Grand reportage - Ce que la normalisation avec Israël a changé aux Émirats

C‘était il y a un an? jour pour jour. Le 15 septembre 2020, deux des monarchies arabes du Golfe - à savoir les Émirats arabes unis et Bahreïn - signaient à Washington un accord de normalisation de leurs relations diplomatiques avec l‘État d‘Israël. Aux Émirats, cet accord signé sous l‘égide des États-Unis n‘a pas suscité la moindre critique. Du moins, publiquement. Les retombées économiques ont, par ailleurs, été très importantes pour le pays. Sur le terrain, les accords d‘Abraham ont aussi eu des conséquences pour la communauté juive locale, dont la vie quotidienne est aujourd‘hui facilitée. «Ce que la normalisation avec Israël a changé aux Émirats», un Grand reportage de Nicolas Keraudren. Réalisation : Laurie Plisson. 

2021-09-15 14:30:48 Lire l'article

Grand reportage - Un an après Alex, quelle reconstruction pour la vallée de la Roya?

Le 2 octobre 2020, la tempête Alex ravageait les vallées de l’arrière-pays niçois - la Roya, la Vésubie et la Tinée. Près d’un an plus tard, la vie dans la Roya, la plus touchée par la catastrophe, est loin d’être retournée à la normale. Si la route départementale, qui circule au travers des 5 villages français, se répare progressivement au prix d’efforts considérables, celle qui relie la France à l’Italie par le col de Tende reste fermée. Le poumon touristique de la vallée, la vallée des merveilles, reste très difficile d’accès. Une attente insoutenable pour certains, qui ont préféré partir. Une opportunité pour d’autres qui espèrent que de ce drame humain et naturel émergera une vallée plus verte et plus résiliente. «Un an après Alex, quelle reconstruction pour la vallée de la Roya?», un Grand reportage de Pauline Bandelier.

2021-09-29 13:29:46 Lire l'article

Grand reportage - Irak: l'illusion d'une démocratie

Deux ans après le début d’un large mouvement de révolte, les Irakiens se rendent aux urnes, ce 10 octobre 2021, pour des élections anticipées mais ce scrutin n’est pas vraiment celui qu’ils espéraient : les assassinats de militants se sont multipliés, les partis traditionnels, eux, se sont renforcés, et surtout, militarisés… Quant aux nouveaux mouvements politiques issus des manifestations, peu semblent avoir les épaules pour rivaliser dans l’arène politique. Un changement par les urnes est-il possible en Irak, alors que la démocratie semble prise au piège dans un climat de terreur.  «Irak: l'illusion d'une démocratie», un Grand reportage de Lucile Wassermann.

2021-10-08 14:14:31 Lire l'article

Grand reportage - La Suède s’inquiète de la vague trans chez les jeunes

La Suède a été le premier pays au monde à reconnaître la dysphorie de genres, ce mal-être provoqué par l'inadéquation entre un sexe biologique et une identité de genre. Depuis, elle offre des soins pour conforter les transgenres dans leur démarche : devenir un homme quand on est né femme, ou l’inverse, et cela dès 16 ans, voire encore plus tôt.  Pourtant le plus prestigieux hôpital de Suède, le Karolinska, pionnier de ces traitements, a décidé en mars dernier de priver les moins de 18 ans - on parle bien sûr des nouveaux patients - d’hormones ou de chirurgie. Les médecins plaident en faveur d’un principe de précaution, alors que les associations de défense des trans, elles, dénoncent un recul. La Suède s'inquiète de la vague trans chez les jeunes, un grand reportage de Frédéric Faux. 

2021-10-12 13:10:02 Lire l'article

Grand reportage - Argentine: la baisse historique du Rio Paraná

Il prend sa source sur les hauts plateaux brésiliens, longe la frontière paraguayenne et traverse l’Argentine pour aller se jeter dans l’Atlantique. Long de près de 5 000 kilomètres, le Rio Paraná, deuxième plus grand fleuve d’Amérique du Sud, connaît l’une des baisses les plus importantes de son histoire. Depuis deux ans, son faible débit et son lit désespérément bas affectent la navigation commerciale, l’accès à l’eau potable et fragilise l’écosystème du bassin fluvial. Confronté à une situation quasiment inédite qui pourrait se prolonger jusqu’à la fin de l’année, le gouvernement argentin a décrété l’état d’urgence hydrique. «Argentine: la baisse historique du Rio Paraná», un Grand reportage de Théo Conscience.     Diaporama

2021-09-22 13:22:47 Lire l'article

Grand reportage - La frégate Aconit: oeil de la France en Méditerranée

125 mètres de long, 170 marins à bord. Indicatif : F713. Depuis trois mois, cette frégate légère furtive de la Marine Nationale patrouille dans le très stratégique canal de Syrie. Frégate Aconit : l’œil de la France en Méditerranée Orientale, un Grand Reportage de Franck Alexandre. «La frégate Aconit : oeil de la France en Méditerranée», un Grand reportage de Franck Alexandre. Réalisation : Pauline Leduc.

2021-10-07 13:44:50 Lire l'article

Grand reportage - Irak: une génération exploitée

Ce ne sont que des enfants et pourtant, ici là ils travaillent dans les champs, ailleurs dans les ateliers, bien souvent, frêle silhouette en guenille, nous les frôlons dans les rues. Pour la première fois en 20 ans, le travail des enfants a augmenté à travers le monde. Ils sont aujourd'hui près de 160 millions à travailler, soit 8,4 millions de plus qu’en 2016. En cause notamment : la crise du coronavirus et l'augmentation de la pauvreté. Un exemple parmi beaucoup d’autres, l’Irak. Là-bas, le nombre d'enfants forcés de travailler n'a cessé d'augmenter depuis les années 90, en raison des conflits, des déplacements forcés et des défis économiques. «Irak : une génération exploitée», un Grand reportage de Lucile Wassermann.

2021-09-20 14:05:22 Lire l'article

Grand reportage - Cuba: écolo malgré soi

Réparer, inventer, recycler, le quotidien à Cuba fait souvent appel au système D. Signe à la fois d'une défaillance de l'État et d'une merveille d'ingéniosité cubaine. Cette débrouille concerne tous les aspects de la vie quotidienne. Par manque d'argent ou face aux pénuries, les Cubains réparent et recyclent malgré eux. Mais la jeune génération entend mettre du sens et de l'écologie derrière ces gestes. (Rediffusion du 10 juin 2021) Cuba : écolo malgré soi, un grand reportage de Domitille Piron.

2021-10-15 13:10:02 Lire l'article

Grand reportage - Le climat, enjeu incontournable de l’après-Merkel

L’après-Merkel se prépare activement Outre-Rhin. Le dimanche 26 septembre 2021, les Allemands vont élire leurs députés. La majorité qui en émergera devra choisir qui prendra la succession de la chancelière, au pouvoir depuis seize ans. Les derniers sondages donnaient le SPD (le parti social-démocrate) devant les conservateurs de la CDU et les Verts. Parmi les questions les plus débattues au sein de cette campagne : le réchauffement climatique. Le thème a été relancé après les inondations dévastatrices qui ont touché l’ouest de l’Allemagne et fait près de 200 morts. L’un des deux États touchés, la Rhénanie du nord Westphalie, dirigée par Armin Laschet, le candidat de la CDU, est aussi une région qui continue à produire un type de charbon hautement polluant.   «Le climat, enjeu incontournable de l’après-Merkel», un Grand reportage d’Anastasia Becchio. 

