Grand reportage - Agriculture en France: quand les jeunes prennent la relève

Premier producteur agricole de l’Union européenne devant l’Allemagne et l’Italie, la France, doit assurer la relève. Près de la moitié de ses 400 000 agriculteurs sont en âge de prendre leur retraite. Mais seulement 2 exploitations sur 3 sont reprises, en général par un fermier voisin qui veut s’agrandir. Pourtant, il y a moyen d'encourager les jeunes à s’installer, car les volontés ne manquent pas. Exemple en Ardèche, dans le centre sud de la France. «Agriculture en France: quand les jeunes prennent la relève», un Grand Reportage d'Ariane Gaffuri. En images

2021-05-06 13:00:09 Lire l'article

Grand reportage - L'allée du cancer en Louisiane: les Afro-Américains victimes de l'industrie

Plus de cent quarante usines pétrochimiques sont installées depuis plusieurs décennies le long du Mississipi, entre Bâton-Rouge et la Nouvelle-Orléans, au sud de la Louisiane. Surnommé « l’allée du cancer », ce corridor industriel dégage des émissions toxiques dans une zone essentiellement peuplée d’Afro-Américains. Les Nations unies se sont inquiétées, début mars, de l’implantation annoncée de plusieurs nouvelles usines dans cette atmosphère déjà extrêmement polluée, et ont dénoncé une forme de « racisme environnemental ». (Rediffusion) De notre envoyée spéciale permanente aux États-Unis, Anne Corpet Le président américain Joe Biden a, lui aussi, évoqué « l’allée du cancer » à plusieurs reprises, et annoncé sa volonté de lutter contre les injustices environnementales. Sur place, la population, impuissante depuis près d’un demi-siècle face au poids d’une industrie largement soutenue par les autorités locales, oscille entre rage et désespoir. « Formosa est une condamnation à mort ! » La pancarte est plantée devant la maison de Sharon Lavigne, située le long de la route, face à la digue qui protège les habitations des humeurs du Mississipi.  À 68 ans, cette habitante de St James tente de mobiliser son entourage pour empêcher l’arrivée d’une usine de fabrication de plastique sur sa commune, où sont déjà installés une dizaine d’établissements industriels. « Formosa a acheté plus de mille hectares de terres et prévoit la construction de quatorze unités dans un gros complexe. On ne peut déjà plus respirer et ils vont tripler les émissions toxiques dans le district », dit l’enseignante à la retraite. Sharon Lavigne désigne Burden Lane, à quelques encablures de son domicile : un lotissement pauvre, cerné des deux côtés par des usines. « Mon amie Géraldine vivait ici. Elle est morte. La femme qui vit dans ce préfabriqué a le cancer. Sa fille aussi. La dame dans la maison, là-bas, a eu les deux jambes amputées. Croyez-moi, personne n’est en bonne santé ici », lâche-t-elle. « Le couloir de la mort » Sharon Lavigne a toujours habité St James et garde le souvenir d’une enfance heureuse, en pleine nature. « Quand j’ai grandi ici, il y avait des champs à perte de vue autour du fleuve. L’air était pur, l’eau était propre, les sols étaient fertiles, et nous n’étions jamais malades », se souvient-elle. La première usine s’est implantée à St James au cours des années soixante, sur les terres d’une vaste plantation de canne à sucre. « Les gens trouvaient cela formidable. Tout le monde était enthousiaste, se remémore Sharon Lavigne. Pour tous, l’industrialisation était signe de progrès, de richesse. » Mais la sexagénaire vibre soudain de colère : « Les usines se sont multipliées, mais très peu de Noirs ont été embauchés. Et pendant des années, nous avons bu de l’eau sale, polluée par des produits aussi dangereux que le benzène. Les gens ont commencé à tomber malade, et il a fallu des décennies pour que nous comprenions que cela était lié à la présence de ces industries. Si je n’avais pas été aussi ignorante, croyez-moi, je me serais battue plus tôt ! »C’est à l’issue d’une réunion publique sur l’arrivée de Formosa en 2018, et après avoir été prier à l’église, que Sharon, une catholique fervente, s’est engagée dans la lutte contre l’implantation de l’usine dans son district. « Je suis devenue une activiste avant même de savoir ce que cela voulait dire. Mon association, Rise St James, est née dans ma cuisine, avec quelques paroissiens réunis autour d’une platée de gombo crevettes », sourit-elle. Et la mine grave, elle ajoute :« Les gens surnomment notre région l’allée du cancer. Mais moi, je l’appelle le couloir de la mort. Parce que vivre ici nous condamne à une mort prématurée certaine. » Un risque de cancer cinquante fois supérieur à la moyenne nationale L’appellation « allée du cancer » a été inventée il y a près de quarante ans par Darryl Malek Wiley, un militant écologiste de l’association Sierra Club à la Nouvelle-Orléans qui militait à l’époque aux côtés des syndicalistes de l’usine BASF. Il enrage de voir que, depuis, les syndicats ont disparu dans la quasi-totalité des industries pétrochimiques qui bordent le Mississipi, et que rien ou presque n’a été fait pour endiguer une pollution affolante. Avec le recul, lui aussi trouve trop restrictif le terme qu’il était fier d’avoir trouvé dans les années quatre-vingt. « Les communautés qui vivent le long du fleuve entre la Nouvelle-Orléans et Bâton-Rouge sont exposées à vingt produits chimiques différents dans l'air, quinze dans l'eau, et d’autres sont incrustés dans le sol. Les gens souffrent de cancers, de maladies respiratoires, de diabète. Certains de ces produits chimiques traversent le placenta et provoquent des malformations congénitales ou des fausses couches. Il y a toute une série d'effets désastreux sur la santé autres que le cancer, causés par ces usines pétrochimiques », explique-t-il avant de trancher : « Parler de vallée de la mort est plus approprié. »  L’usine japonaise Denka à St John, la dernière qui fabrique du néoprène aux États-Unis – matière des combinaisons de plongée sous-marine – est celle qui inquiète le plus les experts, du fait de ses émissions d’oxyde d’éthylène et de chloroprène. Selon l’agence fédérale de protection de l’environnement, dans la zone proche de l’usine, les résidents sont confrontés à un risque de cancer cinquante fois supérieur à la moyenne nationale.La pollution qui émane du site est ancienne : avant que les Japonais de Denka s’installent, en 2015, c’était l’entreprise Dupont qui occupait les lieux. Leslie Checksnighter, une riveraine, attribue à cette enseigne le décès de ses parents. « Ils ont construit leur maison ici un an avant l’ouverture de l’usine Dupont, en 1964. Mon père est mort d’un cancer des poumons il y a quinze ans. Ma mère a eu le cancer trois fois. Mon père cultivait son jardin, il avait des arbres fruitiers. Dupont a tué tout cela. On ne pouvait même plus planter de mauvaises herbes. Dupont relâchait des polluants entre deux et cinq heures du matin. L’odeur était omniprésente et tout virait au noir, nos arbres fruitiers sont devenus noirs, témoigne-t-elle. Aujourd’hui, avec Denka, les choses se sont améliorées. La pollution est toujours là, mais on l’oublie plus facilement : l’odeur n’est plus aussi atroce qu’auparavant. » Willy Me ne veut pas dire son âge, mais rentre chez elle à tout petits pas. Elle vit sur la 31e rue, celle qui longe les grillages de l’usine Denka. « Mon fils travaillait dans cette usine et il est mort il y a cinq ans. Il avait quarante-cinq ans, et avait toujours été en bonne santé. Pour moi, c’est l’usine qui l’a tué, c’est tout ce que je peux vous dire », lâche-t-elle avant de refermer sa porte. Un groupe de corneilles survole les modestes maisons. « Dans le temps, il y avait des rossignols, mais ils ont disparu, tout comme les papillons », remarque un voisin assis sous son porche. Un dérivé du chlore à un niveau plus de trois cents fois supérieur aux normes À plus d’une centaine de kilomètres à l’ouest du fleuve, à New Iberia, Wilma Subra, chimiste, analyse depuis des décennies les émissions de produits toxiques du couloir industriel. Elle a fondé son propre laboratoire, afin de transmettre directement aux habitants les résultats de ses découvertes, sans avoir à batailler contre une hiérarchie récalcitrante. Des piles de documents encombrent son canapé, ses étagères et le sol de son bureau. « Selon l’évaluation nationale de la toxicité dans l’air, le chloroprène est probablement cancérigène, et le seuil à risque dans l'air ambiant a été fixé par les autorités fédérales à 0,2 microgramme par mètre cube », entame-t-elle avant d’extirper une carte des environs de St John de l’un de ses dossiers. « Tout ce secteur dépasse largement le seuil requis. Ces prélèvements ont été effectués en 2017 par l’EPA, l’Agence fédérale de protection de l’environnement. Près de l’école élémentaire de St John, le niveau de chloroprène dans l’air atteint presque 50 microgrammes par mètre cube. Et si vous vivez près de la voie ferrée, le niveau atteint 67,4, soit  337 fois plus que le seuil à ne pas dépasser. Personne ne devrait être ainsi exposé ! », s’indigne-t-elle. Après la sortie des premiers prélèvements effectués par l’EPA en 2015, l’entreprise incriminée a promis une baisse de 85% de ses émissions, mais aucun contrôle fiable n’a été réalisé par les autorités, et les toxiques dans l’air restent de toute façon bien au-delà des normes. Denka a également tenté d’obtenir – sans succès – la modification du seuil de 0,2 microgramme par mètre cube. « C’est comme si un médecin vous demandait