et sont menacés. 43% des Afro-Américains occupent des postes dans l’industrie ou les services à travers le pays : des tâches qui, dans la majorité des cas, ne peuvent être accomplies en télétravail. « Les Noirs sont employés dans des secteurs qui sont plus exposés à la maladie », confirme Greg Allen, un jeune barman licencié mi-mars, « Ma mère travaille à la poste et a été exposée au virus, ma tante travaille dans un hôpital et n’avait pas le matériel de protection suffisant au début de la pandémie, le personnel des maisons de retraite est à majorité afro-américain. Ma copine a perdu quelqu’un de sa famille aujourd’hui à cause du Covid-19. C’est très triste et très désarmant. » Depuis la fin du mois de mai et la mort de George Floyd, asphyxié par un policier blanc à Minneapolis, l’ampleur des disparités raciales qui affectent les États-Unis fait régulièrement la Une des médias américains.  « Il y a une prise de conscience des inégalités structurelles et historiques qui affectent notre communauté, et c’est positif », souligne le professeur Joseph Wright. « Pour nous, ce n’est pas une surprise, mais les Américains blancs sont frappés par l’ampleur de l’impact que ces inégalités ont eu pendant la pandémie ». Stephen B Thomas, qui se souvient avoir vu des fontaines réservées aux Blancs dans le sud du pays pendant son enfance, voit matière à espérer dans le mouvement de protestation qui a saisi le pays. « Les Noirs se lèvent et disent cela suffit ! C’est comme un feu de forêt qui a pris sur l’herbe sèche du racisme. Nous savons que nous ne pouvons pas revenir en arrière », assure le professeur avant de conclure : « Vous avez vu tous ces Blancs qui marchent à côté des Noirs ? J’ai vu un jeune blanc porter une pancarte sur laquelle on pouvait lire "Black Power" avec un poing fermé ! C’est incroyable ! Je pense que c’est une bonne chose. Le rêve américain doit être un rêve pour tout le monde, il ne peut pas être réservé à quelques-uns ».

2020-07-13 12:18:16 Lire l'article