2021-09-24 13:00:07 Lire l'article

Grand reportage - Brexit: 10 mois après, le temps des regrets?

Les Britanniques regretteraient-ils d’avoir quitté l’Union européenne ? Dix mois après le Brexit en janvier dernier, certains commencent à douter. Carburant, nourriture… Les pénuries se multiplient depuis plusieurs semaines. Dans le Kent, comté dans le sud-est du pays, les pêcheurs britanniques regrettent également le Brexit, estimant s’être fait flouer par le gouvernement. Les conséquences économiques du Brexit commencent donc à se faire sentir très sérieusement. Brexit : 10 mois après, le temps des regrets ? Un grand reportage d’Alexis Bédu, réalisé par Pauline Leduc. ► À lire aussi : Brexit, les regrets des pêcheurs britanniques

2021-10-13 13:10:02 Lire l'article

Grand reportage - Grèce: la politique de la porte fermée

Depuis le nombre record d’arrivées de demandeurs d’asile en 2015 et 2016 - au moment de la crise dite migratoire - la Grèce est devenue l’un des accès principaux au continent européen. Aujourd’hui pourtant, les autorités le martèlent, la Grèce ne veut plus de ce statut de porte d’entrée de l’Europe. La politique grecque en matière de migrations n’a d’ailleurs cessé de se durcir, depuis l’été 2019, et l’arrivée au pouvoir des conservateurs. Une politique incarnée à présent par l’ouverture, mi-septembre 2021, sur l’île de Samos, d’un nouveau camp de réfugiés aux allures de prison et la multiplication, en parallèle, des refoulements de demandeurs d’asile. «Grèce: la politique de la porte fermée», un Grand reportage de Joël Bronner. 

2021-09-28 14:44:32 Lire l'article

Grand reportage - Massacre du 17 octobre 1961: y aura-t-il reconnaissance d'un crime d'État en plein Paris?