d’arrêter de fumer et que vous tentiez de négocier vos quinze cigarettes par jour »,s’exclame Wilma Subra, avant de reconnaître dépitée :« Vous pouvez aller faire des prélèvements tous les six mois, délivrer des sommations, ils feront toujours appel en justice. Les recours peuvent prendre des années et, pendant ce temps, la population vit toujours là, vraiment très exposée ». Et la chimiste de conclure : « La population de St John a eu le taux de mortalité dû au coronavirus le plus élevé des États-Unis. Cela est évidemment lié à leur état de santé dégradé, résultat des émissions toxiques auxquelles ces gens ont été exposés toute leur vie. » Les descendants des esclaves : une population invisible Sur plus de cent kilomètres le long du Mississipi, entre la Nouvelle-Orléans et Bâton-Rouge, les usines se succèdent sans discontinuer. Seul un petit bois ou quelques maisons regroupées séparent parfois les gigantesques structures d’acier, les immenses réservoirs de pétrole brut, ou les étendues de bâtiments rougis par les poussières de bauxite. C’est la présence du fleuve, voie d’accès royale au golfe du Mexique, et la présence de matières premières – le sel, le pétrole brut, le gaz naturel – qui ont attiré les industries. Mais aussi la possibilité de racheter les immenses terrains des anciennes plantations de canne à sucre, qui occupaient autrefois les rives du Mississipi. « Après la guerre civile, la plupart des esclaves exploités dans ces plantations ont été libérés, mais beaucoup d’entre eux sont restés dans la région. Ils se sont installés sur des petits lopins en bordure des terres où ils avaient été asservis. Les familles de planteurs ont vendu leurs propriétés aux raffineries et aux industries chimiques, et personne ne s’est soucié du sort de ces populations, de ces “communautés des clôtures’’, surnommées ainsi parce qu’elles jouxtaient les grilles des propriétés », relate Craig Colten, professeur de géographie à l’université de Bâton-Rouge, auteur de recherches sur l’industrialisation de la Louisiane. Et il assène : « Toute la littérature spécialisée du début du XXIe siècle précise que les industries doivent éviter les zones peuplées pour choisir leur site d’implantation, pour éviter les procès, et ne pas exposer les gens aux odeurs ou au risque d’explosion. Mais ces conseils ont été complètement ignorés au sud de la Louisiane. Comme il s’agissait majoritairement de Noirs, ces gens étaient tout simplement invisibles. » Joe Bonner descend d’une famille noire implantée le long du Mississipi au XVIIIe siècle. Elle tient un petit café le long de la route, dans une jolie maison rose située juste devant la digue qui isole le fleuve. « La région est importante sur le plan historique pour les Afro-Américains. Nous, les descendants des plantations, nous essayons de préserver notre héritage, de le protéger. Mais les industries n’hésitent pas à acheter des terres sacrées : plusieurs tombes d’esclaves sont désormais inaccessibles, isolées sur des zones de production ceintes de barbelés. »Et la jeune femmeajoute :« Certains parlent de réparation pour les descendants d’esclaves, pour tout ce travail qui n’a jamais été payé. Est-ce que cela ne serait pas juste de s’assurer que nous puissions au moins vivre en bonne santé ? Cessez de nous empoisonner, laissez-nous juste survivre, avoir de l’air pur ! » Sharon Lavigne, elle, l’assure : seuls les propriétaires blancs se voient proposer des offres de rachat pour leurs propriétés, de la part des industries. « Nous, les Afro-Américains, nous sommes ignorés. Ils ne nous emploient pas, ne nous proposent pas de jolies sommes pour nous permettre de déménager. Ils attendent simplement de nous voir mourir », dénonce l’enseignante à la retraite.  Blâmer les victimes « La justice environnementale sera au cœur de notre politique », a assuré Joe Biden le 27 janvier, en signant un décret présidentiel sur le climat. « Les communautés les plus touchées sont des communautés de couleur, comme celle de l’allée du cancer, en Louisiane », a précisé le président américain. De quoi donner de l’espoir aux habitants du corridor pétrochimique. Mais les quelques mots de l’hôte de la Maison Blanche ont immédiatement entraîné une riposte du sénateur républicain de Louisiane, qui a dénoncé « une gifle » contre son État. « En Louisiane, nous avons un plus fort taux de cancer que dans d’autres États »,a reconnu Bill Cassidy avant de pondérer : « Nous avons plus de fumeurs de cigarettes, d’obèses, de certaines infections virales et d’autres facteurs qui accroissent le cancer dans notre État ». Dans la foulée, l’association chimique de Louisiane, un lobby de l’industrie, a sorti un spot publicitaire dans lequel elle se présente comme soucieuse de l’environnement. « À chaque fois que quelqu’un évoque le terme ‘‘allée du cancer’’ au niveau national, c’est le même refrain, on blâme les victimes », se désole Vickie Boothe, une épidémiologiste installée à la Nouvelle-Orléans pour sa retraite. L’industrie et le sénateur républicain peuvent affirmer ce qu’ils veulent : si les hauts risques de cancer sont incontestables et ont été établis par une agence fédérale dans le corridor pétrochimique, il n’y a pas de données précises sur l’état de santé réel des habitants. « Il n'y a jamais eu d'étude épidémiologique de haute qualité qui ait examiné le large éventail de conséquences sur la santé auxquelles on pourrait s'attendre, vu les produits toxiques et les particules répandus dans l'air. Le registre du cancer de Louisiane dilue les cas recensés dans le couloir pétrochimique parmi ceux d’une zone beaucoup plus large, ce qui fausse les données », déplore Vicky Boothe. Et la retraitée, décidée à pallier ce manque d’informations en tentant d’effectuer elle-même une étude, explique : « L’industrie pétrochimique exerce des pressions décisives. Les universités dépendent de ses financements et de ses emplois pour garantir l’avenir de leurs étudiants. Résultat, aucune ne dispose de département épidémiologique digne de ce nom. Et les autorités de l’État sont acquises à la cause de l’industrie : le directeur du département de la santé de Louisiane a traité les habitants de St John de menteurs et de marchands de peur lors d'une réunion publique.  « L’allée du cancer est une décision politique » « L'allée du cancer est une décision politique, assène Wilma Subra, chimiste qui étudie les émissions toxiques du couloir pétrochimique depuis des décennies. Les usines sont venues parce que nous avons des ressources naturelles, mais aussi parce que les politiciens les ont invitées ou encouragées à s'installer ici. L’État les aide financièrement à construire leurs infrastructures, leur offre des avantages fiscaux. Ces usines ont été accueillies à bras ouverts pour empoisonner la communauté. » Le département de la qualité environnementale de Louisiane, organisme de l’État chargé de veiller au respect des normes édictées au niveau fédéral, est sous-financé et ne prend pas toujours la peine de vérifier que les industriels se conforment aux permis de polluer qu’ils ont obtenus auprès des autorités locales. « Dans cet État, il y une mentalité politique selon laquelle tout ce qui nuit à l'industrie nuit à la population. Et selon laquelle les garde-fous de santé publique coûtent trop cher », déplore Andrew Jacoby, avocat, spécialiste de l’environnement à la Nouvelle-Orléans. « Nous allons régulièrement au Parlement pour tenter de changer les lois ou proposer des résolutions qui semblent raisonnables, mais la législature nous dit toujours non et assure que cela coûtera cher en termes d’emplois. Mais quand l’industrie fait des suggestions, même les plus grotesques sont acceptées. C’est comme s’ils avaient un gros tampon vert qui dit oui à l’industrie, et un gros tampon rouge qui dit non aux communautés »,s’agace le jeune avocat avant de regretter :« Résultat, les gens perdent le goût de se battre, parce qu’ils ont l’impression que leurs intérêts ne seront jamais protégés. » De fait, dans la 31e rue de St John qui borde l’usine Denka, la majorité des riverains se sentent impuissants. « J’ai peur, je sais qu’ils nous empoisonnent, mais qu’est-ce que je peux faire ? Je n’ai pas les moyens de déménager et ils ne m’ont jamais offert de racheter mon terrain. Je ne peux pas me battre contre ces gens avec mes quelques milliers de dollars  : ils en ont des milliards ! », soupire Carl Selders. À ses côtés, deux voisins opinent du chef. « Ils nous tuent sans contrepartie, c’est ainsi », ajoute Carl, fataliste.  Sharon Lavigne, elle, est néanmoins décidée à lutter de toutes ses forces pour empêcher l’implantation de nouvelles usines à proximité de sa paroisse. « Je ne me bats pas que pour moi, mais pour toute la communauté. Je ne veux pas laisser mes voisins mourir sans me battre. Si on perd, on aura au moins essayé. Mais on ne va pas se coucher et les laisser prendre nos terres. Non, ça ne se passera pas comme ça », lance la sexagénaire avec énergie. Sharon Lavigne est d’ailleurs convaincue que Joe Biden viendra bientôt rendre visite aux habitants de l’allée du cancer. Elle prévoit de lui chanter l’hymne de son association, écrit après qu’un juge fédéral a retoqué le premier permis de construire de Formosa. Un chant de victoire, inspiré des cantiques qu’elle entonne chaque semaine à l’église. Même si Formosa est loin d’avoir déposé les armes. Émission initialement diffusée le 5 avril 2021.

2021-05-14 13:43:07 Lire l'article

Grand reportage - Jungles, barbelés et violences policières: les réfugiés malmenés dans les Balkans

Depuis sa fermeture en 2016, jamais la route des Balkans n'a été aussi empruntée que ces douze derniers mois par les candidats à l’exil. Mais paradoxalement, elle n'a jamais autant ressemblé à une impasse... Pour protéger les frontières extérieures de l'Union européenne, la Croatie et la Hongrie n'hésitent pas à violer les procédures du droit d'asile et à multiplier les mauvais traitements contre ceux qui ont quitté leur terre natale, avec l’espoir d’une vie meilleure.  Dans le même temps, le racisme ne cesse de se développer en Bosnie-Herzégovine comme en Serbie, où des milliers d'exilés sont bloqués, dans des conditions toujours plus précaires, comme le dénoncent les organisations humanitaires. « Jungles, barbelés et violences policières : les réfugiés malmenés dans les Balkans », un Grand reportage signé Simon Rico.

2021-05-05 13:36:55 Lire l'article

Grand reportage - Guyane, la tentation de la cocaïne

On les appelle les mules et elles s'envolent de Guyane vers la France métropolitaine avec, dans leur corps, parfois leurs bagages, des kilos de cocaïne en échange de quelques milliers d'euros. Quatre tonnes de cette drogue transiteraient ainsi chaque année sur des vols entre la Guyane et Paris, soit 20% des entrées de cocaïne en France métropolitaine. En Guyane, le phénomène est désormais connu, mais il n'est pas simple de l'enrayer car il se nourrit de la pauvreté de cette région française d'Outre-mer. «Guyane, la tentation de la cocaïne», un Grand reportage d'Hélène Ferrarini.