Le 17 octobre 1961, la répression d'une manifestation pacifiste d'Algériens en plein Paris provoque la mort de 200 à 300 personnes, tuées par les forces de l'ordre. Soixante ans plus tard, des associations se battent toujours pour que l’État français reconnaisse sa responsabilité.  Le quartier du pont de Neuilly a bien changé en 60 ans. Les arbres ont disparu et laissé place aux immeubles de bureau de La Défense. Le pont qui enjambe la Seine et relie la banlieue ouest à Paris est devenu une artère très passante. Ce mardi 17 octobre 1961 au soir, c'est justement ce pont que la famille Benaissa s'apprête à traverser pour répondre à l'appel à manifester de la fédération française du Front de libération nationale (FLN).  Le mouvement indépendantiste algérien a appelé à marcher vers le cœur de Paris pour dénoncer le couvre-feu imposé depuis quelques jours aux « Français musulmans d’Algérie », comme on les appelle alors, et pour réclamer la paix. Comme des centaines d’autres Algériens, Khaled Benaissa, 13 ans à l'époque, son père, ses frères, ses oncles quittent le bidonville de Nanterre. Ils ne pourront jamais traverser la Seine. « La garde mobile avait complètement fermé le passage du pont. Certains avaient des mitrailleuses avec un trépied posé par terre. C’est le souvenir que j’ai lorsque toutes les premières rangées sont tombées à la suite des balles déjà tirées. Il y avait certainement un ordre pour qu’aucun Algérien ne passe. J’ai essayé de courir pour me cacher… Il faisait nuit sombre. Et là, j’ai trébuché. Je pensais que c’était le trottoir, mais c’étaient des corps. Et d’autres corps me sont tombés dessus, raconteKhaled. Je ne pouvais plus me dégager. Je commençais à perdre ma respiration. Je suffoquais et j’ai cru que mon heure était arrivée. J’ai commencé à faire ma prière et par miracle, quelqu’un m’a tiré par les pieds de l’amas de cadavres et d’hommes blessés qui ne pouvaient pas bouger. C'était mon oncle. » « Je n’avais jamais vu ça de ma vie » Ce même soir, juste de l’autre côté de la Seine, Catherine Levy, 19 ans, rentre chez elle après une soirée au cinéma avec des copains. Sans le comprendre tout de suite, cette étudiante en philosophie devient le témoin d’une répression policière préméditée et organisée qui s’abat en plusieurs lieux de la capitale. « Quand je suis arrivée au pont de Neuilly, j’étais complètement estomaquée. Sur le quai, il y avait des gens, visiblement des Algériens, qui étaient ensanglantés et les flics interdisaient qu’on leur parle. J’ai compris quand je suis sortie parce que j’ai rencontré un copain qui avait aussi une piaule dans le coin. Il avait vu comme moi des gens en sang. Je n’avais jamais vu ça de ma vie. Dès qu’ils voyaient des Algériens, les flics tapaient dessus. » A l’usine Renault de Boulogne-Billancourt où ils travaillent, Clara et Henri Benoit, 31 et 35 ans, côtoient de nombreux Algériens, employés sur les chaînes de montage. Son engagement syndical plonge le couple dans l’histoire en marche. « Le FLN de chez Renault est venu nous trouver en disant : “Nous allons organiser une manifestation. On conteste notre représentativité du peuple et comme les rapports avec la police sont ce qu’ils sont, je vous demande de venir et d’écrire tout ce que vous pourrez voir” », se remémore Henri Benoît. « Ils avaient des consignes d’y aller désarmés. On était quatre ou cinq chez Renault et on nous avait dit d’aller à Opéra », ajoute Clara. « Il y avait plusieurs cars de police, poursuit Benoît. Au fur et à mesure que des gens dont le profil laissait supposer qu’ils étaient Algériens sortaient du métro, ils étaient contrôlés. Entre-temps, il s’est constitué une masse de plus en plus importante d’Algériens. Nous avons suivi sur le trottoir la manifestation qui était, autant que je m’en rappelle, silencieuse. Jusqu’au moment où l’on est arrivé à la hauteur du Rex, le cinéma. Et c’est là qu'on a entendu des coups de feu, la dispersion. » « Et là, c’était la débandade. On a vu que la manifestation s’égaillait dans toutes les rues avoisinantes pour échapper aux tirs de barrage de la police. Et ensuite, on a retrouvé un camarade de chez Renault qui était en voiture et on a fait le tour, enchaîne Clara. Là, on a vu les cars de police qui ramassaient, si l’on peut dire, des Algériens. J’ai le souvenir au métro d’avoir vu, d’un peu loin effectivement, des corps étalés. » Des victimes sous-estimées Les forces de l’ordre sont dépassées par la mobilisation. Des bus municipaux sont réquisitionnés pour embarquer le maximum d’Algériens et les emmener vers des lieux de détention improvisés. Certains manifestants y passent plusieurs jours, privés de nourriture, frappés, humiliés... Le bilan officiel fait état de deux morts algériens. « Ce bilan a été perpétué comme vérité officielle mensongère par le préfet de police Maurice Papon, qui publie ses mémoires dans les années 1980, explique l’historien Gilles Manceron, spécialiste de l’histoire coloniale de la France. En réalité, Jean-Luc Einaudi, le principal auteur d’ouvrages sur cet événement, à partir des années 1990, a essayé de faire des listes de disparus. Il arrive à un premier bilan chiffré qui tourne autour de 200 victimes disparues lors du 17 octobre, dans les semaines qui précèdent et qui suivent immédiatement ». Aux 200 morts à Paris, il faut sûrement en ajouter une centaine de l’autre côté de la Méditerranée. Les expulsions vers l’Algérie n’ont rien d’un simple retour au pays. Ces hommes sont parqués dans des camps militaires. Certains y laissent leur vie. Dans les jours qui suivent, la presse relaie le message officiel ou tombe sous le coup de la censure. La violence laisse place au silence et à l’absence, dans l’usine Renault de Boulogne-Billancourt comme dans le bidonville de Nanterre. « C’est quand même assez angoissant de retrouver des mères de famille dont le mari a été arrêté et qui se tournent vers le comité d’entreprise parce que c’était un endroit d’accueil pour savoir ce qu’il faut faire, comment avoir des nouvelles. Ce sont des choses qu’on ne peut pas oublier », confie Henri Benoît. « Il y a des tracts CGT qui ont été édités dès le lendemain ou le surlendemain parce que dans certains ateliers, des ouvriers algériens étaient absents », précise son épouse Clara. Un déchaînement de violence qui reste une « énigme » « Je pense que l’information a circulé. Il y avait ceux qui ne rentraient pas et les corps que des gens avaient vu flotter sur l’eau. L’idée, c’est que beaucoup d’Algériens ont été jetés à l’eau. Dans le bidonville, certains sont revenus et d’autres jamais. La vie a repris le dessus. Moi, j’ai repris l’école, raconte Khaled Benaissa. Les gens en parlaient très peu parce qu’il fallait protéger aussi les enfants, je pense. » Ce déchaînement de violence reste une « énigme ». Nous sommes à quelques mois des accords d’Evian. Plus rien ne fait obstacle à l’indépendance de l’Algérie. Mais le Premier ministre Michel Debré, dont la position sur l’Algérie diverge de celle du président De Gaulle, est dépossédé du dossier. Il garde tout de même la main sur le maintien de l’ordre. Le préfet de la Seine de l’époque arme des supplétifs. Des escadrons de la mort sèment la terreur au sein de la communauté algérienne dès la fin de l’été 1961. Le 17 octobre est un point d’orgue. Mais il faudra 20 ans pour que la vérité commence à émerger. « Il y a eu une tendance en France de la part des autorités officielles à mettre un voile pudique sur cet événement comme sur les violences de la guerre, remarque l’historien Gilles Manceron. Georges Pompidou a été plus loin que de Gaulle. Il fallait, a-t-il dit une fois, “effacer les périodes où les Français ne s’aimaient pas”. Giscard d’Estaing a été beaucoup plus loin parce que lui, il était plutôt pro-Algérie française à l’époque ».  « Il a fallu attendre les années 1980, bien que Mitterrand ne soit pas trop pour faire la vérité sur cette période où son attitude n’a pas toujours été très claire, pour qu’il y ait un début de processus d’établissement des faits, y compris sur le 17 octobre, poursuit l’historien. Un processus qui repose aussi sur des familles d’Algériens qui ont subi cette répression et qui commencent à parler. Certaines familles ont raconté à leurs enfants et ces enfants commencent à manifester au canal Saint-Denis, par exemple, où il y a eu des victimes noyées, au pont Saint-Michel, et certaines associations s’y joignent. A la fin des années 1980 se constitue l’association Au nom de la mémoire, avec justement des enfants de l’immigration. » Faire perdurer la mémoire et le combat Ces enfants de l’immigration ont bien grandi. Ils sont devenus eux-mêmes parents, grands-parents, mais leur combat n’a pas changé. « L'enjeu, c'est la transmission », dit l’un deux. « Et moi, quand je parle avec mes enfants tous les jours, je leur dis une chose très importante : ce n'est pas une mémoire du pathos. On n'est pas là pour pleurer, pour dire “voilà, nous sommes les victimes”. Non, pas du tout. Nous sommes fiers que nos parents, nos grands-parents, aient porté cette histoire et qu’ils soient restés debout. Ce qu'il faut valoriser, c'est le courage », martèle-t-il. Comme chaque année, à l'approche du 17 octobre, des associations de rescapés, d'enfants de victimes et de soutiens se retrouvent pour organiser les commémorations du massacre, à Paris et en banlieue. Au devoir de mémoire de leurs premières années de lutte se sont ajoutées il y a 20 ans des revendications concrètes : la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français, l'accès aux archives et un lieu de mémoire. Mais la reconnaissance de l’État français n’avance qu’à petits pas. « On pourrait quasiment reprendre mot pour mot l’appel de 2001. Cela prouve les extraordinaires résistances auxquelles nous nous heurtons pour obtenir la reconnaissance de ce qui a été perpétré il y a maintenant 60 ans », se désole Olivier Le Cour Grandmaison, politologue, universitaire et membre du collectif unitaire 17 octobre 1961, pour la reconnaissance d’un crime d’État. À Clichy-La-Garenne en 2011, François Hollande, alors candidat à la présidentielle, rendait hommage aux victimes du 17 octobre 1961 pour « tout simplement rappeler ce qu’il s’est produit, c’est-à-dire plusieurs dizaines de morts dans des conditions tragiques. » Un an plus tard, en 2012, le président socialiste est le premier chef d'Etat à reconnaître « une sanglante répression le 17 octobre 1961 » dans un communiqué. Un geste dérisoire pour Olivier Le Cour Grandmaison. « Si la République était à ce point lucide, elle ne pourrait pas qualifier les massacres du 17 octobre 1961 de sanglante répression. Le 17 octobre doit être considéré comme un massacre, avec des exécutions sommaires, des noyades... On sait qu'il y a eu dans la cour même de la préfecture de police, à quelques dizaines de mètres des bureaux de Maurice Papon, des exécutions sommaires. » La classe politique unie dans le déni Au nord-ouest de Paris, à Colombes, la petite place devant l’école élémentaire Simone Veil deviendra le parvis du 17-octobre-1961 dès ce dimanche. « On s'inscrit dans cette mémoire de la région parisienne. C’est donc une plaque qui indiquera qu'on a inauguré un parvis du 17 octobre 1961. Il y aura peut-être aussi un descriptif des événements comme on a dans d'autres villes voisines », indique Alexis Bachelay, adjoint au maire de la ville. Pourtant, l’installation de cette simple plaque ne s'est pas faite sans mal. Avant que la mairie de Colombe ne bascule à gauche en 2020, Alexis Bachelay était conseiller municipal dans l'opposition. « Pendant 15 ans, malgré les demandes répétées, malgré la présence d'associations, de familles dont les parents, les frères, les soeurs ont été victimes de la répression du 17 octobre, la municipalité refusait obstinément d'accorder un lieu de mémoire, se rappelle l’élu. On a eu des échanges en conseil municipal un peu étonnants. Il se disait que c'étaient des rixes entre militants du FLN et que dans ces rixes, il y avait eu effectivement des morts. Ça allait vraiment jusqu'à une forme de révisionnisme historique et de déni de la gravité de la répression, de la gravité de l'événement. Étant entendu que c'étaient des gens qui se revendiquaient politiquement du gaullisme, il y avait aussi cette idée qu’on allait ternir non seulement l'image de la France, mais aussi l'image de leur famille politique et de ce à quoi ils croyaient en tant que militants. » Alexis Bachelay profite d'un mandat de député entre 2012 et 2017 pour tenter, avec d'autres, de faire passer une proposition de loi pour la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans le massacre du 17 octobre.  Il n'obtiendra même pas le soutien de son groupe politique, socialiste, écologiste et républicain. « Dans le cas de la guerre d'Algérie, et peut-être plus encore du 17 octobre 1961 parce que ça s'est passé à Paris, l'ensemble met à mal la mythologie nationale républicaine sur l'idée que la République a toujours été fidèle à ses principes, analyse le politologue Olivier Le Cour Grandmaison. Cela remet en cause les mythologies partisanes, celles de la direction du Parti communiste, qui a toujours prétendu avoir été constamment anticolonialiste. Dans le cas de l'Algérie, ce n'est pas vrai. Cela remet en cause celle du Parti socialiste comme grand parti de l'émancipation et du progrès, dont l'ancêtre, la SFIO, a joué un rôle absolument délétère pendant la guerre d'Algérie. Et ça porte atteinte à de grandes mythologies personnelles. Qui était Premier ministre? Michel Debré, l'un des rédacteurs de la Constitution de la Cinquième République. Qui était président de la République à l'époque ? Le général de Gaulle. L’ensemble de ces éléments font que, à droite comme pour une partie des gauches gouvernementales, ce passé est un passé extrêmement dangereux. » Après les mots du candidat Macron sur la barbarie de la colonisation et le geste du chef de l'Etat envers les harkis, tout récemment, les associations espèrent que le 60e anniversaire du massacre marquera un tournant. « Je ne suis pas forcément d'un optimisme débridé parce qu'il me semble qu'Emmanuel Macron adopte une tactique qui consiste à céder un peu pour ne pas céder sur le fond, avance Olivier Le Cour Grandmaison. Si l'on compare avec la plupart des autres grandes puissances coloniales européennes, ou la plupart des autres États qui se sont bâtis sur la destruction partielle des populations autochtones, on se rend compte à quel point, effectivement, dans ces domaines et sur ces matières, la France est sinistrement en retard. » Alors que les tensions sont vives avec Alger, le 17 octobre pourrait être l'une de ces occasions d'apaisement sur les sujets mémoriaux que souhaite Emmanuel Macron. Quoi qu'il arrive, dimanche et comme chaque année, les associations seront au rendez-vous sur le pont Saint-Michel, au cœur de Paris. Car ici, il y a 60 ans, on noyait les Algériens.