2021-04-21 14:09:53 Lire l'article

Grand reportage - La ville de Caceres menacée par le lithium

Nous sommes dans l'Estrémadure, au sud-ouest de l'Espagne, à Caceres précisément. Une ville classée par l'Unesco, sortie de sa torpeur, par un projet minier australien. Caceres pourrait en effet abriter l'un des plus importants gisements de lithium en Europe. Le lithium sert à fabriquer les batteries des voitures électriques, mais aussi des ordinateurs ou des ampoules longue durée, autant dire qu'il est devenu très recherché. Certains l'ont rebaptisé «le nouvel or blanc». Sur place, partisans et opposants se déchirent depuis 4 ans.  «La ville de Caceres menacée par le lithium», un Grand reportage de Diane Cambon. 

2021-05-12 14:41:13 Lire l'article

Grand reportage - Gibraltar, un Brexit sur mesure

C'est un confetti britannique tout au sud de l'Espagne, entre la mer Méditerranée et l'océan Atlantique... Gibraltar : 33 000 habitants pour 7 km2 et l'un des PIB par tête les plus élevés au monde. Même s'ils ont massivement voté à 96% contre le Brexit en 2016, ces Gibraltariens auraient pu se retrouver particulièrement isolés si un accord préliminaire n'avait été négocié, in extremis, le 31 décembre 2020. Il a fallu pour cela que l'Espagne et le Royaume-Uni s'entendent sur un régime spécial pour ne pas pénaliser non seulement les habitants et entreprises de l'enclave britannique, mais aussi toute la région du Sud espagnol qu'elle fait vivre. Chaque jour, environ 15 000 travailleurs passent la frontière. Gibraltar devrait donc intégrer l'espace Schengen d'ici quelques semaines, un paradoxe alors que le Royaume-Uni vient d'acter son départ de l'Union européenne.  «Gibraltar, un Brexit sur mesure», un Grand reportage de Noémie Lehouelleur.

2021-04-29 14:32:16 Lire l'article

Grand reportage - Colombie: enfants soldats

Le Grand reportage d'aujourd'hui s'intéresse au sort des enfants soldats de Colombie. Vous le savez, le pays est sorti d'une guerre de plus de 50 ans, en 2016, avec la signature des accords de paix entre le gouvernement colombien et les ex-FARC, les Forces révolutionnaires de Colombie. Ces accords incluent le processus de réinsertion des anciens combattants adultes et mineurs. Que sont-ils devenus ? Comment se passe la réinsertion à la vie civile ? Dans la ville de Cali et de Medellin, deux centres d'accueil sont dédiés aux ex-enfants soldats. L'art y est utilisé comme outil de réinsertion. Notre correspondante en Colombie, Najet Benrabaa a visité celui de Cali. Elle a assisté à l'atelier dit ArteUma. «Colombie: enfants soldats», un Grand reportage de Najet Benrabaa.

2021-04-14 12:50:32 Lire l'article

Grand reportage - Au Mexique, la pauvreté en héritage de la pandémie

  Le Covid-19 a touché la santé et le portefeuille de toute la planète. Au Mexique, elle a court-circuité la très fragile tendance à refermer l’immense brèche sociale qui sépare les pauvres des riches. Plus d’un an après le début de la pandémie, les stigmates de l’arrêt forcé de l’économie et de l’attentisme gouvernemental face à la crise sont bien visibles dans la capitale mexicaine. «Au Mexique, la pauvreté en héritage de la pandémie», c’est un Grand reportage d’Alix Hardy à Mexico. 

2021-04-23 19:15:54 Lire l'article

Grand reportage - Auroville, cette cité utopique aux projets réalistes

Auroville est une cité fondée en 1968 dans l’extrême sud de l’Inde, sur les principes édictés par une Française et un intellectuel indien. Ces idéaux se basent sur la collectivisation des terres, l’égalité complète de revenus et l’abandon progressif de l’argent pour fonder une nouvelle forme de société. Plus de 50 ans après, ces principes vivent toujours, et des projets poussés y naissent, entre autres dans le domaine du développement durable.   «Auroville, cette cité utopique aux projets réalistes», c’est un Grand reportage de Sébastien Farcis. 

2021-04-27 13:08:12 Lire l'article

Grand reportage - Cuba face à l’actualisation de son modèle économique

Le magazine de la rédaction vous amène à Cuba, où s’ouvrira ce vendredi 16 avril 2021, le 8ème Congrès du Parti communiste. Cette grand-messe qui a lieu tous les 5 ans, à La Havane, se tient dans un contexte de crise économique, aggravée par la pandémie de Covid-19 et les sanctions américaines. Sur le plan économique justement, les réformes des précédents Congrès du parti communiste prévoyaient une actualisation du modèle économique, mais n’ont toujours pas été adoptées ou peinent à se mettre en place. «Cuba face à l’actualisation de son modèle économique», un Grand reportage de Domitille Piron.

2021-04-15 13:10:03 Lire l'article

Grand reportage - Du Vieux-Port de Marseille à la CAN au Cameroun: l’incroyable remontée des Coelacanthes des Comores

Le 25 mars 2021, les Comores ont vécu une journée historique. Le petit archipel de l'océan Indien s'est qualifié pour sa toute première Coupe d'Afrique des Nations de football, qui se jouera en janvier 2022 au Cameroun. Un exploit pour cette équipe, affiliée à la FIFA depuis 2007 seulement... Des Coelacanthes au fort accent marseillais : la plupart des joueurs viennent de la cité phocéenne, où la diaspora comorienne est estimée à près de 100 000 personnes.

2021-04-28 13:37:49 Lire l'article

Grand reportage - Élections régionales, les nationalistes hindous à l'assaut du Bengale-Occidental

En Inde, des élections régionales ont lieu, pendant tout le mois d’avril, pour renouveler le Parlement de la région du Bengale occidental, basé à Calcutta. Scrutin régional à dimension nationale, car le Bengale est l’une des dernières régions à résister à l’ascension du Parti nationaliste hindou du BJP, tenu par le Premier ministre indien. La cheffe du gouvernement régional, Mamata Banerjee, est également l’une des plus féroces opposantes à Narendra Modi et elle se bat donc pour sa survie politique. Une campagne acharnée qu’a suivie notre envoyé spécial, Sébastien Farcis. «Élections régionales, les nationalistes hindous à l'assaut du Bengale-Occidental», un Grand reportage de Sébastien Farcis. ► À lire Élections régionales en Inde: violences et divisions religieuses au Bengale-Occidental

2021-04-20 12:57:51 Lire l'article

Grand reportage - L'Allemagne face au Covid, une troisième vague sous les critiques

Le magazine de la rédaction vous emmène en Allemagne, le pays a été érigé en modèle pour sa gestion de la pandémie de Covid-19, lors de la première vague au printemps 2020. Un an plus tard, la première économie européenne semble rattrapée par la crise sanitaire malgré une intense campagne de vaccination. Avec, chaque jour, des dizaines de milliers de contaminations, le pays a durci ses mesures de restriction alors que ses voisins annoncent des assouplissements. Une gestion de plus en plus contestée.  «L'Allemagne face au Covid, une troisième vague sous les critiques», un Grand reportage dans le Land de Hesse, dans l'ouest de l'Allemagne, signé Anne Verdaguer. 