2021-10-14 13:10:03 Lire l'article

Grand reportage - Kannywood: le cinéma conservateur du nord du Nigeria

Dans les années 90, une puissante industrie cinématographique voit le jour au Nigeria : c'est Nollywood, un marché qui dépasse bientôt celui d'Hollywood. Si cette histoire est célèbre, beaucoup ignorent en revanche qu'une autre industrie cinématographique se développait aussi, au même moment, dans le nord du pays le plus peuplé d'Afrique. Et plus particulièrement dans la grande ville musulmane de Kano. C'est elle qui a donné son nom à Kannywood, le cinéma en langue hausa, dont la production est imprégnée par un conservatisme religieux aux antipodes des excès autorisés au sud du Nigeria. (Rediffusion) «Kannywood: le cinéma conservateur du nord du Nigeria», un Grand reportage de Liza Fabbian. Émission initialement diffusée le 29/06/2021.

2021-10-01 13:10:05 Lire l'article

Grand reportage - Le dernier releveur

Ce métier, c’est celui de releveur de compteurs électriques. Aussi vieux que l’électricité existe dans les foyers, il est en train de s’éteindre sans qu’on ne s’en rende vraiment compte. Chassé par le déploiement du compteur Linky, il aura totalement disparu d’ici la fin de l’année 2021. En effet, depuis 2015, Enedis et ses prestataires installent ce boîtier vert pomme, capable de communiquer automatiquement la consommation des usagers, sans avoir besoin d’une relève «humaine». Yoann Paulaeck est releveur depuis 15 ans et nous emmène sur les routes de Creuse et du Puy-de-Dôme pour l’une de ses dernières tournées. Il raconte son métier, peu connu, qui a une importance toute particulière dans les campagnes. «Le dernier releveur», un Grand reportage de Justine Rodier.

2021-10-06 13:12:17 Lire l'article

Grand reportage - France: le grand épuisement des internes en médecine

Ils ne sont pas encore diplômés et pourtant leur métier les épuise déjà, voire les tue. En France, les internes en médecine représentent 40% du personnel médical dans les hôpitaux. Mi-médecin, mi-étudiant, certains travaillent plus de 80 heures par semaine, et tous sont confrontés au quotidien à la violence du monde médical.Depuis le début de l’année 2021, au moins 7 internes se sont suicidés, victimes de surmenage, pression, harcèlement, absence d’accompagnement psychologique...  «France : le grand épuisement des internes en médecine», un Grand reportage de Claire Leys.

2021-09-16 13:37:55 Lire l'article

Grand reportage - Tunisie: «La République des flics», l’héritage toujours vivant de Ben Ali

En Tunisie, parmi les domaines qui ont échappé aux réformes depuis la révolution, il y a celui de la sécurité. Et quand les autorités sont en manque de solution pour résoudre la question sociale, les forces de l’ordre deviennent leur ultime rempart contre la colère de la population. Ces derniers mois, en pleine crise sanitaire et économique, la répression des mouvements de protestation s’est faite plus brutale, plus massive, au point de relancer le débat sur les violences policières. La République des flics, l’héritage toujours vivant de Ben Ali, un grand reportage de Matthias Raynal.

2021-10-11 15:11:29 Lire l'article

Grand reportage - Adoptions forcées au Chili, mères et enfants à la recherche de la vérité

Entre les années 1960 et les années 1990, plus de vingt mille enfants chiliens ont été adoptés et emmenés à l'étranger par des familles françaises, italiennes, américaines, belges ou encore canadiennes. Des adoptions encouragées par la dictature du général Pinochet. Mais des années après, des voix ont commencé à s'élever au Chili : plusieurs milliers de mères biologiques n'avaient en fait jamais accepté que leurs bébés soient donnés en adoption. RFI est allé à la rencontre de ces femmes au Chili, mais aussi d'enfants adoptés en France, qui recherchent leurs origines. De notre correspondante au Chili, À 1 200 kilomètres au sud de Santiago, sur l'île de Chiloé, Ruth Huisca remet du bois dans le poêle qui réchauffe la pièce principale, en plein hiver austral. Cette employée de maison, âgée d'une cinquantaine d'années, nous reçoit dans une maison rouge à l'architecture typique de l'île, avec sa façade recouverte de bardeaux de bois. Au milieu des années 1980, Ruth vit et travaille à Osorno, dans le sud du pays. Elle tombe enceinte de son petit-ami quand elle a 17 ans, et lui en a 16. Il part dans une autre ville, et Ruth accouche seule d'une petite fille à l'hôpital d'Osorno. Mais elle n'ose pas retourner chez elle, à la campagne. « À l'époque, je n'aurais pas pu revenir chez mes grands-parents avec un bébé. Ils m'auraient mise dehors, ils m'auraient collé une raclée. Alors j'ai eu peur de leur dire que j'étais enceinte. Et j'ai cherché une pension pour ma fille, je l'ai confiée à une dame en qui j'avais confiance. » Les premiers mois, Ruth voit son bébé tous les jours, et travaille en même temps dans un bar. Mais les clients se font rares, et elle trouve un emploi mieux payé sur l'île de Chiloé à 200 kilomètres de là. Sa fille, Claudia, reste en pension auprès de la même personne, une ancienne collègue de travail. « Je lui donnais 5 mille pesos par mois, c'était une somme importante à l'époque. Mais je suis tombée malade, et pendant six mois j'étais alitée. Je n'ai jamais su exactement ce que j'avais. Et je n'ai pas pu envoyer d'argent à ce moment-là. Alors cette dame m'a dénoncée », raconte Ruth autour d'un café et de biscuits, pendant que la pluie se met à tomber dehors. Ruth est convoquée au tribunal, accusée d'avoir abandonné sa fille. À ce moment-là, elle ne sait quasiment pas lire, car elle a quitté l'école à 12 ans. Elle ne comprend pas les documents qu'on lui présente. « L'assistante sociale ici m'a dit que j'étais jeune, qu'un jour j'allais me marier et avoir beaucoup d'enfants et que je ne m'inquiète pas. Et qu'il fallait que je signe. Je lui ai demandé si j'allais pouvoir revoir ma fille, elle m'a dit que oui. Elle m'a assurée que si je ne signais pas, j'allais être arrêtée. J'ai eu peur d'aller en prison. Et j'ai fini par signer. » Elle réalise ensuite que ces documents étaient des papiers pour donner Claudia en adoption. Et malgré des recherches auprès du commissariat, Ruth n'a jamais retrouvé sa fille. C'est seulement il y a quelques années, qu'elle s'est rendue compte qu'elle n'était pas la seule à avoir vécu une histoire similaire. « Je l'ai entendue pleurer. Ensuite, je ne l'ai plus jamais vue » De retour à Santiago, Aída Cáceres nous reçoit dans une petite maison, dans la commune de Padre Hurtado. Avant de s'installer dans la capitale, elle aussi vivait dans le sud du Chili. Elle a perdu la trace de son deuxième enfant juste après avoir accouché à l'hôpital de Coronel, à 500 kilomètres de la capitale. «  À 21 ans, je suis tombée enceinte d'une petite fille. Je suis arrivée à l'hôpital avec des complications. Ma fille est née, et je me souviens très bien que l'infirmière a dit " Regarde comme ta fille est belle ". C'est tout ce dont je me souviens. Je l'ai entendue pleurer. Et ensuite, je ne l'ai plus jamais vue. », raconte-t-elle. Une soignante lui dit que sa fille est morte. Mais Aída n'arrive pas à y croire, et elle cherche à en avoir le cœur net. Nous sommes alors en 1986. « Je l'ai cherchée dans l'hôpital de Coronel, mais elle n'était pas là. J'ai demandé ce qui lui était arrivé, posé plein de questions. Jusqu'à ce que je trouve cette infirmière. Et elle m'a dit : " Ta fille n'est pas morte. Elle a été envoyée dans un foyer pour mineurs". Ils ont dit que je l'avais abandonnée ! Mais je n'ai jamais été devant le tribunal, je n'ai jamais signé de documents d'adoption, jamais. » Aída a cherché sa fille pendant des années, sans succès. Mais il y a trois ans, elle reçoit des messages sur Facebook, depuis la France. « Est-ce que tu es ma mère ? ». « Cette question-là, je ne l'oublierai jamais. » Depuis, elle prend régulièrement des nouvelles de sa fille, malgré la barrière de la langue. Marie, c'est son nom actuel, lui envoie bientôt une copie de son dossier d'adoption. « Voilà, ça c'est son passeport… », dit-elle en feuilletant le dossier, qu'elle a imprimé et garde précieusement. Elle s'attarde sur la photo d'identité de sa fille : « C'était encore un bébé… ! », soupire-t-elle. Et elle s'étonne sur la rapidité avec laquelle sa fille a été adoptée. « Car elle est née le 21 septembre, et le 17 décembre de la même année, elle était déjà en train de quitter le Chili, avec une décision de justice disant qu'un couple français venait la chercher. Et puis dans le rapport, il est écrit que je vivais à la rue, et que j'étais alcoolique. Alors que je n'ai jamais bu une goutte d'alcool ! Et j'ai toujours été assez casanière, toujours eu un toit. » Des centaines de plaintes déposées Au Chili, plus de 700 plaintes ont été déposées ces dernières années pour des adoptions forcées, qui ont eu lieu principalement pendant la période de la dictature de Pinochet, entre 1973 et 1990. Mais la police judiciaire chilienne et les associations de victimes estiment que depuis les années 1960, plus de 20 mille enfants chiliens pourraient avoir été adoptés de manière irrégulière. L'une des ces associations s'appelle « Hijos y madres del silencio », (« Enfants et mères du silence »). Marisol Rodriguez, qui est à la recherche de sa grande sœur, est la porte-parole de cette ONG créée en 2014 pour aider des mamans à retrouver leurs enfants. « Nous sommes environ 12 mille personnes, dans un groupe Facebook privé. Nous faisons tout en ligne. Pour aider les mères et leur famille dans leurs recherches, nous leur demandons de faire un test ADN car elles n'ont pas vraiment d'autre moyen de trouver leurs proches. Les enfants adoptés à l'étranger, par contre, ont souvent des documents, le nom d'une ville, un nom de famille... On fait les recherches avec eux mais on leur suggère aussi de faire un test ADN pour être sûrs, car les papiers qu'ils ont sont souvent faux. Malheureusement, seules 250 recherches ont abouti pour l'instant. », affirme Marisol Rodriguez. Les femmes victimes de ces adoptions forcées étaient principalement pauvres, jeunes, célibataires, et parfois issues des peuples autochtones du Chili, notamment le peuple mapuche. Certaines étaient illettrées. L'association a identifié une série de personnes et d'institutions dont les noms reviennent dans les dossiers d'adoptions forcées. « Des religieuses et des prêtres étaient impliqués, très souvent des assistantes sociales aussi. Des avocats, des juges... Des hôtels... Il y avait tout un réseau, assure Sol Rodriguez, co-fondatrice de l'association. Et il s'agissait aussi de faire croire aux parents adoptifs qu'ils étaient en train de faire quelque chose de bien. Pas qu'ils étaient venus