2021-05-03 13:25:38 Lire l'article

Grand reportage - À Ouistreham, errance et espérance des migrants soudanais

Ouistreham est une petite ville côtière en Normandie, dans le nord-ouest de la France, à proximité de Caen... Une cité balnéaire prisée des touristes connue aussi pour son port, et ses ferries, voguant vers l'Angleterre... Mais, c’est aussi la destination de nombreux migrants soudanais.Depuis 2016 et le démantèlement de la jungle de Calais, beaucoup tentent de traverser la Manche depuis Ouistreham, où une petite communauté s'est installée. Sous la surveillance accrue des autorités françaises, certains des habitants se sont organisés pour leur venir en aide. «À Ouistreham, errance et espérance des migrants soudanais», un Grand reportage de Martin Guez.

2021-04-19 12:57:21 Lire l'article

Grand reportage - Kenya: quand l’or vert menace la survie des éléphants

Quand un avocat, le fruit, menace les éléphants. Cela se passe au Kenya. Dopé par les régimes végétariens, la demande de ce fruit explose au point que l’on parle d’or vert. Résultats : des plantations d’avocats émergent aux 4 coins du Kenya. L’une d’entre elles menace aujourd’hui le célèbre parc d’Amboseli, situé au pied du Kilimandjaro, sanctuaire pour de nombreux éléphants en danger d’extinction. « Kenya : quand l’or vert menace la survie des éléphants ». C’est un Grand reportage de Charlotte Simonart. ►À écouter aussi: Kenya: le boom de la production d'avocats

2021-04-26 13:51:33 Lire l'article

Grand reportage - Sur la route des vins en Bolivie

Quand on dit Bolivie, on pense plutôt quinoa des hauts plateaux andins ou café d'Amazonie, mais la Bolivie et c'est moins connu produit aussi du vin. Minuscule producteur viticole à côté des géants chilien et argentin, ses voisins, la Bolivie grimpe pourtant sur la scène viticole internationale. Peu à peu, des restaurants haut de gamme proposent à leur carte ces vins produits dans de toutes petites bodégas familiales. Sur la plupart des domaines, la production ne dépasse pas les quelques milliers de bouteilles par an. «Sur la route des vins en Bolivie», un Grand reportage d'Alice Campaignolle. ►À écouter aussi: Les vins d'altitude boliviens. (diffusion en 2013)

2021-04-22 15:36:51 Lire l'article

Grand reportage - Au Chili, les féministes mobilisées pour la nouvelle Constitution

C’est une nouvelle page de l’héritage de la dictature du général Pinochet que les Chiliens s’apprêtent à tourner. Ce week-end, et pour la première fois dans l’histoire du pays, ils vont élire démocratiquement une assemblée constituante. Cette assemblée sera paritaire entre hommes et femmes, c’est une première mondiale. Au Chili, les féministes mobilisées pour la nouvelle Constitution, c’est un Grand reportage de Justine Fontaine.

2021-05-13 12:07:41 Lire l'article

Grand reportage - Thomas Pesquet, l'histoire reprend à Cap Canaveral

Vous l'avez vécu en direct avec nous sur RFI, le vendredi 23 avril 2021. La fusée de Thomas Pesquet décollait, l'astronaute français débutait sa deuxième mission dans l'Espace. Après Baikonour et le froid glacial du Kazakhstan, il y a 5 ans, ce sont cette fois les États-Unis qui servent de point de départ à cette aventure. Cap Canaveral, le centre spatial Kennedy, des noms associés aux plus belles pages de l'histoire de la conquête spatiale, des lieux que nous vous proposons de découvrir. «Thomas Pesquet, l'histoire reprend à Cap Canaveral», c'est un Grand reportage de Simon Rozé.

2021-05-04 14:01:39 Lire l'article

Grand reportage - Le retour des casernes en Suède

Plus de budget : 3 milliards supplémentaires en 5 ans, et 30 000 soldats de plus et donc la nécessité de rouvrir d’anciennes casernes. Gotland, plantée en mer Baltique, face aux côtes de l'ancien bloc de l'Est, cette île était pendant la Guerre froide une véritable forteresse, avant de voir ses militaires partir, puis revenir. «Le retour des casernes en Suède», c’est un Grand reportage de Frédéric Faux.  (Rediffusion du 26 février 2021)

2021-04-16 13:35:53 Lire l'article

Grand reportage - Dans l’enfer libyen

Les 18 et 20 mars 2021, l’Ocean Viking a porté secours à deux embarcations en détresse au large des côtes libyennes. Le bateau de l’ONG SOS Méditerranée a recueilli à son bord 116 personnes, majoritairement originaires d’Afrique subsaharienne, qui fuyaient la Libye et qui tentaient de rejoindre clandestinement les côtes européennes.Cette traversée est l’une des plus dangereuses au monde. Depuis 2014, plus de 20 000 personnes sont mortes en tentant de gagner l’Europe par la Méditerranée, la majorité en Méditerranée centrale, au large de la Libye. Alors qu’est-ce qui pousse des milliers de personnes à se lancer dans ce dangereux périple ? Récits de migrants recueillis à bord de l’Ocean Viking. De notre envoyé spécial,  Entouré de ses amis, Marius* est assis sur un petit banc en bois au milieu du pont de l’Ocean Viking. Cela fait 24 heures que cet adolescent ivoirien est à bord du bateau de SOS Méditerranée. Le bateau pneumatique sur lequel il se trouvait avec 105 autres personnes a été secouru le 20 mars alors qu’il était en détresse au large des côtes libyennes. Deux jours plus tôt, dix autres personnes avaient également été secourues. À ce stade-là, l’Ocean Viking n’a pas de destination finale : il est dans l’attente de l’attribution d’un « lieu sûr » par les autorités maritimes pour permettre le débarquement des rescapés. Mais la Libye ne pouvant être considérée comme tel, les passagers de l’Ocean Viking voient se refermer cette page de leur vie : c’est la fin d’une période décrite comme « un calvaire », « un enfer ». Marius n’a que 17 ans mais cela fait plusieurs mois déjà qu’il est sur les routes. Il ne se souvient pas avec certitude de la date de son départ de Côte d’Ivoire mais ses motivations restent très présentes : « Je suis d’une famille très pauvre. Je suis parti à l’aventure pour l’aider, pour alléger les souffrances de ma maman », explique-t-il. Un projet qu’il a monté seul : sa mère y était opposée, elle voulait qu’il reste en Côte d’Ivoire. Mais lui jugeait que sa meilleure chance de pouvoir lui venir en aide était de partir en Europe. Une nuit, il s’est donc levé alors que tout le monde dormait et il a pris la route. Ce n’est qu’arrivé au Mali qu’il a appelé sa mère : « Elle ne pouvait alors plus me retenir ». Mort étouffé Comme une cinquantaine d’autres personnes secourues en mer par l’Ocean Viking, Marius, bien que mineur, a affronté seul les épreuves de cette route migratoire, sans être accompagné par un parent. Et les difficultés n’attendent pas la Libye. Pour Alpha, un Guinéen âgé de 16 ans, elles ont commencé à Gao, dans le nord du Mali : « Quand on est arrivé là-bas, c’est devenu catastrophique. Aux barrages, les militaires ne veulent pas de ta pièce d’identité. Ils veulent de l’argent : 5 000 francs CFA (7,60 euros). Et il y avait plus de vingt de barrages comme ça », se souvient-il. « Si tu ne payes pas, on ne te laisse pas passer. »   Tassé dans un camion faisant route vers l’Algérie avec une cinquantaine d’autres personnes, Alpha est ensuite tombé sur des barrages tenus par des Touaregs. « Ils étaient armés, ils nous fouillaient, nous frappaient. Et si tu ne payes pas, on te fait faire demi-tour », raconte-t-il. Ces mauvais traitements et extorsions se sont poursuivis aussi dans le sud de l'Algérie. « Mais c’est quand on est entré en Libye que le calvaire a commencé. C’était pire que ce qu’il s’était passé dans le désert. Ils nous ont serrés comme des sardines dans une voiture : quatorze personnes dans un véhicule de six places. On pouvait parcourir ainsi plus de 100 ou 200 kilomètres », relate l’adolescent. Un des passagers, étouffé, a succombé durant ce trajet. « On a mis le corps dans le coffre », poursuit Alpha. Petit à petit, Alpha a traversé le pays et atteint la côte. Il est arrivé à Tripoli où les migrants passent en général plusieurs mois, parfois plusieurs années, avant de pouvoir traverser. Lui se dit chanceux car il n’a passé que quelques semaines sur place ; en général, les séjours en Libye se mesurent plutôt en mois. Des mois de vie dans la peur. « Nous sortions en groupe pour aller chercher du travail. Et on se cachait dès qu’il y avait une grosse cylindrée qui apparaissait. Tous les gens qui circulent en grosse cylindrée sont des bandits. S’ils nous attrapent, ils nous envoient dans des camps. Et si la police attrape les migrants, elle va les vendre aux bandits : c’est comme une marchandise. » Enlèvements et rançons Les femmes, elles, ne sortent pas et comptent sur la solidarité des autres migrants africains pour survivre. « Si tu sors, les jeunes Arabes vont te kidnapper, te faire du mal et t’abandonner », affirme Sirée, une Guinéenne de 16 ans partie avec ses deux sœurs. « Nous restions tout le temps à l’intérieur, couchées. Ce sont les hommes qui sortaient et qui rapportaient la nourriture quand ils avaient un peu d’argent. On essayait d’économiser la nourriture », témoigne-t-elle. Assise sur un banc au milieu d’un groupe de femmes, plongée dans la lecture d’un livre, l’adolescente semble assez réservée. Dans son récit, ses mots sont pesés, mesurés. Mais elle conclue d’un lapidaire : « La vie là-bas, vraiment, c’est de la merde ». La peur de l’enlèvement par des groupes armés tient les migrants au ventre en permanence : la captivité fait partie du récit de tous les non-Libyens rencontrés sur l’Ocean Viking. Et l’âge ne protège en rien. Aujourd’hui âgé de 17 ans, Mamadou a connu cinq fois la captivité en Libye. Et tous les témoignages relatent des successions de mauvais traitements. Les migrants dorment à même le sol, sans couverture ni natte ou matelas, dans des pièces bondées. Les portions de nourriture sont extrêmement restreintes : parfois, un morceau de pain pour la journée. L’eau est rare également. « Et quand ils préparent les repas, ils mettent des somnifères dedans pour vous endormir. Ensuite, ils viennent pour violer les filles », assure Syrée dont l’une des sœurs a connu la captivité. « On nous traite comme des esclaves », assure pour sa part Mamadou. « Quand vous dites que vous êtes malade, on vous envoie au sous-sol. Si vous demandez ce que vous avez fait, on vous frappe. Il y a beaucoup de migrants qui sont devenus fous. » Pour sortir, deux options s’offrent aux captifs : l’évasion, rare, ou le paiement d’une rançon. « Si tu n’as pas d’argent, tu meurs en prison », déclare Mamadou qui dit avoir payé 6 millions de francs guinéens (500 euros) pour être relâché. Torture, décès et règne de l’arbitraire L’argent doit être rassemblé auprès de la famille, des amis. Et pour faire pression, les personnes détenues sont torturées alors que leurs proches sont au téléphone. Parfois, ceux-ci reçoivent des photos de ces séances. « On m’a attaché, frappé, électrocuté », se souvient Moussa. Le corps de cet adolescent guinéen porte les stigmates de ces actes : il a des cicatrices dans le dos. « Une fois, alors que j’étais attaché et qu’on versait de l’eau sur moi, je me suis dit que dans deux à trois jours, j’allais rejoindre ma grand-mère décédée. J’en étais sûr. Car j’étais déjà tombé trois fois dans le coma : je ne mangeais plus, je vomissais, j’étais devenu faible. » Dans ces centres, la mort est fréquente. Mamadou avait quitté la Guinée avec un de ses amis d’enfance. Tous deux ont été détenus ensemble. « Mais lui n’a pas supporté », se souvient l’adolescent : « Nous n’avions pas de place, nos habits étaient mouillés. On avait froid. Quand j’ai signalé que mon ami était malade, on m’a tapé avec le fusil. Malheureusement, il n’a pas tenu ».   