chercher un enfant qui avait disparu de l'hôpital. » Ces intermédiaires utilisaient les mêmes méthodes pour retirer les enfants à leurs mères. « La première, c'était de dire aux mères que leur enfant était mort à la naissance, mais sans leur donner le corps, explique Sol Rodriguez. La deuxième méthode concernait plus souvent les mères qui travaillaient comme employées de maison ou à la campagne par exemple : ces gens leurs disaient qu'ils allaient s'occuper de leurs enfants la semaine, et qu'elles pouvaient venir les chercher les week-ends. Mais après quelques semaines, ils les donnaient en adoption sans leur accord. Enfin, dans le troisième cas, ils disaient aux mères que leurs nouveaux nés avaient des maladies très graves, qui ne pouvaient pas être soignées ici. Et que si elles aimaient leur enfant, elles devaient le donner en adoption, pour qu'il ne meure pas au Chili. » Pour plus de 700 enfants, la dernière adresse connue au Chili, indiquée sur leur passeport, était celle de plusieurs hôtels à Santiago. Guido, 59 ans, a travaillé dans l'un de ces hôtels, qui a fermé depuis. Pour la première fois, il accepte de raconter au micro de RFI ce qu'il a vu. Nous le retrouvons chez lui, en banlieue sud de la capitale, après sa journée de travail. Quand il était employé au restaurant de l'hôtel, entre 1979 et 1997, il a croisé de nombreux couples qui venaient adopter des enfants au Chili. « Ils restaient environ deux mois, se souvient-il. Au début, ils étaient seuls pendant une ou deux semaines. Puis apparaissait  quelqu'un qui leur donnait tous les contacts. Et ensuite les enfants arrivaient », dit-il. « Au bout de quinze jours à peu près ils descendaient au restaurant de l'hôtel faire la paperasse avec les avocats, je les servais à table. Les Italiens adoptaient seulement des bébés, jamais des enfants plus grands. Et les Français et les Australiens adoptaient des enfants de 3 ou 4 ans environ. » Aujourd'hui, il se pose des questions sur le rôle qu'a joué l'hôtel dans ces adoptions. Il se souvient par exemple d'une femme, qui était officiellement directrice des relations publiques. « Elle avait son bureau là-bas, mais elle n'a jamais vraiment travaillé comme chargée de relations publiques. Quand les couples étrangers arrivaient, ils cherchaient toujours à parler avec elle. Elle faisait le lien entre les avocats et les parents adoptifs, parce qu'elle parlait français et anglais. » Un pic d'adoptions sous la dictature Des adoptions irrégulières ont eu lieu, avant et après la dictature du général Pinochet. Mais si ces réseaux ont pu fonctionner sans problème sous le régime militaire (1973-1990), c'est notamment parce que la junte elle-même avait décidé de promouvoir les adoptions d'enfants pauvres par des couples étrangers. C'est ce qu'a montré l'historienne Karen Alfaro dans ses recherches. Elle enseigne à l'université australe du Chili, à Valdivia, et travaille depuis plusieurs années sur ce sujet. « Sous la dictature, le Chili est devenu l'un des principaux pays d'où partaient des enfants pour être adoptés à l'étranger, précise-t-elle. Les adoptions forcées d'enfants s'inscrivent dans le cadre d'une politique de violence sociale contre ces familles pauvres. Il s'agissait d'une sorte d'eugénisme social. » À l'époque, le régime transforme le Chili en laboratoire du néolibéralisme, sous l'influence des « Chicago Boys », rappelle la chercheuse. « La dictature tentait de montrer son développement économique. Dans ce contexte, ces catégories sociales pauvres, et les " mineurs irréguliers" comme ils les appelaient, étaient perçues comme un problème, souligne la chercheuse. La presse les désignait comme " le grand problème " de notre pays. » En pleine guerre froide, la dictature craignait qu'en grandissant, ces enfants rejoignent l'opposition. D'autre part, les dirigeants de la junte militaire ne souhaitaient pas dépenser d'argent dans des programmes sociaux. « Ils se proposent donc d'augmenter significativement le nombre d'adoptions d'enfants chiliens, a constaté Karen Alfaro. Pour cela, les démarches d'adoption sont alors simplifiées. » Lors de ses recherches, l'historienne a montré que des enfants ont été vendus entre 6 500 dollars, pour un bébé, et 150 mille dollars, pour une fratrie. Mais pour elle, sous Pinochet en particulier, les motivations des intermédiaires étaient souvent idéologiques, plus que financières. « J'ai pu mener des entretiens avec des assistantes sociales impliquées dans des affaires d'adoptions irrégulières, précise l'historienne. Et elles disaient que ces pratiques avaient lieu dans le cadre d'une politique institutionnelle. Elles étaient convaincues d'avoir sauvé des enfants de leurs propres familles, car elles pensaient qu'ils étaient destinés à la pauvreté, au chaos. Il y avait donc des raisons idéologiques chez beaucoup de fonctionnaires, médecins, juges et assistantes sociales. » Une diplomatie des adoptions Enfin, d'après ses recherches, le régime a utilisé ces adoptions pour renouer des relations diplomatiques avec plusieurs pays occidentaux qui avaient accueillis un nombre important d'exilés chiliens et où la dictature était particulièrement critiquée pour les violations des droits de l'Homme qui s'y produisaient. La Suède, par exemple, a été l'un des principaux pays de destinations des enfants chiliens adoptés à l'étranger. À l'époque, les autorités suédoises avaient été alertées sur des irrégularités, mais ont décidé de fermer les yeux. À la même période, la France a été le quatrième pays où le plus de petits chiliens ont été adoptés, selon des données partielles compilées par les autorités consulaires chiliennes. Le ministère français des Affaires étrangères, de son côté, indique que 1 706 enfants chiliens ont été adoptés en France depuis 1981, sans plus de précisions, malgré plusieurs relances de notre part. Le droit de connaître ses origines À des milliers de kilomètres de Santiago, ces enfants ont grandi et certains cherchent aujourd'hui à connaître leur histoire. Lucile Gimberg, de l'antenne de RFI en espagnol, est allée à leur rencontre dans le sud-ouest de la France. Près de Toulouse, l'association Chilean Adoptees Worldwide, (Chiliens adoptés à travers le monde), a organisé une réunion d'information à la fin du mois de juillet, dans une salle des fêtes. Quelques dizaines de personnes sont présentes, dont Johanna Lamboley. Elle est l'une des représentantes en France de cette ONG. « J’ai été adoptée au Chili en 1986, à l’âge de 5 ans et demi, explique-t-elle. J'ai été volée à ma maman biologique, avec qui je vivais. Elle a passé 36 ans à me chercher. » Grâce à l'association, Johanna a retrouvé sa mère. Mais elle considère que ce sujet est encore trop peu connu. « Il y a une omerta dans le monde de l'adoption en France, donc on veut alerter les enfants chiliens qui recherchent leurs racines qu'on existe, qu'ils peuvent nous contacter et qu'on peut essayer de les aider dans la mesure du possible, pour reconnecter avec leur identité », dit-elle. Se reconstruire autour de son histoire personnelle Toutes les adoptions d'enfants chiliens n'étaient pas forcément irrégulières. Mais le résultat des recherches, provoque souvent des émotions contradictoires. Laetitia Bourgier, 34 ans, a elle aussi réussi à contacter sa famille biologique au Chili. Après avoir cherché pendant des années, elle fait appel au Service national des mineurs à Santiago, qui retrouve finalement sa mère, et lui transmet une lettre