Alors que l’Ocean Viking approche des côtes italiennes, Abdellaï Doukoure, lui, a le cœur qui se serre. Pour ce Libérien, le cauchemar libyen ne s’achève pas là. Arrêté lors de son arrivée en Libye, il a été envoyé dans un centre de détention. Il a réussi à s’en échapper mais pas sa femme, alors enceinte et qui a depuis accouché. Il a tenté d’obtenir la libération de son épouse et de sa fille : « J’ai donné de l’argent mais ils ont pris l’argent et ne les ont pas libérées. Ce sont les hommes arabes qui ne l’ont pas laissé partir », assure-t-il, la gorgé nouée par l’émotion. Loi des armes Tous les récits désignent ces centres de détention comme des lieux où seule la loi des armes compte. Les droits les plus basiques sont bafoués. « Quand nous avons été arrêtés, tout le monde disait être prêt à accepter le rapatriement. La manière dont on torture les gens là-bas fait que tu préfères être renvoyé dans ton pays. Mais les Libyens n’acceptent pas aussi facilement », affirme Ousmane, détenu deux fois en sept mois, dont une fois dans une prison gouvernementale. Dans le monde du travail également, la loi des armes prime. Beaucoup d’hommes travaillent dans la construction, sur les chantiers. « Mais tu peux abattre une grande quantité de travail et souvent, l’employeur ne te donne pas ton argent », raconte Felix, un jeune Ivoirien âgé de 15 ans qui montait des briques sur les chantiers. « Si tu réclames ton argent, il rentre dans la maison chercher son fusil. Si tu es encore là quand il sort, il peut te tirer sur le pied. Ou sur toi. Donc s’il rentre, tu préfères partir. » L’impossible accès aux soins La situation illégale de ces migrants complique également l’accès aux soins. À Tripoli, Fatoumata a tenté de chercher une prise en charge médicale pour sa fille de six ans, atteinte de drépanocytose. La maladie, doublée de la crainte d’une excision, est l’une des raisons du départ de cette mère : elle voulait offrir à sa fille des soins. En Libye, l’état de santé de Kadi s’est dégradé, son pied était paralysé. « Elle avait besoin d’une transfusion sanguine », explique Fatoumata. « Mais dans cinq hôpitaux, on a refusé de nous prendre. On nous a dit que comme nous étions noirs, sans papier, on devait d’abord payer 500 dinars. » Faute de moyen, Fatoumata est rentrée dans l’appartement qu’elle partageait avec d’autres migrants. Elle a finalement soigné sa fille à l’aide de médicaments traditionnels offerts par son colocataire camerounais. Kadi s’est remise. Mais pour beaucoup, l’issue est plus tragique. Cinq ONG de défense des droits de l’Homme, une libyenne et quatre internationales, ont recensé la mort d’un jeune Somalien de 19 ans faute « de soins appropriés ». « Son cas tragique n’est évidemment pas le premier dans lequel un déni du droit à la santé a provoqué la mort d’un demandeur d’asile », écrivent les organisations dans un communiqué, réclamant une enquête sur l’absence de soins pour les non-Libyens. « Dans chaque maison, chaque voiture, il y a une arme » Mais les conditions de vie en Libye poussent également certains Libyens à quitter le pays. Le 18 mars, SOS Méditerranée a secouru un petit bateau en fibre de verre transportant dix candidats à l’exil originaires de Zouara dans l’ouest de la Libye. Ils se présentaient comme un groupe d’amis : deux familles avec enfants et deux célibataires, tous berbères. Ils préparaient leur départ depuis plusieurs mois. Ils avaient acheté ensemble ce petit bateau à la fin de l’été et attendaient des conditions de navigation favorables. Contrairement aux ressortissants d’Afrique subsaharienne, eux sont capables de sentiments positifs à l’égard de la Libye. Alors qu’il s’éloignait des côtes libyennes, Aleen regardait sur son téléphone des photos. Le quadragénaire est un photographe amateur mais les clichés qu’il passait en revue sur son téléphone n’étaient pas ceux qui avaient le plus de valeur esthétique : il regardait sa chambre, son bureau, un groupe d’amis, son chat et même quelques photos de repas. Moins de 48 heures après son départ, il était pris de nostalgie. Mais aucun regret : « La Libye, c’est fini », martèle-t-il. « Je l’aime mais la vie y est difficile. C’est tout le temps la guerre, des morts. Les petits enfants ont des armes. Dans chaque maison, dans chaque voiture, il y a une arme. Il n’y a qu’une seule loi en vigueur en Libye, c’est la loi des armes. » Mourad et Sahar ont quitté la Libye en famille : ils ont trois enfants, âgés de 9 à 13 ans et pour eux rester ne permettait pas de leur offrir un avenir. « Il n’y a pas de système de santé, pas d’éducation. Les enfants vont à l’école mais il n’y a pas de bonne école. Il n’y a pas d’hôpitaux non plus. La seule chose qu’il y a, ce sont des problèmes », juge le mari affirmant que « la seule solution, c’est l’Europe ». « En Europe, il y a la sécurité, il y a un système éducatif. Nous voulons aller dans un endroit qui sera bien pour les enfants », ajoute sa femme à ses côtés. La fuite Le départ de Libye s’organise comme une fuite ; clandestinement, de nuit pour gagner en discrétion. Le groupe d’amis libyens s’était organisé de manière autonome, en achetant leur propre bateau. Mais les non-Libyens, eux, ont eu recours aux services d’un passeur. Il s’agit d’un Libyen avec lequel ils entrent en contact par le biais d’un intermédiaire : « Un ami africain qui parlait l’arabe », explique Felix, le jeune Ivoirien. « C’est lui qui a donné mon argent au Libyen », poursuit-il. L’adolescent dit avoir payé 550 0000 FCFA, plus de 800 euros. « Et quand les sommes réunies sont suffisantes, il va acheter le bateau. » Là encore, les migrants se retrouvent confrontés à la violence et à la peur. Alpha se souvient du moment où le passeur leur a donné le signal du départ. « Quand on est venu pour nous dire que c’était le moment du départ, nous n’étions pas contents », se souvient Alpha. « Nous avions regardé la météo : elle n’était pas bonne. Mais comme le bateau était déjà monté, (le passeur) voulait qu’on bouge. On n’avait pas le choix. Il disait :"faites vite, faites vite". Si tu dis que tu ne pars pas, il va te tuer. » Le bateau pneumatique a donc pris la mer au milieu de la nuit. Et pour ses passagers, la première crainte était d’être rattrapés par les garde-côtes libyens : selon l’office internationale des migrations (OIM), plus d’un tiers de ceux qui ont tenté de quitter clandestinement la Libye l’an dernier ont été interceptés par les forces libyennes, soutenues par l’Union européenne, et renvoyés de force dans le pays. Cette politique de l’Union européenne suscite beaucoup de critiques. Car de retour en Libye, les migrants sont alors emprisonnés et soumis à nouveau à de mauvais traitements. L’OIM demande ainsi à Bruxelles et aux États-membres « des mesures urgentes pour mettre fin aux refoulements, aux expulsions collectives et à l'usage de la violence contre les migrants et les réfugiés, y compris les enfants, aux frontières extérieures terrestres et maritimes de l'UE ».    Trou dans le bateau La traversée est également éprouvante et périlleuse. A 106 personnes dans un bateau pneumatique, les uns et les autres sont assis sans pouvoir bouger, dans le froid, secoués par les vagues et sans pouvoir se déplacer pour soulager des besoins naturels. Et au fur et à mesure de la traversée, l’état du bateau se dégradait. « À un moment donné, les gens qui étaient derrière ont signalé que le bateau avait un petit trou, que l’air sortait. Certains ont essayé d’envoyer de la colle. Et on a dit aux gens de se pousser plus devant pour éviter que le bateau ne se renverse sur le côté endommagé », témoigne Sirée, la jeune Guinéenne. Vers 4 heures du matin, une alerte a été donnée par téléphone satellite à l’ONG AlarmPhone. Celle-ci est transmise aux autorités maritimes locales et à l’Ocean Viking. Mais pendant plusieurs heures, le voyage se poursuit sans que rien ne se passe. Et l’angoisse grandissait : « Je me suis levé et on ne voyait rien à l’horizon. Je me suis dit que c’était la fin pour moi. Je ne faisais que des prières. J’ai demandé pardon à Dieu pour qu’il m’accorde le paradis : j’avais un désespoir total », se souvient Alpha. En milieu de matinée, un bateau apparaît au loin. A ce moment-là, il n’est pas identifié. « On pensait que c’était un bateau de commerce ou le bateau des Libyens », dit Alpha. Les passagers débattent alors de la démarche à adopter. Certains ne veulent pas courir le risque d’être arrêté par des forces libyennes : « Je préfère mourir en mer plutôt que retourner en Libye », assure Oscar. Mais pour d’autres, l’état du bateau oblige à tenter sa chance avec le navire à l’horizon. Finalement, un vote décide de la marche à suivre : l’embarcation pneumatique décide d’aller à la rencontre de l’autre bateau. Celui-ci est en fait l’Ocean Viking. « Même à mon pire ennemi » Le nom Ocean Viking est connu parmi les migrants et il est synonyme de sécurité. Petit à petit, les uns et les autres réalisent que la Libye est derrière eux. Personne n’exprime de regret d’être parti de chez soi. Rester n’était pour eux pas une option. Mais l’épreuve libyenne laisse des traces : « C’est ma fille qui m’a donné le courage. Même mon pire ennemi, je ne lui souhaite pas de venir sur la route de la Libye », affirme Fatoumata. Il faut avoir la volonté chevillée au corps, juge pour sa part Moussa qui a frôlé la mort : « On dit vouloir, c’est pouvoir. À cœur vaillant, rien n’est impossible ». L’adolescent a inscrit ses mots sur un tableau noir mis à disposition des personnes secourues dans l’abri des hommes. Comme une revanche sur les sévices endurés. Devant l’Ocean Viking, l’Italie se dessine. Accoudé au bastingage, Marius est soulagé : « Je me sens mieux », dit l’adolescent parti de chez lui, en Côte d’Ivoire, en pleine nuit. Avec l’arrivée imminente, les rêves reprennent forme. « Je veux faire des études. Parce que quand j’étais petit, ma maman ne m’a pas mis à l’école ; elle n’avait pas les moyens ». En arrivant en Europe, Marius veut donc apprendre à lire et à écrire. Puis se mettre à travailler pour envoyer de l’argent à sa mère. Un rêve d’une vie simple mais loin de la misère et de la souffrance. * Par souci de protection des mineurs, certaines identités ont été modifiées

2021-04-13 12:57:32 Lire l'article

Grand reportage - Génération Foot, l'académie-phare du Sénégal

Grand reportage vous emmène aujourd'hui au Sénégal où le football est roi et inspire des rêves de grandeur. Les Lions n'ont jamais remporté de trophée majeur, mais certains de ses représentants brillent dans les meilleurs clubs du monde, à l'image de Sadio Mané. La star de Liverpool, Ballon d'or africain, a débuté sa formation à Génération Foot avant de s'envoler pour l'Europe. Un chemin que beaucoup voudraient imiter au sein de l'École parmi les plus prestigieuses du pays et véritable pionnière sur le continent. «Génération Foot, l'académie-phare du Sénégal», un Grand reportage de Babacar Fall et Cédric de Oliveira.   ►À lire aussi : Pape Matar Sarr, une pépite sénégalaise qui brille en France ► Le FC Metz et l'Académie Génération Foot basée à Dakar continuent l’aventure

2021-05-11 14:01:35 Lire l'article

Grand reportage - Pakistan: les chiites Hazaras discriminés et pris pour cibles

Grand reportage est aujourd'hui dans le sud-ouest du Pakistan. Le 4 janvier 2021, la branche afghano-pakistanaise de l'EI massacre 10 travailleurs hazaras dans une mine de charbon à 60 km de Quetta, la capitale provinciale du Baloutchistan, une région très instable du pays, interdite d'accès aux étrangers et depuis laquelle peu d'informations nous parviennent, à la fois sur le terrorisme et sur l'insurrection à terme qui, elle, remonte à l'indépendance du pays. Au Pakistan, la minorité chiite est régulièrement visée par des groupes extrémistes sunnites. En janvier 2021, celle-ci a exprimé publiquement sa colère. Des milliers d'hommes se rassemblent pendant plusieurs jours à Quetta, refusant d'enterrer les corps des leurs et appelant le Premier ministre Imran Khan à une meilleure protection de la part de l'État.  «Pakistan: les chiites Hazaras discriminés et pris pour cibles», un Grand reportage de Sonia Ghezali et Shahzaib Wahlah. 

2021-05-10 15:18:29 Lire l'article

Grand reportage - Médecins de campagne, nouvelle génération

Comment attirer de jeunes médecins à la campagne afin de lutter contre les déserts médicaux ? En Ardèche, un département enclavé au sud du Massif Central, un tiers des médecins ont plus de 65 ans. D'ici cinq ans, ils partiront à la retraite, et ne trouvent pas de remplaçant. Une bombe à retardement que les élus et les professionnels de santé locaux tentent de désamorcer. Grâce à la télémédecine, au travail d'équipe et au bouche-à-oreille, la médecine en milieu rural se réinvente. (Rediffusion du 18 février 2021) «Médecins de campagne, nouvelle génération», un Grand reportage de Carlotta Morteo.

2021-05-07 13:59:39 Lire l'article

Grand reportage - Liban: le calvaire des employées de maison africaines

Grand reportage nous emmène au Liban, à la rencontre des kafalas, ces femmes venues d’Asie et d’Afrique, employées de maison. Depuis les années 70, le Liban en a fait venir des centaines de milliers, elles seraient aujourd’hui près de 300 000, pour 5 millions d’habitants, un système institutionnalisé, la Kafala. Elles travaillent dans des familles libanaises, souvent 7 jours sur 7, une quinzaine d’heures par jour, pour quelques centaines de dollars par mois, et souvent maltraitées. «Liban: le calvaire des employées de maison africaines», c’est un Grand reportage de Noé Pignède.  (Rediffusion)   ►À écouter aussi: L'exploitation des domestiques éthiopiennes au Liban. ►À lire aussi: Le sort incertain des employées de maison migrantes au Liban

2021-04-30 13:48:59 Lire l'article