et une photo d'elle. « Quand je vois sa photo, ça y est je vois à qui je ressemble ! On a le même nez, la même bouche, les mêmes yeux et sourcils », dit-elle avec un grand sourire. « Quand on est adopté, la question de savoir à qui on ressemble, c’est la première question qu’on se pose. Avant toute autre chose, " à qui je ressemble ? " Et là ça y est ! », se souvient-elle. Dans le courrier, « Elle me dit qu’elle ne m’a jamais donnée à l’adoption. Là, pour moi, c'est quand même un soulagement. Je me dis que ce n’était pas que dans ma tête. Mais ce n'est pas simple. Cela change toute mon histoire, qui est le fondement de mon identité comme personne. Ça a été un tsunami psychique, cette découverte-là. Je ne l’aurais pas fait des années avant parce que j’étais pas assez forte. Et cela remis beaucoup de choses en question. En rentrant en France, je me demandais : quelle est ma vie ? L'ai-je vraiment choisie ? et mon travail ? ». Laetitia découvre aussi qu'on a dit à sa mère qu'elle était morte à l'hôpital. Et elle se rend compte que son acte de naissance a été falsifié. Aujourd'hui, elle s'interroge sur la responsabilité de la France dans ces affaires. « On ne peut que se questionner. Il y a quand même beaucoup, beaucoup d’enfants qui sont sortis du Chili vers la France, qui sont passés par l’ambassade de France, souligne-t-elle. Ils connaissent le fonctionnement des lois. Or des enfants sont sortis du pays sans certains documents obligatoires… Il y a pas mal de zones de flou. Ce serait quand même très étonnant qu’ils ne se soient pas questionnés sur ça », pointe-t-elle. Un comité d'accueil à l'aéroport de Toulouse Les associations de victimes pensent que le plus souvent, les parents adoptifs n'étaient pas au courant que ces enfants n'avaient en fait jamais été abandonnés. Le père de Laetitia, André, a soutenu sa fille dans la recherche de ses origines. Il est l'un des rares parents à accepter de raconter les démarches qu'il a menées avec sa femme à l'époque. « En fait ça a été très simple. On savait déjà qu'en France c’était très difficile, les adoptions. Il fallait compter 4 ou 5 ans, et encore, ce n’était pas évident, explique-t-il au micro de Lucile Gimberg, de l'antenne de RFI en espagnol. Et on savait que c’était plus simple d’adopter dans un pays étranger. » Le couple connaît plusieurs personnes qui ont déjà adopté au Chili. Ils choisissent donc de partir pour Santiago. Leurs amis leur donnent des contacts et des adresses. Une sorte de guide de l'adoptant, écrit à la main, et grâce auquel ils trouvent Laetitia dans un hôpital après seulement quinze jours sur place. Ils payent uniquement des frais de traduction, des frais administratifs dans les tribunaux, assure André Bourgier. Lui et sa femme ne remarquent rien qui leur semble anormal. À leur retour, ils sont attendus à l'aéroport de Toulouse par un comité d'accueil très enthousiaste. « Une quinzaine ou une vingtaine d'amis, qui avaient déjà adopté des petits chiliens. Ils nous attendaient presque comme le messie, à l'aéroport. C’est fabuleux comme émotion ! » En France, le tribunal prononce l'adoption plénière de Laetitia sans difficultés. Alors quand sa fille lui apprend qu'elle a été retirée de force à sa mère biologique, « Sur le coup bien sûr ça m’a fait quelque chose, parce qu'il faut quand même le digérer », se remémore André Bourgier. Mais aujourd'hui, dit-il, il est content que Laetitia ait pu retrouver sa famille biologique. « Maintenant, quand elle parle de son histoire, elle est un peu plus libérée. Elle est moins stressée », estime-t-il. Tabou Pour d'autres parents cependant, aborder ce sujet avec leurs enfants adoptifs semble inenvisageable. C'est ce qui est arrivé dans la famille d'Alban Dubaux, 30 ans, que Lucile Gimberg a rencontré lors de la réunion d'information de l'association Chilean Adoptees Worldwide, près de Toulouse. Ce jeune gendarme a été adopté à Punta Arenas, la ville la plus australe du Chili, en Patagonie. Sur son passeport, qui a été établi au Chili, quand il avait seulement 15 jours, Alban portait déjà son nom et son prénom français. Une irrégularité qui complique aujourd'hui la recherche de ses origines, mais n'a pas empêché qu'il sorte du pays sans encombre, puis soit adopté en France. « D'après ce qu'ils m'ont dit, mes parents adoptifs ont été contactés avant ma naissance », précise-t-il. Au début, ses parents lui racontent d'où il vient. Mais vers l'âge de 6 ans, sa mère le trouve en train de fouiller dans son dossier d'adoption. Puis elle se braque, et refuse de reparler de ses origines. Quelques années après, Alban se rend compte que les papiers ont disparu. « Impossible de remettre la main sur les documents que j'avais vu quand j'étais petit. Et après en parlant avec mes parents, j'ai vu que c'était très tabou, impossible de parler plus avec eux. C'était vraiment violent, vraiment pour que j'arrête de fouiner et que je mette mon nez ailleurs. », raconte-t-il. Malgré l'opposition de ses parents adoptifs, Alban a décidé de continuer les recherches de son côté. Il s'est marié il y a trois ans, et lui et sa femme aimeraient avoir des enfants. Mais avant cela, Alban voudrait connaître sa propre histoire. « Ce qui m'importe le plus c'est vraiment de savoir qu'est-ce qu'il s'est passé surtout. Pourquoi j'ai été abandonné ? Est-ce que c'est voulu ? Pas voulu ? Et j'ai besoin de toucher la chair de ma chair, que ce soit un frère, une soeur, un grand-parent... », dit-il. Pouvoir prendre sa mère biologique dans ses bras, c'est aussi ce que souhaite Johanna Lamboley, de l'association Chilean Adoptees Worldwide (CAW). Si les restrictions sanitaires le permettent, elle ira au Chili cette année, pour la première fois depuis son adoption. Et elle lance un appel aux autorités françaises. « On voudrait juste que le gouvernement français, comme l’ont fait les gouvernements de Suède, de Hollande et d'ailleurs, nous aide et reconnaisse aussi qu’il y a eu une part d’erreurs dans leur traitement des dossiers d’adoption », précise-t-elle. À Santiago, Aída Cáceres rêve elle aussi de rencontrer sa fille en personne. Mais pour l'instant, elle n'a pas les moyens de payer un billet d'avion pour la France.  Enfin, pour l'association Hijos y madres del silencio, il est urgent que les enquêtes déjà en cours au Chili avancent. D'après sa cofondatrice, Sol Rodriguez, ces adoptions forcées pourraient constituer des crimes contre l'humanité. « On ne peut pas laisser tout cela sous le tapis alors qu'il y a eu tant d'injustice. Des mères meurent en ce moment sans savoir où sont leurs enfants, regrette-t-elle. C'est terrible car il s'agit de vols d'enfants et ici au Chili, il y en a eu des milliers. » Elle rappelle que les adoptions forcées concernent aussi d'autres pays que le Chili. Enfin, elle demande au gouvernement de son pays de relancer un projet de banque de données ADN, créé pour aider les mères à retrouver leurs enfants, mais qui est à l'arrêt depuis un an et demi.   ►Pour en savoir plus : - Association Hijos y madres del silencio - Association Nos buscamos - Association Chilean Adoptees Worldwide (CAW)  - Programme de recherche des origines, du Service national des mineurs (Chili) - Enquête journalistique du média chilien en ligne Ciper, dans laquelle est mentionné l'hôtel Conquistador  - Reportage de RFI en 2014, lors des premières révélations journalistiques sur ce sujet  - Adoptions irrégulières dans d'autres pays que le Chili : (Suisse / Sri Lanka)

2021-09-14 13:29:24 Lire l'article

Grand reportage - La filière bois se réinvente au Gabon

Que ce soit comme alternative à la fin du pétrole ou pour diversifier une économie qui repose sur les hydrocarbures et le manganèse, le Gabon a décidé de miser sur la valeur ajoutée de l'autre source de revenus de ce pays forestier : le bois. Depuis 2009, l'exportation du bois brut est interdite. «La filière bois se réinvente au Gabon», un Grand reportage signé Stanislas Ndayishimiye.

2021-09-30 13:29:05 Lire l'article

Grand reportage - Mémoire et réparations de l'esclavage, éternels défis pour le Texas

Le 19 juin 1865, 2 000 soldats de l’Union parviennent dans la dernière ville confédérée du pays. Le Général Gordon Granger annonce alors la libération immédiate des esclaves. Cette date marque la fin effective de l’esclavage dans tous les États-Unis. Cette ville, c’est Galveston, au Texas. Ce grand port du commerce triangulaire, est aujourd’hui une station balnéaire, une attraction touristique, historique et un lieu de mémoire en périphérie d’une des grandes villes noires du pays, Houston… Même si le Congrès américain vient (ce mercredi 16 juin 2021) de voter pour que le 19 juin devienne le 11ème jour férié dans tous les États-Unis…. depuis 156 ans, de Galveston à Houston, on commémore l’anniversaire de la fin de l’esclavage, mais aussi le chemin qui reste encore à parcourir pour panser les plaies. «Mémoire et réparations de l'esclavage, éternels défis pour le Texas», de Thomas Harms. (Rediffusion du 18 juin 2021) ►À écouter aussi sur RFI: - La transmission de la mémoire de l'esclavage - Pourquoi raconter des histoires de l'esclavage? - Esclavage, notre histoire: les 20 ans de la loi Taubira - Esclavage : mémoires transatlantiques

2021-09-17 13:50:14 Lire l'article

Grand reportage - Ils ont quitté Kaboul et attendent toujours d’être évacués vers l’Europe

Depuis la chute de Kaboul et le retour au pouvoir des talibans, ils sont des milliers d’Afghans à avoir quitté le pays, on se souvient des scènes de chaos à l’aéroport, des rotations aériennes pour évacuer tous ceux qui avaient réussi à inscrire leur nom sur une liste.La France en aurait déjà fait évacuer plus de 3 000 à ce jour. Mais, il en reste encore des milliers à attendre. La plupart est toujours en Afghanistan, mais certains ont réussi à se rendre au Pakistan où ils espèrent que la France les aidera à rejoindre l’hexagone pour y demander l’asile. «Ils ont quitté Kaboul et attendent toujours d’être évacués vers l’Europe», un Grand reportage de Sonia Ghezali.

2021-09-27 14:51:47 Lire l'article

Grand reportage - Agaléga: l'empreinte militaire indienne s'accentue à Maurice

Grand reportage vous emmène aujourd’hui dans l’océan Indien, à Agaléga, une lointaine et petite dépendance mauricienne de 300 habitants. Sur place, de gros travaux et beaucoup de questions. Tout laisse indiquer que l’Inde y installe une base militaire. Des images satellitaires attestent de l’ampleur des travaux en cours. Même si Maurice nie avoir conclu un accord militaire avec l’Inde. Alors que la rivalité entre la Chine et l’Inde dans l’océan Indien ne cesse de se tendre, Maurice a choisi son camp.   «Agaléga: l'empreinte militaire indienne s'accentue à Maurice», un Grand reportage d'Abdoolah Earally. Realisation : Pauline Leduc.  

2021-10-05 13:30:03 Lire l'article

Grand reportage - États-Unis: le droit à l’avortement en sursis

Des milliers de femmes ont défilé, ce samedi 2 octobre 2021, à Washington pour défendre l’avortement. Près de 50 ans après sa reconnaissance par la Cour suprême, ce droit est plus que jamais menacé aux États-Unis. Depuis le 1er septembre 2021, une interruption volontaire de grossesse est quasiment impossible au Texas, son gouverneur républicain a adopté une loi interdisant l’IVG après 6 semaines de grossesse au moment où la plupart des femmes ne savent même pas encore qu’elles sont enceintes. Cette loi va jusqu’à encourager les citoyens à dénoncer toute personne qui ne la respecterait pas. Ce qui inquiète le plus les défenseurs du droit à l’avortement, c’est l’attitude de la Cour suprême désormais dominée par des juges conservateurs. «États-Unis: le droit à l’avortement en sursis», un Grand reportage de David Thomson.

2021-10-04 14:04:01 Lire l'article

Grand reportage - Angela Merkel, un destin allemand

La chancelière Angela Merkel tire sa révérence. Après 16 ans à la tête de l’Allemagne, la femme la plus puissante du monde, selon le magazine Time laisse un pays prospère et respecté sur la scène internationale. Pour une chancelière appartenant au parti chrétien-conservateur CDU, elle a pris des décisions étonnantes, comme la sortie du nucléaire (après la catastrophe de Fukushima), ou encore l’accueil de presque 1 million de réfugiés en 2015. Angela Merkel est la première femme et la première Allemande de l’Est à avoir accédé à la Chancellerie. Moquée au début de sa carrière pour son «look», elle a su toutefois s’imposer dans un univers masculin avec une rare détermination. Elle a changé le visage du pays, mais aussi celui son parti la CDU, devenue plus centriste. Pour comprendre la chancelière et certains de ses choix politiques, il faut savoir d’où elle vient. Nous nous rendons sur ses traces en Allemagne de l’Est.  «Angela Merkel, un destin allemand», un Grand reportage d’Achim Lippold. Réalisation : Laurie Plisson.    

2021-09-23 12:41:53 Lire l'article

Grand reportage - «Makongo» ou le temps des chenilles

Grand Reportage vous emmène en République Centrafricaine, au coeur des forêts profondes dans l’ouest du pays. Dans la Lobaye, une région relativement épargnée par la récente crise sécuritaire, la saison des pluies de juillet à septembre, rime avec saison des chenilles. Tandis que que le ciel déverse des torrents d’eau sur la forêt équatoriale, les larves de papillons grandissent à l’abri des arbres et se repaissent de feuilles jusqu'à prendre la taille d’un doigt. Lorsque les rayons du ciel viennent sécher les cimes, les chenilles bien dodues tombent naturellement sous l’effet de leur propre poids. Il n’y a plus qu’à se baisser pour les ramasser. Une manne financière et nutritive pour un pays qui souffre d’épisodes d’insécurité alimentaire chroniques. «Makongo» ou le temps des chenilles, un Grand reportage de Carol Valade, avec la participation de Clément di Roma, réalisation : Laurie Plisson.

2021-09-21 13:00:08 Lire l'article